« Je ne suis pas différent, je suis plus moi-même »
Régis Le Bris, l’entraîneur français de Sunderland, qualifié en Ligue Europa la saison prochaine, nous raconte ses vingt-quatre derniers mois, qui l’ont fait changer de monde.
"Je fais les choses à fond
et je ne me fixe pas de limites"
“Mon levier motivationnel, c’est de sentir que l’équipe progresse,
de gagner des matches, de voir les émotions qui sont liées.
C’est gratifiant parce que ça veut bien dire qu’on a bien bossé"
3 Jun 2026 - L'Équipe
HUGO DELOM
Un but à la 90e +5 en finale de play-offs à Wembley qui fait monter en Premier League en mai 2025, une victoire contre Chelsea il y a dix jours pour hisser Sunderland (7e) en Ligue Europa, une nomination au titre de manager de l’année: il y a quel que chose de vertigineux à conter la trajectoire de Régis Le Bris depuis vingt-quatre mois. Pendant une heure, le Breton nous a fait découvrir son nouveau monde. Le technicien de50 ans donne l’impression d’avoir trouvé avec ce Sunderland travailleur et passionné l’endroit qu’il lui fallait.
Quelques jours après, que vous reste-t-il de la première qualification européenne de Sunderland depuis 1973?
Une émotion collective incroyable. J’avais demandé qu’on ne me renseigne pas sur les résultats adverses. Parce que sionne gagnait pas, il n’y aurait rien eu de possible. Au bout de cinq minutes d’arrêt de jeu, mon adjoint me dit: “On est 7es.” Je réponds: “Ah ouais, quand même (il éclate de rire)!”
Beaucoup de Français ne connaissent Sunderland qu’à travers le documentaire Netflix qui a dépeint un club en crise pendant des années. Comment définissez-vous ce bonheur retrouvé des fans?
C’est simple à définir: c’est un moment d’histoire. Le club a jusqu’ici joué quatre matches de Coupe d’Europe (huitièmes de finale de la Coupe des Coupes en 1973-1974). Il va enjouer huit de plus (rires). Ce qui en soi est gigantesque. Ce la marque une génération de supporters. Ici, c’est une vraie communauté, de père en fils, de grand-mère à petite fille. Dans le Nord-Est, il n’y a pas d’autres sports que le foot. C’est très binaire, il y a Sunderland ou Newcastle. Au milieu, il y en a peu (rires). Les gens sont passionnés. Il y a beaucoup de points communs avec Lens du point devue de l’attachement d’une région à son club.
Si on vous avait dit il y a cinq ans,'' quand vous étiez au centre de formation, que vousalliez conduire en 2026 une équipe anglaise qualifiée en Ligue Europa, vousauriez dit quoi?
J’aurais probablementété très sceptique (rires). Tout s’accélère aujourd’hui àunevitesse incroyable.
Mais à quel point ce parcours était alors inimaginable pour vous?
Je fais les choses à fondetje ne me fixe pas de limites a priori. En début d’année, tout lemondenousprédisait la descente automatique. Et je répondais: “Mais personne ne peut le dire!” Bossonsàfond et onverra bien ce qui émerge. Ma vie, elle a toujours été comme ça. Imprévisible, le foot l’est aussi. Tout cequi nous arrive dans nos vies respectives est toujours un concours de circonstances énorme. Que quelqu’un écrive que Sunderland se qualifie pour une Coupe d’Europe, ça n’existe pas en début de saison et pourtant nous, onl’a fait!
Comment expliquer ce parcours?
Ça commence par l’engagement du propriétaire, Kyril Louis-Dreyfus. Il apar exemple décrétédès le départ en League One: “Si ondoit reconstruire Sunderland, cesera avec beaucoupdejeunesjoueurs.” Le club est quasi mentre parti d’une page blanche. La structure est très légère, agile et il y a beaucoup à construire. Ça acréé des moments particuliers parfois (sourire). En Championship, lorsque nousfaisions des exercices definition, nousdevions aller chercher le ballon dans le champ d’àcôté, car il n’y avait plus depare-ballons…Et en même temps, il ya déjà cette puissance formidable: une enceinte de 50000 places, une énorme fanbase, il y avait 40000 spectateurs austade en League One (3e Division anglaise), les infrastructures, une histoire. On sent partout dansleclub des gens humbles, travailleurs, conscients que c’est enfaisant les choses ensemble qu’on peut aller très loin. Il y a toute cette puissance en arrière-plan mais il faut souffler sur les braises.
Comment avez-vous soufflé sur cesbraises?
Enfait, j’ai appris mon métieravant. Pendant vingt ans, j’ai travaillé. J’ai testé énormément d’hypothèses, expérimenté, consolidé mon savoir-faire. J’ai fait deux ans de Ligue1, avec des haut set des bas, j’étais prêt pour ce défi.
Donc le « Frenchy » qui arrive de Championship, il est vraiment prêt àaffronter les Guardiola, Arteta, Slot…
Jen’ai jamais eulacrainte de ne pas être à la hauteur. J’avais une base méthodologique, conceptuelle, personnelle pour faire face aux événements.
Suffisante pour résister à des Manchester City, Arsenal…
On a pris quelques fessées (rires). Parce qu’il y adesentraîneurs maisaussi des joueurs. Il y ena de nombreux en Angleterre qui peuvent décider dusort du match quasi ment tout seul. Maisje n’ai passenti ni dansl’équipe ni danslestaff unétat d’esprit du “on ne va pas y arriver”. Granit (Xhaka) nous a beaucoup aidés. C’est le premier qui adit à Chelsea (le 25 octobre): “On vient ici pour gagner.” Nous sommes face à Chelsea, récent champion du monde, toi, tu te dis : “Çava être chaud quand même (sourire)”. Lui, il dit: “On va gagner.”
En quoi la forte identité locale influe sur le projet?
C’est un point clé, d’autant plus dans cette époque de mondialisation, avec les multipropriétés, tout le mon definit par ser essembler. Il y a moins d’ancrage territorial. Et ce tancrage, c’est la connexion avec les fans. Quand ils viennent austade, qu’est-ce qui les fait réagir, vibrer? C’est lié à ce qu’ils sont entant que communauté. Cequifait vibrer lesfoules, ici, c’est l’engagement, l’esprit d’équipe, untacle appuyé à la Trai Hume (arrière droit de Sunderland) (rires). On crée quelque chose d’original et fort si onfait attention àceà quoi onappartient. Quandj’ai formalisé le projet de jeu, j’ai pris en considération ça: qu’est-ce que ce que ça veut dire des tribunes qui réagissent sur un tacle? Ça veut dire que notre manière de défendre doit être une défense homme à homme très risqué. Ça a un double intérêt sur le plan football: le PSG joue comme ça, le Bayern Munich aussi, OK, ce n’est pas original en soi, mais c’est un choix maison va le faire à fond par ce que: 1. C’est efficace et moderne. 2. C’est aussi complètement connecté à notre identité club.
Mais quelles peuvent être les ambitions à long terme de Sunderland?
Surle plan structurel, le club peut être dans le top 10 de manière constante. On a la neuvième affluence anglaise (46417 spectateurs en moyenne).
Vous étiez perçu en France comme un homme pudique, voire froid. Vous donnez l’impression que Sunderland vous a changé.
En soi, je nesuis pasdifférent, je suis plus moi-mêmesansdoute. Plus tu prends d’expérience, plus tu te rapproches dece que tu es fondamentalement. Après, aller à l’étranger tout seul, ça a été à la fois une contrainte et un énorme avantage.
En quoi?
C'est de s'ouvrir aux gens parce que je ne peux réussir tout seul au début, je n'etais pas capable de coacher une session fluide en anglais par exemple. Je me suis beaucoup appuyé sur le staff. Cette vulnérabilité, elle est face à nous en permanence. Avec le temps, elle n’est plus un problème…Parce qu’on a plus confiance ensoi. La langue, c’est hyper intéressant. Je faisais énormément d’erreurs, mais les joueurs n’écoutaient pasmeserreursmais lesens. Je me rappelle de Jobe Bellingham qui faisait des grimaces quand j’en commettais une grosse (rires). Et en même temps, derrière tout cela, il y atout ce que je suis entrain d’expliquer entermesd’idée et elle atoute saplace.
Le fait que vous ayez été nommé par mi les entraîneurs de l’année en Premier League, qu’est-ce que ça représente?
Mon le vier motivationnel, c’est desentir quel’équipe progresse, de gagner des matches, devoir les émotions qui sont liées. C’est gratifiant parce que ça veut bien dire qu’on abien bossé, ça donne du crédit à la méthode. Maisc’est le résultat dece qu’on afait ensemble.
Les journalistes anglais parlent du “Wenger de Sunderland ”, ça vous parle comme expression?
C’est génial desefaire affubler dece surnom-là, mais rien n’est identique. Je suis à 100% dans le projet Sunderland. Ça colle ence que je crois et en mon ambition.
Pierre Sage est courtisé par Crystal Palace. Vous percevez-vous comme un modèle qui casse la caricature du technicien français peu exportable?
Avec Pierre, ons’est connus avant d’être connus (sourire). On s’est retrouvés dans des mi crosréseaux qui s’intéressaient au jeu positionnel, à la périodisation tactique… C’est génial ce que fait Pierre. Si mon parcours peut ouvrir une voie, si ça crée plus d’audace, l’envie d’aller explorer des horizons, c’est hyper positif. Qu’est-ce qui fait que des jeunes joueurs vont plutôt jouer au foot, basket ou au rugby? Parce qu’à unmoment, il y adesfigures inspirantes. Ça crée du rêve et une possibilité.
Des gens rêvent d’être Régis Le Bris?
(Rires.) Je leur souhaite surtout d’être authentiques et decroire que des parcours incroyables sont possibles.»

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