L’HEURE DE VÉRITÉ
UN DÉFI À SA DÉMESUR
À 22 ans, VICTOR WEMBANYAMA dispute à partir de la nuit prochaine sa première fina ale avec les Spurs. La trajectoire du prodige français ne cesse d’impressionner.
"La réalisation qu’on était en finale NBA,
tout ça m’est tombé dessus sur les cinq dernières secondes du match 7"
- VICTOR WEMBANYAMA,
INTÉRIEUR DES SPURS
"On dit que le meilleur, c’est celui qui fait gagner le titre à son équipe.
S’il y arrive, il n’y aura personne qui pourra le contredire"
- RUDY GOBERT, PIVOT DES
MINNESOTA TIMBERWOLVES
"Comment le stopper ? Prier. J’ai des amis moines,
mais je ne peux rien leur demander,
il a déjà cette partie-là dans sa poche"
- MIKE BROWN, ENTRAÎNEUR
DES NEW YORK KNICKS
3 Jun 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK (avec Y. O.)
SAN ANTONIO (USA) – Le rêve d’une vie s’affiche déjà sous les pieds de Victor Wembanyama. Dans le Frost Bank Center, métamorphosé en une ruche internationale et bourdonnante, la NBA a renoué avec une jolie tradition en collant une réplique géante du trophée Larry O’Brien au centre du parquet des Spurs. Celui où le Français prendra son élan cette nuit pour dominer l’entre-deux et humer à la redescente le parfum unique d’une finale NBA.
Son rêve est là, à portée de main, avec l’objet doré de ses convoitises affiché partout dans les coulisses de la salle, des toiles de la zone mixte aux panneaux directionnels. « J’imagine que tous les enfants aiment les trophées et les médailles » , a répondu l’intérieur de San Antonio, au moment de retracer son obsession pour le graal NBA.
Mais tous les enfants n’amènent pas une équipe en finale à seulement 22 ans. Toutes les légendes du jeu non plus. Pour les deux plus grands joueurs de l’histoire – Michael Jordan et LeBron James – il y a eu de l’attente en gare ( voir par ailleurs). « Je ne suis pas surpris par son évolution individuelle mais ce run de play-offs, je ne m’y attendais pas tout de suite, observe l’ailier des Los Angeles Clippers, Nicolas Batum, 18 saisons NBA au compteur et nouveau consultant pour Prime Video qui diffusera la finale en direct en France. Je ne pensais pas que collectivement, ça suivrait. C’est ce qui m’a impressionné chez Victor : au match 6 contre OKC (118-91), ils sont au bord de l’élimination et son début de match lance l’équipe, il leur dit “suivez-moi”, et quand ils passent un 20-0 dans le troisième quart, on voit la confiance qu’il donne à ses coéquipiers. »
Samedi soir, sur le parquet d’Oklahoma City, au crépuscule de la finale de Conférence (4-3 contre le Thunder), la voix de NBC, Mike Tirico, s’est exclamée: « It’s Wemby’s West » (L’Ouest est à Wemby). Il ne manque plus que quatre victoires contre les Knicks pour que son confrère d’ABC, Mike Breen, non moins mythique, ne lance : « It’s Wemby’s World » (Le monde est à Wemby). Un dernier obstacle à ne pas sous-estimer, pas seulement à cause de l’ambiance irréelle qui attend les Spurs lundi au Madison Square Garden (match 3) dans une Grosse Pomme rongée d’impatience jusqu’au trognon depuis le dernier titre, en 1973.
Alors que Wembanyama chasse les trophées collectifs d’abord (un titre de champion de France en 2022 avec l’Asvel sans jouer la finale, blessé), les Knicks l’ont privé d’un premier repas en enlevant la finale de la NBA Cup, le 16 décembre à Las Vegas (124-113). Mais le doute n’habite plus le natif du Chesnay (Yvelines), persuadé avant même la loterie de la draft, en 2023, qu’il enfilerait le maillot des Spurs.
La finale, dès 22 ans, était-elle écrite aussi clairement dans son destin ? « Je le sentais, comme n’importe quel rêve. On ressent tellement de choses au cours d’une saison, d’une série de play-offs, on n’a pas le temps de se poser. La réalisation qu’on était en finale NBA, tout ça m’est tombé dessus sur les cinq dernières secondes du match 7 » , revivait hier l’ancien prodige de Nanterre.
Meilleur défenseur de l’année, MVP de la finale de Conférence Ouest, Wembanyama est passé dans une autre dimension, celle où l’on s’étripe pour savoir qui est le meilleur joueur au monde. « Pour moi, il est en haut de la liste. On dit que le meilleur, c’est celui qui fait gagner le titre à son équipe. S’il y arrive, il n’y aura personne qui pourra le contredire » , pointe Rudy Gobert, pivot de Minnesota et tombé contre Wembanyama en demi-finales de Conférence (2-4). Pas timide, le vice-champion olympique 2024 a assumé de dire qu’il méritait d’être élu MVP de la saison régulière (finalement 3e du vote).
Pour Batum, « ici, il est une superstar. Il a le respect de tout le monde. Victor est partout quand tu allumes la télévision. Il a compris la mentalité qu’il faut avoir pour dominer ici. S’il veut faire partie de cette catégorie avec Kobe Bryant, LeBron James, Michael Jordan, il doit parler et jouer comme ça » .
Ce trio avait pour point commun d’inspirer la peur dans le plan de jeu adverse. Celui de se retrouver contre une volonté de fer capable de fracturer n’importe quel verrou. Wembanyama prend lui aussi de plus en plus la forme d’un casse-tête. « Comment le stopper ? Prier. J’ai des amis moines, mais je ne peux rien leur demander, il a déjà cette partie-là dans sa poche » , a souri le coach new-yorkais, Mike Brown, lundi, en référence au séjour du Français dans un temple Shaolin l’été dernier.
En 2023, dans ces colonnes, à l’heure de partir à la conquête des États-Unis, Wembanyama avait clamé cette ambition : « Se réaliser soi-même. C’est presque un scénario écrit pour moi. Et il n’y a rien qui pourra m’empêcher de suivre le script, ou me détourner de ce que je veux accomplir. »
Portland, Minnesota et Oklahoma City ont essayé puis échoué ce printemps. Reste Jalen Brunson et des New-Yorkais brûlants (11 victoires d’affilée en play-offs). « S’il gagne, il sera dans un début de route très intéressant » , souligne Batum, par rapport aux autres légendes du jeu. Le chemin est tracé pour faire apparaître devant lui, à San Antonio ou New York, le vrai trophée Lar r y O’Brien.
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SANS FRONTIÈRES
Arnaud Lecomte
3 Jun 2026 - L'Équipe
Prenez le temps, dans les deux semaines à venir, d’écourter vos nuits. Et de vous transporter vers San Antonio et New York par le même vol, première classe, catégorie élite, sans quitter le canapé ni le pichet de café fumant. Victor Wembanyama, 22 ans et des poussières, s’apprête à semer sur les parquets de la finale NBA l’excellence et le savoir-faire du sport français sur des terres lointaines, longtemps inhospitalières, défrichées il y a presque deux décennies par Tony Parker, MVP de la finale 2007 sous le même maillot des Spurs, à 25 ans.
Double All-Star, défenseur de l’année, 3e au classement du MVP de la saison régulière et finaliste dès ses premiers play-offs, « l’Alien » tient déjà ses promesses. Porté par une vision qui abat toutes les frontières, le basketteur français emporte avec lui, très au-dessus du sol, une bande de sportifs hors norme qui fait sa place à la vitesse de la lumière, dans les pas des générations précédentes, sidérantes aussi de précocité, de Kylian Mbappé à Teddy Riner, Nikola Karabatic ou Laure Manaudou. Paul Seixas (19 ans) s’est installé comme le rival n° 1 de Tadej Pogacar au printemps. Désiré Doué (21 ans) a raflé une deuxième Ligue des champions avec le PSG. Leur aîné, Léon Marchand (24 ans), est une icône olympique aux quatre médailles d’or. Félix Lebrun (19 ans), lui, défie sans relâche l’empire chinois du ping. Avec eux, la France aligne une collection de pièces rares. Dont « Wemby », par la force marketing et médiatique de la NBA, diffuse le parfum tout autour de la planète. D’autres, comme Isack Hadjar (21 ans, Formule 1), Louis Bielle-Biarrey (22 ans, rugby), Arthur Fils (21 ans, tennis), même l’ado Moïse Kouame (17 ans, tennis) qui vient de crever l’écran à Roland-Garros, et Dominique Malonga (20 ans, basket), porte-drapeau d’une génération féminine certes moins luxuriante, se rapprochent de cette porte qu’ils veulent fracasser sans prendre la peine de sonner. Ils sont les produits premium de leur époque et de leur culture, nourris dès leur plus jeune âge aux images, aux témoignages, aux rêves, aux douleurs et surtout aux envies dévorantes de leurs aînés. Wembanyama et ses frères ont avalé et digéré ce que leurs modèles, Kobe Bryant, LeBron James, Michael Phelps, Cristiano Ronaldo, Max Verstappen, Kylian Mbappé ou Novak Djokovic, ont mitonné avant eux : une recherche de la performance sous tous ses aspects, une maîtrise de l’environnement, de la « com » à l’alimentation, de l’expertise médicale à l’équilibre émotionnel, sans faire la queue, sans attendre que le succès tombe du ciel.
Ils clament que rien n’est inaccessible et forment le meilleur des stimulants, à michemin entre Paris 2024 et Los Angeles 2028. Ils rappellent surtout à quel point la jeunesse française sait être une et indivisible.
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Dans le temps des géants
Nombre de saisons disputées avant d’atteindre la finale NBA.
Earvin « Magic » Johnson
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Victor Wembanyama cerné par OG Anunoby (à gauche) et Tyler Kolek
lors de la victoire des Spurs face aux Knicks (134-132), le 31 décembre.
Des Knicks à prendre au sérieux
Frais, confiants et armés pour neutraliser Victor Wembanyama : les New-Yorkais s’avancent à San Antonio avec de solides arguments pour battre les Spurs et espérer soulever le titre NBA au milieu du mois de juin. La confrontation s’annonce ardue.
Ils les ont déjà battus en finale de la NBA Cup
3 Jun 2026 - L'Équipe
Maxime Aubin, à San Antonio
Le premier avantage des hommes de Mike Brown est psychologique. Le 16 décembre à Las Vegas, les Knicks avaient raflé la finale de la NBA Cup, jeune tournoi organisé pendant la saison régulière, au nez et à la barbe de Victor Wembanyama et des siens, vainqueurs 124-113 après une fin de match étouffante, notamment dominée par l’agressivité et les rebonds new-yorkais.
Si San Antonio a pris sa revanche le 31 décembre en s’imposant difficilement à domicile, en saison régulière (134-132), les Spurs se sont à nouveau inclinés au Madison Square Garden deux mois plus tard, défaits sèchement (114-89), marquant la fin brutale d’une série de 11 succès d’affilée, nouvelle preuve que les Knicks ont été un caillou dans leurs chaussures ces derniers mois.
Ils débarquent beaucoup plus frais
Rarement une équipe n’avait eu autant de facilité en play-offs. Mis à part les deux matches concédés face aux Atlanta Hawks lors du premier tour (série remportée 4-2), Jalen Brunson et ses coéquipiers ont ensuite balayé les 76ers et les Cavaliers en quatre manches rapides, se qualifiant pour la finale dès le 25 mai. Au moment de se déplacer la nuit prochaine à San Antonio pour le match 1, ils cumulent donc neuf jours sans jouer, de quoi reposer les organismes, soigner les différents bobos et se préparer au mieux au défi qui les attend.
Les Spurs ne peuvent pas en dire de même, eux qui sortent d’une bataille épique en sept matches face au Thunder, le champion en titre (série remportée 4-3), dont une dernière victoire arrachée à Oklahoma City samedi (103-111), il y a seulement quatre jours. La série précédente, remportée face aux Timberwolves, avait également été épuisante, bouclée en six matches (4-2). Assez pour se poser la question: les Spurs auront-ils encore des jambes pour aller chercher le titre NBA?
Un arsenal défensif taillé pour Wembanyama
Maltraité physiquement depuis le début des play-offs, Wembanyama devra s’attendre à un nouveau combat féroce face aux Knicks, probablement l’équipe NBA qui dispose des meilleurs profils défensifs pour ralentir un géant comme lui (2,24 m, 107 kg). À commencer par les ailiers Josh Hart (1,96 m, 98 kg) et OG Anunoby (2,01 m, 109 kg), deux joueurs taillés dans la masse, à la fois plus petits et plus épais que lui, idéaux pour le tenir à l’écart du cercle.
S’il arrive à percer ce premier rideau, le numéro 1 des Spurs retrouvera ensuite la paire d’intérieurs Karl-Anthony Towns et Mitchell Robinson (*) dans la raquette, qui culminent tous les deux à 2,13 m. Soit un carré d’as solide dans le jeu de Brown, et une nouvelle équation à résoudre pour le pivot français, qui devra sans doute
De l’artillerie lourde à 3 points
Le défi sera également de taille de l’autre côté du terrain. Si San Ant o n i o d i s p o s e d e l’ u n e d e s meilleures défenses sur ces playoffs (2e au classement de l’efficacité défensive), il n’a pas encore rencontré une équipe avec autant de joueurs capables de prendre feu à 3 points (40 % de réussite jusqu’ici). C’est particulièrement vrai pour Towns (48,9 %), un pivot très friand du jeu en pick-and-pop (action dans laquelle l’intérieur pose un écran, puis s’écarte vers l’extérieur pour recevoir et tirer, plutôt que de couper au panier) avec son meneur, Brunson.
Idem à l’aile où Anunoby marche sur l’eau en ce moment (48,3 %), tout comme Brunson en général, même si sa moyenne a pour l’instant baissé en play-offs (35,2 % contre 36,9 % en saison régulière). Autant d’artilleurs qui devraient obliger Wembanyama à sortir de sa zone de confort en défense, lui qui aime cueillir en général ses adversaires à leur arrivée dans la raquette, et donc forcer Mitch Johnson, l’entraîneur des Spurs, à revoir son plan de jeu.
(*) Incertain après s’être cassé un doigt, Robinson a fait le voyage et s’est entraîné à San Antonio avec son équipe.
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Le pivot des Spurs, David Robinson (à droite), tente d’échapper à celui de New York,
Marcus Camby, lors de la finale NBA 1999 remportée par San Antonio en cinq matches.
L’astérisque de 1999
La finale entre les Spurs et les Knicks sera un remake d’il y a vingt-sept ans, pour le premier titre remporté par San Antonio. Mais certains n’ont jamais voulu le reconnaître comme tel à cause d’une saison tronquée par un lock-out.
3 Jun 2026 - L'Équipe
M. A., à San Antonio
Parmi les cinq bannières blanches pendues au plafond du Frost Bank Center, à San Antonio, la première en partant de la gauche porte le millésime 1999. Un souvenir impérissable pour les fans des Spurs, vestige du premier titre conquis par la franchise face à New York, succès bâti en seulement cinq manches (4-1) face à des Knicks guerriers, mais trop limités en l’absence de Patrick Ewing, blessé.
Une saison régulière compressée à 50 matches en trois mois
En face, Tim Duncan, qui participe seulement à sa deuxième saison en NBA, à 23 ans, domine la série de bout en bout (27,4 points, 14 rebonds et 2,2 contres en moyenne), et est sacré champion et MVP de la finale sans contestation. Une consécration personnelle qui signe aussi l’avènement d’un duo d’intérieurs hors norme avec David Robinson, qui portera les Spurs à un deuxième titre en 2003. Si ce premier succès acquis en 1999 est vu comme l’acte fondateur de la dynastie construite par l’entraîneur Gregg Popovich, il reste critiqué par certains aujourd’hui, puisque les play-offs s’étaient disputés cette année-là au terme d’une saison régulière largement tronquée : seulement 50 matches joués en à peine trois mois, au lieu de 82, en raison d’un lock-out, un litige qui opposait les propriétaires des franchises et les joueurs sur le partage des revenus.
Le niveau de jeu en avait logiquement souffert, les joueurs reprenant la compétition hors de forme après des mois sans entraînement collectif, avec un calendrier compressé à l’extrême. Phil Jackson, ancien coach légendaire des Bulls et des Lakers, fera partie des critiques les plus véhéments, estimant que San Antonio avait remporté « un titre avec un astérisque ». Une formule assassine, restée célèbre. Vingt-sept ans plus tard, Victor Wembanyama et les siens ont l’occasion de réécrire l’histoire et de s’offrir un deuxième titre face aux Knicks, cette fois sans la moindre contestation possible.
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9 - La franchise de New York disputera, à partir de la nuit prochaine face à San Antonio, la neuvième finale de son histoire. Champions en 1970 et en 1973 face aux Los Angeles Lakers, les Knicks se sont inclinés en 1951 (face aux Rochester Royals), en 1952, 1953 et 1972 (face aux Lakers), en 1994 (face aux Houston Rockets) et en 1999 (face aux San Antonio Spurs).

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