ÉRIC ROY (1967-2026) - LE DÉPART DU KING
«Un grand manager. Humain.
Un grand monsieur»
- DENISLE SAINT, PRÉSIDENT DE BREST
18 Jun 2026 - L'Équipe
FRANCK LE DORZE (avec T. Do., V. M. et J. Ri.)
L’entraîneur du Stade Brestois est ddécédé hier après trois ans et demi d’un ne lutte menée dans la discrétion co ontre le cancer. Jusqu’au terme de e la saison dernière, il aura tenu sa place sur le banc breton. C’est un message publié en fin d’aprèsmidi, sur son compte Instagram, qui a annoncé la terrible nouvelle. Éric Roy est mort hier, à l’âge de 58 ans, d’un cancer du pancréas contre lequel il luttait depuis trois ans et demi. C’est sa famille qui a fait part de son décès, sur le réseau social que l’entraîneur utilisait pour partager sa passion et les performances du Stade Brestois, qu’il avait rejoint en janvier 2023.Éric Roy était l’entraîneur du Stade Brestois depuis janvier 2023. C’est Grégory Lorenzi (photo du haut à droite) qui lui avait permis d’épouser de nouveau une carrière de coach. Jusqu’à conduire ses joueurs en Ligue des champions et à recevoir le trophée de meilleur technicien de L1 pour la saison 2023-2024, remis par Didier Deschamps.
D’une pudeur extrême et d’une résilience incroyable face à la maladie, il aura été accompagné dans son combat jusqu’au bout par ses proches, sa femme Loëtitia et ses enfants, Victoria Rose et Markus. Il ne partageait sa douleur et ses craintes, mais aussi ses joies et ses espoirs bien sûr, qu’avec les siens et quelques amis. « Pendant tout ce temps, il a continué à vivre avec une force qui nous impressionne encore, porté par l’amour de sa famille, par le football, par son travail et par cette passion qui ne l’a jamais quitté » , souligne le communiqué sur le réseau social.
Il y a quelques jours encore, alors qu’il savait le dénouement inéluctable, il se projetait sur la reprise des Pirates, dont il arborait fièrement la casquette, et sur le programme des matches amicaux. Mais le mal dont il souffrait n’avait rien d’amical et son aventure dans la cité du Ponant se sera donc arrêtée sur cette magnifique communion avec la tribune Quimper du stade Francis-Le Blé, au soir de la clôture de la saison, le 17 mai, après un nul face à Angers (1-1).
C’était il y a un mois, c’était trois ans et demi après son arrivée. Quand il signe au Stade Brestois, le 3 janvier 2023, Roy a 55 ans, il rêve d’entraîner, mais personne ne le sait, il est diplômé, mais tout le monde l’ignore. Sauf un homme, Grégory Lorenzi, le directeur sportif du club finistérien, qui, après deux mois et demi de recherches, trouve enfin un successeur à Michel Der Zakarian, écarté en octobre 2022.
Non sans l’incrédulité de beaucoup, voire les railleries de certains. Mais l’heureux élu sait qu’il est fait pour ça et, il y a quelques semaines, après l’annonce du départ de son dirigeant pour l’OM, il lui rendait un vibrant hommage, conscient de ce qu’il lui devait. « Je voulais le remercier, parce que c’est lui qui m’a remis dans le système, c’est lui qui est venu me chercher. Je ne pensais plus que cela se produirait, donc je lui en suis très reconnaissant. »
Les supporters de Brest avaient créé une chanson à sa gloire
Les deux vont vivre une fructueuse collaboration, une formidable aventure. Avec une seule petite expérience du terrain, chez lui à Nice… onze ans plus tôt, Roy a pour première mission le maintien, dont il se dépêtre aisément dans un Championnat à vingt équipes et quatre descentes (14e place). Arrivé seul, il a l’intelligence de s’appuyer sur les hommes en place, dont les fidèles, Julien Lachuer, Bruno Grougi et Yvan Bourgis.
La symbiose avec son staff et ses joueurs touche à la perfection, la saison suivante. Le SB29 décroche le meilleur classement de son histoire, une 3e place qui l’envoie en Ligue des champions, alors qu’il ne s’était encore jamais qualifié pour une Coupe d’Europe. Au début de l’année 2024, c’est la hype Roy, désormais coiffé de cette casquette noire « Team Pirates », que tout le monde s’arrache.
Une chanson à sa gloire, partie du kop, commence à parcourir les travées du stade Francis-Le Blé, sur l’air de « Quand je vois tes yeux » de Danny Brillant. Et c’est brillant : « Quand je vois son jeu, je suis amoureux, quand j’entends sa voix, j’suis fan d’Éric Roy! » Le 3 mars 2024, avant la réception du Havre (1-0), la tribune Kemper déploie deux tifos à son effigie, dont un immense « King Éric ».
Un surnom est né et il est touché. « Votre accueil, votre soutien, votre ferveur et votre amour l’ont profondément touché, témoignent ses enfants. Cette force l’a accompagné bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Papa nous a toujours dit que ce chant que vous avez fait, il l’emporterait avec lui. »
À la fin de la saison, il est logiquement élu meilleur entraîneur de Ligue 1 par ses pairs, aux Trophées UNFP. Il sera encore nommé l’année suivante, après une saison honorable en Ligue 1 (9e), mais surtout un magnifique parcours en C1, jusqu’aux playoffs (18e sur 36 de la phase de ligue). Cela fait deux ans qu’il enchante la cité du Ponant, néanmoins il s’interroge au printemps sur la suite à donner à sa carrière, désormais respecté par le milieu, conscient que c’est sans doute le bon moment d’être plus ambitieux.
Son contrat arrive à terme, il tergiverse, ses responsables hésitent, songent à aller chercher ailleurs, mais il accepte finalement une prolongation de deux ans. Car le Roy naturellement taquin que l’on connaît possède aussi un sacré caractère, quand il s’en prend par exemple à l’arbitrage, et assume une liberté de ton qui peut irriter, même en interne. Les thèmes du manque de moyens et du recrutement tardif sont souvent abordés devant la presse, notamment pour justifier une dernière saison moins aboutie.
Parfois sévère avec ses joueurs, c’est son côté paternel. Il les aime et il sait la chance qu’il a encore d’exercer pleinement un métier qui s’est longtemps refusé à lui. Ce que relève sa famille: « Son aventure au Stade Brestois a été l’un des plus beaux moments de sa vie. Elle lui a donné une énergie, une joie, une raison de continuer, y compris dans les moments les plus difficiles. Avec ses joueurs, il avait construit un lien rare et magnifique. Il les aimait très fort et il était fier, profondément fier, d’être leur coach. »
Tous ceux qui l’auront approché auront apprécié de travailler avec lui et saluent son investissement, sans jamais se lamenter, alors que la maladie le rongeait. « J’ai aimé travailler avec Éric, qui s’est battu et qui ne s’est jamais plaint, malgré la bataille qu’il menait » , s’incline Christophe Revel, qui fut son entraîneur des gardiens jusqu’en 2025. Naturellement à l’écoute. « Il pouvait vous appeler à 22 heures juste pour demander : ça va ? Et il raccrochait, raconte un membre du club qui l’a longtemps côtoyé.
À Noël, il appelait pour souhaiter les fêtes de fin d’année. C’est rare dans ce milieu. Tout comme les remerciements individuels, audelà des joueurs. Il avait toujours le mot pour s’intéresser aux autres. »
Récemment, Lorenzi nous affirmait même qu’il s’agissait de sa plus belle rencontre, en dix ans de direction sportive. « On a réussi à créer une belle osmose » , résumait-il. Quant au président Denis Le Saint, très touché, il parle d’un « grand manager. Humain. Un grand monsieur ». Avec ce sou
venir d’un moment de vie: « Dans le couloir qui mène au terrain, quand il prenait les joueurs par le bras… Comment vouliez-vous que les joueurs ne donnent pas le maximum? »
Roy s’installe au panthéon des entraîneurs du SB29, au côté d’Alain de Martigny, d’Alex Dupont et de Jean-Marc Furlan, étant celui qui aura dirigé le plus de matches de Ligue 1 (123), avec un bilan plus que positif (50 victoires). Sans doute sur la plus haute marche. Mais on retiendra des valeurs, avant tout. « On est un club dans l’humain et je tiens à rendre hommage au monde médical ainsi qu’à tous les Brestois qui le voyaient au CHU et n’ont jamais évoqué cette situation, révèle Le Saint. On l’aimait vraiment énormément. » Ce matin, une ville bretonne pleure un homme et, si les larmes n’ont pas fini de couler, elle saura également se souvenir des belles choses, fière d’une rencontre fusionnelle.
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