La dolce vittoria


Au bout de l’effort, Paul Magnier s’est imposé devant Edoardo Zambanini 
et Jonathan Milan (à droite au second plan) hier lors de la 18e étape.

Magnier fait des étincelles

Paul Magnier a décroché une troisième victoire sur le Giro, le jour où il s’y attendait le moins. Le sprinteur français se projette maintenant sur Rome avec impatience.

29 May 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL THOMAS PEROTTO

PIEVE DI SOLIGO (ITA) – Il a fallu qu’il laisse éclater quelques sanglots dans ses grosses paluches, essuie quelques la michettes sur une chaise et que quelqu’un le ramène à la raison, lui dise que tout ceci était vrai, pour que Paul Magnier se mette à profiter de l’instant, bouche grande ouverte.

Une troisième victoire sur le Giro à 22 ans, la première en Italie après deux premiers succès en Bulgarie il y a presque deux semaines et un statut toujours plus affirmé au fil d’une journée qui n’aurait jamais dû se dérouler ainsi. Le sprinteur français de Soudal Quick-Step est un très grand.

Acte I : cette étape qui n’était pas prévue

Soit le bougre est un fieffé bluffeur, ce qui ne serait pas tout à fait illogique quand on est né au Texas, soit la journée d’hier a pris une drôle de tournure. Le matin, accoudé à la barrière de la zone mixte dans le paisible village de Fai della Paganella, au milieu des champs, Magnier s’imaginait une étape à l’herbage. « Je me sens un peu fatigué et on va essayer d’économiser un maximum d’énergie jusqu’à Rome », confiait- il, assurant que la victoire d’étape se jouerait sans lui.

Mais le plan n’a pas fonctionné comme prévu, une aubaine… « C’est une très grosse surprise, oui! Mes jambes n’étaient pas très bonnes ces deux derniers jours et quand j’ai sauté dans la première montée ce matin, je me suis dit : “Oh, ça va être une grosse journée dans le gruppetto.” Mais, finalement, nous avons réussi à revenir sur le peloton » , racontait-il quelques heures plus tard, sa troisième victoire en poche. L’Isérois était parvenu à passer sans trop d’encombres le muro di Ca' del Poggio (1,1 km à 12,3 % et un passage à 19 %) pour revenir dans les dix derniers kilomètres et disputer un sprint presque massif.

Emmené idéalement par son coéquipier Jasper Stuyven, dont il a parfaitement gardé la roue, Magnier a devancé Edoardo Zambanini et Jonathan Milan avec une facilité presque déconcertante grâce à 200 derniers mètres tout en puissance. « Chaque victoire est belle, mais il y en a qu’on attend moins que d’autres, et aujourd’hui je ne m’attendais vraiment pas à celle-là, je me suis vraiment surpris dans la montée, reconnaît Magnier. On a un peu souffert ces derniers jours et j’ai été un peu déçu de rater le sprint à Milan dimanche dernier. Je suis vraiment content de retrouver ce sentiment de victoire, j’ai eu beaucoup d’émotions. »

Acte II : ce maillot cyclamen complètement renversé

La couleur cyclamen lui allait si bien au teint qu’il avait presque fini par s’y habituer. Et que s’en trouver dépossédé par Jhonatan Narvaez, presque irrémédiablement, lui avait fichu un coup.

Le passe-partout équatorien d’UAE Emirates-XRG semblait avoir pris une avance suffisante (12 points au départ del a 12e étape) qui pouvait s’accentuer hier entre le sprint intermédiaire et l’arrivée. Narvaez (29 ans) a bien pris un point en cours de route mais la victoire de Magnier et les 50 points qui vont avec ont complètement relancé le Français.

« Après le week-end en Bulgarie, où j’ai gagné deux fois, nous avons parlé avec l’équipe et nous nous sommes dit que si nous pouvions porter ce maillot cyclamen le plus longtemps possible, ce serait un autre très bel objectif » , constate le sprinteur. Avant l’étape du jour, il émettait l’hypothèse qu’une victoire à Rome, dimanche, ne suffirait pas pour refaire son retard. Tout a changé depuis Pieve di Soligo et ce succès presque tombé du ciel.

« C’était une bataille difficile avec Narváez ces deux derniers jours, poursuit Magnier. Il m’a rendu la vie vraiment difficile en attaquant beaucoup. Aujourd’hui, je n’ai pas fait attention à lui, j’ai juste essayé d’économiser de l’énergie et de me concentrer sur cette dernière montée. Je pense qu’avec cette victoire j’ai pris un bel avantage. Je suis heureux de pouvoir à nouveau porter ce maillot. »

Acte III : ce bouquet final qui l’attend à Rome

Frustré à Milan dimanche dernier lorsque les équipes de sprinteurs avaient laissé l’échappée se disputer la victoire Corso Venezia, Magnier avait depuis les yeux tournés vers le Colisée. « On essayera de viser la victoire là-bas. Je pense beaucoup à Rome, je sais qu’il y a un truc magnifique à faire là-bas » , glissait-il dans la matinée.

Il sera un immense favori de cette explication finale tant il a pris l’ascendant psychologique sur ses adversaires, de Jonathan Milan (troisième hier), à Dylan Groenewegen, Tobias Lund Andresen, Orluis Aular et tous les autres…

« Je pense que cette énergie dépensée pour gagner cette étape aujourd’hui m’a donné beaucoup de motivation. Une motivation qui va se transformer en nouvelle énergie » , souriait-il à la descente du podium, avant de filer au contrôle antidopage, la seule chose qu’il n’aura pas fait vite dans cette fin de journée.

« Les deux prochaines étapes sont vraiment difficiles avec le dénivelé, mais je pense que nous allons essayer de rester tous ensemble et dans les délais, prévient l’Isérois de 22 ans. Je ne me sens pas si mal lors des longues montées car j’ai fait un bon stage en altitude. Ce sera difficile, mais je suis assez confiant… »

Deux jours à grimacer dans les Dolomites avant de rêver de l’arrivée à Rome. Pour un dernier sprint impérial.

***

16 - Le nombre de jours, sur 18 de course, durant lesquels Magnier a porté le maillot cyclamen du classement par points. Jhonatan Narváez l'a porté à seulement deux reprises. Les deux hommes sont désormais séparés de 37 points.

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3 - Trois sprinteurs français peuvent se targuer, au XXI e siècle, d'avoir décroché trois victoires sur un même Grand Tour. Il s'agit d'Arnaud Démare (2020 et 2022), Nacer Bouhanni (2014) et donc Magnier. Les trois ont réussi ce la sur Tour d'Italie. Démare et Bouhanni avaient ramené le maillot cyclamen.

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