Bielsa, le banc de l’accusé
Le dépit de Marcelo Bielsa lors de la défaite (et l’élimination)
de l’Uruguay contre l’Espagne (0-1) dans la nuit de vendredi à samedi.
L’Uruguay a quitté la Coupe du monde dès le premier tour et son sélectionneur est vu comme l’un des grands responsables de ce fiasco.
"L’héritage que je laisse au football uruguayen est nul"
- MARCELO BIELSA
28 Jun 2026 - L'Équipe
ROMAIN LAFONT
KANSAS CITY (USA) – L’Uruguay n’avait de céleste que le nom, en cette Coupe du monde 2026, et c’est presque logiquement qu’il a quitté la compétition, sans la moindre victoire, dans un groupe pourtant largement à sa portée (Espagne, Arabie saoudite et Cap-Vert). Par la petite porte, et en vols commerciaux : en colère, la Fédération a annulé le charter qui devait ramener l’équipe à Montevideo. L’échec est retentissant, d’autant qu’elle est la seule formation sud-américaine à passer par la fenêtre dès ce premier tour et, à l’heure de trouver les coupables, les regards se tournent forcément vers Marcelo Bielsa, qui avait pris la tête de la sélection en 2023.
Sitôt l’élimination consommée, l’ancienne gloire uruguayenne Diego Lugano (95 sélections) a envoyé les pieds, au micro de Telemundo. « Je crois qu’il n’a jamais compris où il était, et les joueurs n’ont jamais compris Bielsa, a tonné l’ex-défenseur du PSG, ajoutant que l’Argentin aurait dû être licencié avant la compétition. Une grande erreur de la Fédération est d’être arrivée à la Coupe du monde avec Bielsa, prisonnière d’un contrat multimillionnaire (il s’achevait lors de ce Mondial). C’est une erreur dont j’espère qu’elle ne se répétera jamais en Uruguay. »
Ledit contrat coûtait une fortune à dénoncer, alors que les relations entre « El Loco » et ses joueurs étaient depuis longtemps viciées. La réunion entre les cadres de la Celeste et leur sélectionneur, avant le match contre l’Espagne (0-1, dans la nuit de vendredi à samedi), n’a fait que confirmer des désaccords depuis longtemps dans l’air.
À l’issue de l’élimination, le technicien n’a pas cherché d’excuses et a dressé un bilan sans concession de son passage chez le voisin bleu et blanc: « L’héritage que je laisse au football uruguayen est nul, parce que l’apport d’un entraîneur au football d’un pays dans lequel il a travaillé trois ans ne s’installe jamais si l’on n’obtient pas de résultats. La quatrième place en qualifications n’a pas eu de valeur, la troisième à la Copa América n’a pas eu de valeur. » Une Copa qui avait été le début des ennuis, avec les déclarations de Luis Suarez expliquant a posteriori les problèmes relationnels d’El Loco avec son groupe.
Le mordant attaquant avait donc pris sa retraite internationale et, s’il a rouvert la porte quelques semaines avant le début de cette Coupe du monde, il n’a pas été entendu par Bielsa, qui a sorti une autre vieille gloire de la retraite.
Un échec cuisant, car le quadra Fernando Muslera est passé au travers de la compétition dans les grandes largeurs. C’est même lui qui, après sa boulette sur la frappe de l’Espagnol Alex Baena, a demandé à sortir à la mi-temps. Courageux, le gardien a été le premier joueur à venir s’exprimer devant les médias : « Je n’aurais jamais imaginé souffrir autant à cause de ce sport, surtout avec tout le travail que j’ai fait, comme je me suis préparé. »
La faillite des cadres
Bielsa a assumé le choix de Muslera, alors que Sergio Rochet gardait le but de la Celeste depuis quatre ans: « Quand j’ai pris la décision de le convoquer, c’était réfléchi. Je ne peux pas nier l’évaluation de ses performances ( mais d’un autre côté, c’est un joueur qui sortait d’une année magnifique, un joueur d’une grande personnalité et de caractère. »
Ce n’est pas le seul pari manqué de l’ex-entraîneur de l’OM et du LOSC, qui a emmené le Barcelonais Ronald Araujo et le joueur de Flamengo Giorgian de Arrascaeta alors qu’ils étaient blessés et n’ont finalement pas disputé la moindre minute. Le constat vaut aussi pour celui qui était censé être le capitaine, José Maria Gimenez, qui n’avait joué que vingt minutes avec l’Atlético de Madrid sur les deux derniers mois et est resté les fesses vissées sur le banc toute la compétition. Le tout alors que, par ailleurs, Bielsa n’a pas retenu dans la liste Nahitan Nandez alors qu’il l’a lui-même qualifié de « meilleur Uruguayen de la Copa América » .
Mais l’Argentin n’est évidemment pas l’unique responsable du fiasco, car de nombreux joueurs n’ont pas été à la hauteur. À commencer par le Merengue Federico Valverde, dont on ne retiendra presque que son marquage individuel sur Rodri sur l’ensemble des trois matches. Et qui a été sorti peu avant l’heure de jeu contre la Roja afin que son sélectionneur fasse entrer un deuxième attaquant.
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