Rodas, le Messi qui n’a pas réussi


Gustavo Rodas sous le maillot de Newell’s (ci-contre) face à River Plate en 2002. 
Un an plus tard, le joueur évoluait (au centre) sous le maillot des U17 argentins et remportait 
le Sudamericano. Ci-dessous, l’ancien espoir lors d’une interview télévisée en 2019.

Messi, tout une historie 2/6

D’un an plus âgé que Lionel Messi, Gustavo Rodas, cet attaquant passé pro à 15 ans à Newell’s, n’a pas eu une carrière à la hauteur de son talent. La faute à un environnement compliqué et à une saturation précoce pour le foot.

“Leo (Messi) était extraordinaire, mais personne ne savait comment allait évoluer son problème de croissance. Il était plus facile de se projeter avec un profil comme Billy (Rodas) 
   - DIEGO ROVIRA',AN'CIEN COÉQUIPIER DE MESSI À NEWELL’S

“Je voulais gagner de l’argent, je n’avais pas beaucoup d’ambitions dans le foot. Ça ne me disait plus rien et ce manque de passion m’a causé du tort ''
   - GUSTAVO RODAS

28 Jun 2026 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO

Quand Lionel Messi quitte Rosario pour tenter l’aventure au Barça, à l’âge de 13 ans, les dirigeants de Newell’s ne cachent pas leur colère. Pendant des mois, ils vont retarder le transfert de leur pépite en ne délivrant pas les documents nécessaires à son enregistrement en Catalogne. À l’époque, le sulfureux président du club de Rosario, Eduardo Lopez, tente de ne pas perdre la face. La légende raconte qu’il lâche en interne devant ses troupes : « Qu’il s’en aille ! Ce n’est pas grave, on a gardé le meilleur. »

Le dirigeant n’est plus là pour s’en expliquer (il est mort en 2018) mais Diego Rovira, alors coéquipier de Messi, confirme ses paroles et il se souvient qu’il ne s’agissait pas juste d’une provocation. « Quand Leo est parti, tout le monde ne parlait que de ça au club, souligne-t-il. On n’arrivait pas à y croire, je me rappelle que certains d’entre nous ne savaient même pas où était Barcelone. »

Dans ses rangs, le club alors compte un certain Gustavo Rodas. Surnommé « Billy », il est né un an plus tôt que la Pulga, en 1986, et présente plusieurs similitudes avec lui. Explosif, insaisissable dribbleur, redoutable finisseur, il a intégré le club à 7 ans. Il lui est arrivé de partager des entraînements et quelques matches avec Messi mais, gabarit oblige, ce dernier est rarement surclassé. Rodas, lui, franchit les étapes à toute allure et se voit promis à un grand avenir par les principales figures du club.

« C’était le plus complet de tous, il avait un vrai ascendant par sa forte personnalité, dira Quique Dominguez, qui a coaché Rodas et Messi. Gustavo était aussi respecté par ses coéquipiers que redouté par ses adversaires. » Rovira détaille : « Lopez croyait en Billy car il était plus grand et bien plus imposant physiquement que Leo. Il faut se remettre dans le contexte, Leo était extraordinaire, mais personne ne savait comment allait évoluer son problème de croissance. Il était plus facile de se projeter avec un profil comme Billy. C’était un beau joueur, en plus il était aussi bon des deux pieds. »

Échaudé par l’épisode Messi, le patron de Newell’s fait signer à Rodas un premier contrat pro à l’âge de 15 ans, une rareté à l’époque. Un an plus tard, l’entraîneur Julio Zamora le lance en Première Division, faisant de lui le joueur le plus précoce de l’histoire du club. Dès cette première, le 18 août 2002 contre Talleres, il trouve le chemin du but (4-1). Quelques mois plus tard, il remporte avec la sélection argentine des moins de 17 ans le Sudamericano, l’équivalent de l’Euro.

Bien vite pourtant, l’histoire va dévier de la trajectoire attendue. À 16 ans, le jeune espoir devient père. Ses parents divorcent et il doit en outre s’occuper de ses jeunes frères. Il découvre les responsabilités et les attentes d’un milieu social compliqué. Originaire du quartier populaire Barrio Nuevo, à l’ouest de Rosario, il se perd dans les sorties nocturnes. Sèche les entraînements. On raconte qu’il décline la convocation pour le Mondial U17 à l’été 2003 pour négocier un transfert en Europe.

« Je voulais faire des choses classiques de gamin et je ne le pouvais pas, avouera-t-il dans une rare interview en 2019. Je jouais parce que j’avais la pression de mon père. J’ai commencé à prendre le foot comme un travail. Même si je n’aimais pas ça, j’avais des responsabilités et il fallait que je joue. Je voulais gagner de l’argent, je n’avais pas beaucoup d’ambitions dans le foot. Ça ne me disait plus rien et ce manque de passion m’a causé du tort. »

Non conservé par Newell’s à 21 ans, son talent lui permet quand même de rebondir de club en club, et son CV ressemble à une carte au trésor. Colombie, Pérou (où il est élu meilleur joueur étranger du Championnat en 2010), Équateur, Chine, Japon. Autant d’aventures entrecoupées de périodes sans contrat, d’entraînements solitaires et d’essais non concluants.

Éloigné du monde du foot, au point de ne plus pouvoir regarder le moindre match à une époque, il profite aujourd’hui de sa famille (nombreuse) et se tient à l’écart de l’agitation médiatique. Il dit n’avoir aucun regret sur son parcours, assume ses décisions même s’il admet que les choses auraient pu se passer autrement s’il avait grandi dans un autre environnement. Après avoir raccroché les crampons, il s’était laissé tenter par une mission d’éducateur.

« Il y a des gens dans le foot qui n’ont pas la bonne attitude avec les jeunes, expliquait-il en 2019. Les parents mettent la pression sur leurs gamins de 5 ou 6 ans, ils veulent qu’ils passent pros pour les sauver. J’aimerais les guider car c’est ce qui m’est arrivé. Avec une telle pression, le gamin perd tout plaisir et ne veut plus entendre parler du foot. » Tout l’inverse de Messi, toujours aussi passionné à presque 40 ans.

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