Comment le soliste est devenu un leader
Apparu en sélection en 2005 et vite devenu sa star numéro 1, Lionel Messi a mis du temps à s’affirmer comme le patron de l’équipe nationale.
"Pour Diego, ce leadership était naturel.
Leo, lui, a dû le construire pas à pas"
- FERN'ANDO SIGNORINI, MEMBRE DU STAFF
SUR CE MONDIAL ET PROCHE DE MARADONA
1 Jul 2026 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO
Polokwane, Afrique du Sud, 22 juin 2010. Pour son dernier match de groupe de la Coupe du monde, l’Argentine affronte la Grèce (2-0). Le capitaine Javier Mascherano ménagé, le brassard est confié pour la première fois à Lionel Messi, 22 ans. Une petite surprise, car même si l’Albiceleste est déjà qualifiée, plusieurs tauliers sont sur le terrain comme Juan Sebastian Veron, Diego Milito, Martin Demichelis. Dans le vestiaire, Messi apparaît le visage blême, tête basse. Le staff doit le pousser du coude pour qu’il prenne la parole avant d’entrer sur la pelouse. Visiblement pas très à l’aise, il se lance, bégaie. Ses coéquipiers l’encouragent.Le 22 juin 2010, contre la Grèce (2-0), lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, Lionel Messi porte pour la première fois de sa carrière le brassard de capitaine de l’Argentine. Lors de la Coupe du monde 2006, pour le quart de finale face à l’Allemagne (0-4), le jeune Lionel Messi, entouré d’Oscar Ustari et Leandro Cufré (à dr.), était resté sur le banc.
Ce jour-là, l’attaquant fête pourtant sa 48e sélection. Il est déjà la star de cette sélection argentine, prolongement de la dimension prise au Barça où il brille avec Pep Guardiola. Il vient de remporter son premier Ballon d’Or France Football et va gagner les trois suivants. Mais capitaine, ce n’était pas dans ses plans. C’est une décision du sélectionneur, Diego Maradona.
Le champion du monde 1986 s’était luimême vu confier le brassard au même âge et il a une idée derrière la tête, en cette époque où le rendement de Messi en équipe nationale est critiqué au regard de ses exploits en club. « Diego a voulu reproduire ce que Carlos Bilardo avait fait avec lui, confie Fernando Signorini, membre du staff sur ce Mondial et proche de “El Diez”. L’idée était de le stimuler en lui confiant cette responsabilité. De le rendre encore plus performant en le faisant se sentir fier de porter le brassard d’une telle sélection. »
L’expérience n’a pas l’effet attendu. Pas encore. « Leo avait du mal à être en première ligne, convient Signorini. En ce sens, il n’avait rien à voir avec Diego, qui était beaucoup plus fou, plus extraverti. Ce sont deux joueurs merveilleux. Mais pour Diego, ce leadership était naturel. Leo, lui, a dû le construire pas à pas. » Dès le match suivant, Maradona redonne le brassard à Mascherano. Un peu plus d’un an plus tard, le nouveau sélectionneur Alejandro Sabella fera toutefois définitivement de la Pulga le capitaine. Un rôle qu’il n’a plus lâché et qu’il a dû apprendre à appréhender. Une question d’abord de personnalité. En 2006, un an après ses débuts en sélection, Messi est retenu pour la Coupe du monde. Il n’a que 18 ans mais il est la grande révélation de la Liga à l’issue de sa première saison complète. Pourtant, il n’en mène pas large. « Les leaders étaient alors Riquelme, Ayala, Crespo, Tevez, Sorin, Abbondanzieri, que des fortes têtes avec une grosse expérience, Leo, lui, était très discret. À l’entraînement ou aux causeries, il regardait, il écoutait, il était attentif à tout mais ne posait jamais de question. Je lui demandais sans cesse comment il se sentait, il disait : “Ça va”. »
De nombreux amis et une nouvelle génération
de partenaires dont il est l’idole
Réduit à un rôle secondaire, il accepte son sort sans moufter. « C’était la mascotte, le petit jeune, poursuit Tocalli. On s’est beaucoup fait critiquer pour l’avoir laissé sur le banc en quarts ( 1-1, 2-4 aux t.a.b. face à l’Allemagne), or notre idée était de le préparer pour l’avenir. On était sûrs qu’il deviendrait un joueur majeur mais il devait attendre son heure, apprendre de gars plus chevronnés. »
Messi a dû aussi composer avec un environnement pas toujours favorable. Du fait de son exil précoce en Catalogne, il a longtemps été soumis à un procès en « argentinité ». En a-t-il nourri un complexe, une défiance ? Pas impossible. Il s’est d’ailleurs épanoui dans son rôle en partie dans les épisodes de crise, comme lorsqu’il était monté au front pour justifier le silenzio stampa des joueurs en 2016-2017, à la suite d’articles jugés irrespectueux sur Ezequiel Lavezzi.
Avec les années, le renouvellement de l’effectif a bouleversé ses relations et sa place. D’abord avec l’arrivée de nombreux amis (Di Maria, Agüero, Paredes, De Paul…) puis d’une génération dont il est l’idole (Enzo Fernandez, Julian Alvarez). De quoi se sentir plus à l’aise et légitime, conforté aussi par l’accumulation de trophées et par le fait que l’équipe lui soit dévouée. « En fait, Messi est plus qu’une personne, c’est un mythe, décrypte un ancien de la sélection qui l’a côtoyé. Habituellement, pour un capitaine, la parole est très importante. Or ce n’est pas son truc. Mais il a trouvé son mode d’expression. C’est un leader car il a une influence sur ses coéquipiers et sur les adversaires. Et ce qui l’a toujours distingué, c’est sa compétitivité. Je ne l’ai jamais vu donner moins, et c’est fondamental pour un capitaine. » Un leader par l’exemple, donc, et un capitaine de peu de mots. Mais les mots d’un champion du monde huit fois Ballon d’Or.
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