NBA : comment les Spurs de «Wemby» sont revenus au premier plan
CHRISTIAN PETERSEN / Getty Images via AFP
Victor Wembanyama (à gauche) et Stephon Castle des Spurs de San Antonio, face à Shai
Gilgeous-alexander de l’oklahoma City Thunder, samedi, lors de la finale de Conférence ouest.
Cinq fois sacré entre 1999 et 2014, le club texan a mangé son pain noir avant de retrouver les sommets. Les clés d’un retour express.
3 Jun 2026 - Le Figaro
Christophe Remise
San Antonio, le retour. En voyant Victor Wembanyama débarquer dans le Texas en 2023, on savait que les Spurs, absents des play-off depuis 2019, avaient mis le grappin sur un talent générationnel, le type de joueur qui peut faire basculer le destin d’une franchise. Toutefois, personne ne les aurait imaginés jouer le titre trois ans plus tard. Et pourtant, ce sont bien « Wemby » et ses petits camarades qui défieront les New York Knicks dans un remake des Finales NBA 1999. Match 1 dans la nuit de mercredi à jeudi (2 h 30 du matin).
« L’arrivée de Victor, c’était vraiment le point de départ pour les Spurs dans l’optique de retrouver le haut du classement assez rapidement. Ils sont néanmoins en avance sur leur projet », résume Chris Singleton, consultant bein Sports. Très en avance. Wembanyama n’y est pas pour rien, c’est une évidence. L’alien de 22 ans répond à toutes les attentes et plus encore. Mais ce n’est pas la seule clé de ce retour express au premier plan de San Antonio, qui a dû tout reconstruire après la retraite du « Big Three » (Duncan, Parker, Ginobili) et le départ de celui qui devait incarner l’avenir, Kawhi Leonard.
« C’est aussi le fruit du développement des jeunes autour de “Wemby”, parce que, même s’il tournait à 30 points, 25 rebonds et 7 contres par match, ça ne suffirait pas, ce serait juste un bon joueur dans une mauvaise équipe», glisse Chris Singleton, évoquant «une équipe qui fonctionne bien, qui travaille bien, joue de la bonne manière en attaque et peut être une forteresse défensive ».
Pour en arriver là, les dirigeants de la franchise texane ont fait tapis en 2022, avec le rêve de choisir « Wemby » à la draft, en se séparant de Dejounte Murray. Le tout avant de bazarder un autre jeune prometteur, Derrick White, en février. Après une saison à 34 victoires en 2021-2022, l’objectif était clair : tout reconstruire et terminer le plus bas possible au classement afin de piocher haut à la draft. Mission accomplie avec un triste bilan de 22 succès et 60 revers. Encore fallait-il avoir de la chance au tirage pour hériter du premier choix à la draft 2023, comme ça avait été le cas en 1987 pour prendre David Robinson et, en 1997, afin d’attirer Tim Duncan. Bingo !
Dès lors, il n’y avait plus qu’à construire autour du vice-champion olympique. Et prendre les bonnes décisions, à la draft, sur le marché des joueurs libres ou en matière de trades. «La constitution d’une équipe demande de la patience et de la réflexion », a déclaré le manager des Spurs, Brian Wright, en 2023.
La star, les bons lieutenants et le bon chef d’orchestre
C’est ce qu’ils ont fait. « Ils ont construit en prenant leur temps, avec une idée du genre d’équipe qu’ils voulaient», analyse Chris Singleton, soulignant que les Spurs ont « résisté aux tentations. Ils auraient pu essayer de prendre des raccourcis, faire venir des stars un peu en bout de course pour tenter de gagner rapidement. Ils ont fait le choix d’une construction intelligente. »
Construction qui est notamment passée par la draft. Et, dans cet exercice, San Antonio sait y faire. Avec Stephon Castle (4e en 2024) et Dylan Harper (2e en 2025), ils ont tapé dans le mille. En quête d’un deuxième joueur référencé, ils ont misé sur l’ancien All Star De’aaron Fox via un trade au cours de la saison écoulée. Il y a eu quelques bonnes pioches ici et là, comme l’intérieur Luke Kornet, libre l’été dernier, ou l’aubaine Julian Champagnie, que Philadelphie a laissé libre afin de promouvoir le dénommé Mac Mcclung, issu de la G-league, pour… l’aligner au concours de dunks 2023. Le tout en conservant des garçons comme Devin Vassell et Keldon Johnson.
« C’est très Spurs dans leur façon de travailler et de construire, juge George Eddy, voix du basket sur Canal+. Ils n’ont pas été impatients. Ils auraient pu déclencher un gros trade pour attirer une autre superstar, comme Giannis Antetokounmpo, mais ils sont restés fidèles à leurs valeurs fondamentales, sans perdre de vue le calendrier prévu sur plusieurs saisons. C’est leur force. Cette saison est la preuve qu’ils ont eu raison de rester sur cette philosophie. Pratiquement tous leurs choix ont été bons, y compris la signature de Fox, arrivé avec le salaire max. C’était ungros trade, qui ne leur a pas coûté cher, finalement. Tout est parfait dans leur façon de construire », synthétise-t-il.
La bonne star, les bons lieutenants, c’est une chose. Encore faut-il avoir le bon chef d’orchestre. C’est Mitch Johnson, jeune coach de 39 ans qui boucle seulement sa première saison pleine en tant que numéro 1 sur le banc. C’est sur lui que San Antonio a misé pour prendre les rênes après L’AVC de Gregg Popovich, fin 2024. «Pour moi, c’était le coach de l’année, tout simplement, note Chris Singleton. Il est proche des joueurs, tout en ayant la capacité à être ferme. C’est presque le fils de “Pop”, qui n’est d’ailleurs jamais loin. » C’est vrai.
Gregg Popovich reste très présent, jusqu’à dire leurs quatre vérités aux joueurs dans le vestiaire après le Game 3 contre OKC, en finale de l’ouest. On le voit aussi régulièrement distiller son savoir à l’entraînement. «On compense notre manque d’expérience par l’envie de vaincre, en jouant avec intensité et sans relâche, explique “Wemby”. Et on a la chance d’avoir de bons conseils, des gens, des coachs et une organisation qui nous orientent bien. »
«Les anciens joueurs, comme Tim Duncan, restent près du club, ils sont de bons conseils, ils donnent le bon exemple. Et même au sein du groupe actuel, il y a des garçons comme Bismack Biyombo qui ont une grande influence sur les plus jeunes. Ils savent comment on fait, et surtout ce qu’on ne doit pas faire », décrypte Chris Singleton, imaginant une finale entre « deux équipes qui ont des qualités similaires, c’est très fort défensivement, très costaud, physique, avec, de chaque côté, une star (Wembanyama et Jalen Brunson) qui peut porter une équipe ». En revenant en finale pour la première fois depuis 2014, les Spurs ont gravi les marches du succès à la vitesse grand V. Il reste la dernière. La plus dure. Celle qui permettrait à «Wemby» d’entrer, déjà, dans la légende.
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