Paul Seixas (à g.) et Isaac del Toro après le passage de la ligne, hier:
le duel promet d'être rude entre les deux jeunes coureurs ce week-end.
L’ÉPREUVE DU FEU
Paul Seixas a sorti l’extincteur dans les pentes de Crest-Voland, hier, pour commencer à éteindre les braises du chrono par équipes perdu mardi, mais entre-temps l’incendie s’est déclenché ailleurs.
Un joli défi avant le Tour de France.
“On s’est un peu fait avoir ''
- PAUL SEIXAS
“On imagine pouvoir renverser la course"
- JULIEN JURDIE, DIRECTEUR SPORTIF
DES DECATHLON-CMA CGM
13 Jun 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX (avec A.Ro.)
CREST-VOL AND (SAVOIE)- Abordée comme un « test » par le Français de 19 ans et son staff, cette première arrivée au sommet a déjà amorcé un duel, sur le plan purement physique, avec Isaac Del Toro (UAE-XRG), le seul en mesure de le suivre en moins de 5 km d’ascension et avec des relais timides. Mais l’aspect tactique et les brûlures de la semaine invitent d’autres forces dans la bataille pour la victoire finale sur ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes. À trop attendre la montagne où Seixas doit faire la différence, Decathlon-CMA CGM a été dépassée par les événements dans la plaine dès l’entame à Saint-Vulbas, hier, où un petit peloton de 60 coureurs s’est tiré avec des représentants de toutes les équipes favorites, sauf celle du jeune leader.
« Sûrement un petit manque de concentration et de positionnement, on va en parler tranquillement avec les coureurs en rentrant à l’hôtel » , pointait le directeur sportif Julien Jurdie, dont les discussions avec d’autres équipes pour trouver du soutien n’ont abouti à rien, les EF Education-EasyPost ayant renoncé à défendre le maillot jaune d’Alex Baudin. « On s’est un peu fait avoir » , avait reconnu Seixas plus tôt, en patron positif et indulgent avec son collectif - comme après le chrono à Perreux ou lorsqu’il avait perdu douze secondes le premier jour -, préférant louer le travail de ses gorilles « Stefan (Bissegger) et Dan qui ont fait plus de 100bornes devant à eux deux pour maintenir l’échappée à portée » , même après le col du Granier gravi avec leurs 162 kg cumulés.
En théorie, aucun leader à l’avant et des chances à peu près équitables pour la victoire d’étape, cela arrangeait tout le monde. Mais c’est l’écart grandissant et la présence dans l’échappée de Luke Tuckwell, 12e à l’aube, qui a provoqué l’affolement des Decathlon-CMA CGM et abouti à « une étape horrible, en file indienne du début à la fin » selon Juan Ayuso (Lidl-Trek), et à un classement général étonnant.
« Honnêtement je ne connais pas Tuckwell tant que ça » , a admis Seixas qui pointe désormais à 3’06’’ du nouveau Maillot Jaune, un jeune leader de circonstance chez Red-Bull-BORA-hansgrohe mais dont le potentiel invite à la méfiance. Deuxième du Giro Next Gen l’an dernier, l’Australien de 21 ans a aussi « fini 6e du Tour de Romandie il y a quelques semaines, note Jurdie, mais c’est un jeune coureur, il va avoir la pression sur les épaules » . Le week-end final avec le versant hardcore du Grand Colombier ( voir ci-dessus) dès aujourd’hui maintient aussi la confiance du grimpeur lyonnais, qui avait relégué Tuckwell à plus de 5 minutes en quelques ascensions sur le dernier Tour de l’Avenir.
Jorgenson a limité la casse
Reste toujours l’épine Matteo Jorgenson (Visma-Lease a bike), qui a subi le passage de Decathlon « en mode nucléaire dans la dernière ascension » , « serré les dents » quand Seixas a accéléré assis à moins de 5 km, et craqué à environ 2 km du sommet dans la roue de Del Toro lui-même collé à celle du Français. L’Américain a limité la casse et compte toujours 32’’ de son pécule du chrono sur Seixas, mais cela fait maigre au vu des étapes où le jeune grimpeur promet de« durcir la course » .
Le forfait de Matthew Riccitello (malade) sur la première étape limite toutefois les options – « on est six dont deux gros rouleurs donc c’est un peu compliqué » (Seixas) - alors que le duo Lidl-Trek, dominé hier, a affiché une belle solidarité à rebours des rumeurs de guerre d’ego, avec Mattias Skjelmose pour attendre Ayuso quand l’Espagnol a lâché une centaine de mètres après le changement de rythme par le Français. Eux pourront jouer tactique donc Jurdie assure que « ce n’est pas encore un match à deux » avec Del Toro, seul à avoir tenu le premier choc.
Le Mexicain « fait sa reprise, on savait qu’il était bien, mais quand même, là c’est la confirmation » , souligne son directeur sportif Fabrizio Guidi. Le maillot moucheté d’une imposante trace de sel et refusant de s’exprimer, le leader d’UAE n’a pas voulu trop s’exposer, « il a essayé de gérer la montée à son rythme » a observé Seixas qui n’a pas pesté contre son attitude passive. « On sait que Paul fait peur à beaucoup d’adversaires maintenant donc les gars observent et préfèrent rester dans la roue plutôt que de se faire contrer derrière, comprend Jurdie. Mais Del Toro a quand même pris quelques relais. »
Pour continuer à s’affirmer à l’approche du Tour de France, Seixas doit entériner sa supériorité sur le lieutenant de Tadej Pogacar, mais le contexte s’est complexifié avec cette journée qui a responsabilisé son équipe. « On imagine pouvoir renverser la course » , avance Jurdie. « On va vraiment rentrer dans quelque chose d’intéressant » , pressent son protégé. Le Français et Decathlon n’auront pas un tel poids dans le contrôle de la Grande Boucle, mais qui peut le plus peut le moins.
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Journée noire pour les Netcompany Ineos, alors que l’Écossais est passé par-dessus un parapet –il sera nonpartant ce matin– et que Kévin Vauquelin a coincé.
13 Jun 2026 - L'Équipe
A. Ro.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À CREST-VOLAND
Dans l’aire d’arrivée, les coureurs, favoris et autres, n’avaient que cette préoccupation à la bouche et à l’esprit : comment allait Oscar Onley ? L’Écossais a disparu de la route dans la descente technique d’Héry-sur-Ugine, juste avant la montée finale de Crest-Voland, et seul son vélo, resté sur le bitume, donnait la localisation de l’endroit où il était passé par-dessus le parapet.
Onley, 3e du général hier matin, a été retrouvé par les médecins de la course assez bas dans le ravin et a dû être placé dans un premier temps dans une coquille. Il est ensuite remonté sur son vélo pour finir l’étape bien écorché à l’avant-dernière position, à plus de 29 minutes de Maxim Van Gils.
Après l’arrivée, il est allé passer un scanner complet, examen qui a révélé qu’il souffrait d’une luxation de l’épaule et qu’il était aussi touché à une jambe. Il ne repartira pas ce matin. Les Netcompany Ineos ont perdu lourd dans leurs ambitions au général puisque Kévin Vauquelin a coincé au moment où Paul Seixas a allumé les réacteurs à moins de 5 kmde l’arrivée.
Le Normand a concédé 1’32'' au duo Seixas-Del Toro alors qu’il espérait évoluer plus proche du niveau des meilleurs et que le programme sera bien plus gourmand aujourdhui et demain.
Un peu plus tôt, les Britanniques avaient perdu Josh Tarling, clavicule brisée, une bien mauvaise nouvelle dans l’optique du contre-la-montre par équipes inaugural du Tour de France à Barcelone. Bref, comme l’a résumé Vauquelin à nos confrères de DirectVélo, « une journée de merde »
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Double dose de RedBull
En surnombre dans l’échappée, la formation allemande a glané la victoire d’étape avec Maxim Gils et le maillot jaune avec le jeune Luke Tuckwell.
13 Jun 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
CREST-VOLAND (SAVOIE) – Elles grandissent vite, ces jeunes pousses, dans la serre du cyclisme moderne qui ressemble de plus en plus à un accélérateur temporel. Maxime Decomble, Pablo Torres, Luke Tuckwell, on voyait pétroler ce groupe à l’avant du Tour de l’Avenir il y a moins d’un an et il bataillait, hier, dans l’échappée du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, alors que Paul Seixas, vainqueur de la dernière édition de la plus grande course par étapes U23, dans une autre dimension désormais, limait tous les cadors dans le groupe des favoris. « On a rigolé avec Maxime dans l’échappée, je lui ai dit que pour moi aujourd’hui Luke Luckwell (ici en tête), qui faisait partie de la grosse échappée du jour, a ravi le maillot jaune à Alex Baudin (hier), c’était comme pour lui à l’Avenir quand il avait pris le maillot jaune depuis l’échappée » , souriait Luke Tuckwell.
L’Australien de Red Bull-BORA-hansgrohe, 21 ans, a en effet pris la tunique de leader à Alex Baudin et situait cet événement très haut dans la hiérarchie de sa jeune carrière. « J’ai porté le maillot rose au Giro NextGen l’an passé (2e au final), c’était déjà un grand moment, maintenant j’ai le jaune sur la plus grande course d’une semaine chez les pros, je n’y crois pas encore, savourait-il. Toute la journée, j’ai pensé à ma petite soeur, morte en septembre l’an passé, et je voulais le faire pour elle. Dans les derniers kilomètres, je souffrais vraiment mais je pensais à elle. »
Van Gils bien remis de sa fracture du bassin
Lui et sa formation ont parfaitement exécuté leur plan. « On devait essayer de gagner l’étape avec Maxim (Van Gils) et d’avoir un équipier avec lui dans l’échappée » , détaillait Tuckwell. Les Red Bull furent finalement quatre dans le groupe maousse détaché dans les dix premiers kilomètres, avec une cinquantaine d’éléments.
Dans la montée finale vers Crest-Voland, alors que Van Gils bataillait avec Tobias Johannessen et Torres et que Tuckwell s’accrochait, leur direction sportive décida que chacun jouerait sa carte, le Belge devait s’appuyer sur sa pointe de vitesse pour gagner l’étape et l’Australien se mettre en mode contre-la-montre pour conserver le plus d’avance sur les favoris. Van Gils domina Johannessen au sprint, une double bonne nouvelle pour lui, qui retrouvait la compétition après sa fracture du bassin en février sur la Clasica Jaen et évoluait hier sur certaines de ses routes d’entraînement, puisqu’il vit à Grenoble avec sa copine française.
Tuckwell prenait la 3e place, le maillot jaune et un joli matelas de plus de trois minutes sur Seixas. « C’est un bon écart, mais il faudra que je regarde à quelle vitesse Seixas et del Toro ont grimpé la dernière montée pour comprendre où est mon niveau et ce qui est possible pour moi en comparaison » , annonçait l’Australien à l’amorce de deux journées bien plus ardues que celle d’hier.
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