Erling Haaland, le Viking qui menace les Bleus


Yannick Peterhans/northjersey.co/usa TODAY Network via Reuters Connect
Vorace et létal sur le rectangle vert, 
Erling Haaland a inscrit 59 buts en 52 sélections avec la Norvège.

Icône de tout un peuple, l’attaquant norvégien n’a pas tardé à briller en Coupe du monde. L’équipe de France est prévenue.

26 Jun 2026 - Le Figaro
Thibaud Jouffrit

Aux États-unis, comme ailleurs, il fait ce qu’il sait faire de mieux, partout, tout le temps : marquer des buts. Auteur d’un doublé face à l’irak (4-1) puis face au Sénégal (3-2), dans son pur style de finisseur, Erling Haaland guide la Norvège vers son défi face aux Bleus, ce vendredi, au Gillette Stadium (Foxborough), en « finale » du groupe I de la Coupe du monde. Méfiance, la star norvégienne, en grande forme, espère encore frapper fort à l’occasion du premier Mondial joué par son pays depuis celui organisé en France, en 1998.

Né deux ans plus tard, le 21 juillet 2000, Erling Haaland marche à grands pas sur les traces de son père, Alf-inge Håland, ex-défenseur passé par Leeds et Manchester City, qui avait disputé la Coupe du monde 1994 avec la sélection norvégienne, déjà aux États-unis. Gry Marita Braut, sa mère, ancienne championne d’heptathlon, avait à l’époque pris place dans les tribunes. Et c’est pour rendre hommage à ce glorieux héritage que l’insatiable buteur porte aujourd’hui «Braut Haaland» sur son maillot en équipe de Norvège, après avoir modifié à l’état civil la graphie de son patronyme (de Håland à Haaland) en 2018.

Voilà pour le symbole. Mais qu’importe son nom dans le dos, le colosse (1,95 m) à la crinière blonde affole les compteurs. Du côté de Manchester City, sa saison avec des hauts et des bas s’est achevée à 38 buts et 9 passes décisives inscrits en 52 matchs. Avec sa nation, ses temps de passage dépassent l’entendement : 59 réalisations en 52 capes. Soit le meilleur ratio de buts/ match (1,13) pour un joueur international à plus de 50 sélections sur les cent dernières années.

Comme si le natif de Leeds était tombé dans la marmite du but quand il était petit. Ce que confirme au Figaro son premier entraîneur, Alf Ingve Berntsen, qui l’a formé de 8 à 15 ans au sein d’un groupe de 40 joueurs du club de Bryne, ville de 13 000 habitants du sud-ouest de la Norvège. « Erling faisait partie des meilleurs dès le premier jour. Dans le groupe, il ne jouait que contre des garçons ayant un an de plus que lui, raconte l’éducateur, relevant ses qualités techniques et tactiques au-dessus de la moyenne. Il était de taille normale, mais il était mince. Il lui en manquait encore un peu sur le plan physique, mais nous savions que cela viendrait. Dans sa propre catégorie d’âge, il ne péchait pas physiquement. »

Rapidement surclassé, le gaucher a débuté en professionnel dès ses 15 ans, en deuxième division norvégienne, pour y disputer une quinzaine de matchs avec l’équipe première du Bryne FK (sans but marqué). «Le club et les habitants sont fiers de lui. Il a attiré l’attention sur notre petite ville», glisse Alf Ingve Berntsen, vantant « un leader naturel apprécié partout en Norvège». Son ancien protégé, habitué à fracasser les paliers, a ensuite rejoint le grand club norvégien de Molde (2017-2018) puis s’est révélé aux yeux de l’europe avec le Red Bull Salzbourg, en 2019, en inscrivant un triplé dès son premier match de Ligue des champions. La machine était lancée. Et elle allait tout emporter sur son passage au Borussia Dortmund (86 buts en 89 matchs entre 2020 et 2022) avant son arrivée à Manchester City, sous les ordres de Pep Guardiola.

«Je ne suis pas surpris qu’il soit devenu un bon joueur. En revanche, nous ne savions pas qu’il deviendrait aussi fort », concède son premier entraîneur, qui considère Haaland comme «tout près du sommet ». Et ce en restant le « même garçon » que le Bryne FK a chéri dès ses 5 ans. Interrogé sur le surnom du « Cyborg », très utilisé dans les médias français, Alf Ingve Berntsen le comprend. Mais ne s’y attarde pas : « Erling est avant tout un être humain chaleureux, sympathique et drôle. Il a toujours conservé le même style de jeu, il est très professionnel. »

Adepte de la méditation

Vorace et létal sur le rectangle vert, Haaland brille tout autant par sa discrétion en dehors. Pas de polémiques ni de frasques à mettre à l’actif du deuxième au Ballon d’or 2023, vainqueur (déjà) de 8 trophées avec Manchester City.

Adepte de la méditation, il ironise sur les réseaux sociaux lorsqu’il passe incognito dans les rues de Manhattan, casquette sur la tête et lunettes de soleil sur le nez, à l’occasion d’un temps libre. L’amérique n’a, sans doute, pas encore imprimé le visage du géant scandinave qui prêtera sa voix au film d’animation Viqueens,, attendu en fin d’année 2026. Il y interprétera un Viking portant son nom. Preuve de la dimension prise au-delà du football par l’icône de son pays, de retour, parfois, dans son cocon à Bryne avec sa compagne, Isabel Haugseng Johansen, elle aussi passée par le club local. « Je connais Erling et sa famille, mais je ne l’appelle jamais. Il se débrouille très bien aujourd’hui, il n’a plus besoin de mes conseils », révèle Alf Ingve Berntsen.

Son ex-formateur espère désormais que l’aventure des séduisants Vikings va se poursuivre de l’autre côté de l’atlantique. Une chose est sûre : ils seront au rendez-vous des seizièmes de finale, quoi qu’il arrive face aux Bleus. « Cette équipe est à peu près du même niveau que celle de la Coupe du monde 1998 (huitième de finale perdue face à l’italie). J’espère qu’elle atteindra les quarts de finale », avance Alf Ingve Berntsen avant ce choc Norvège-france. Sur fond de duel à distance entre Erling Haaland et Kylian Mbappé, partis sur les chapeaux de roues (4 buts chacun). « Si je devais choisir, je prendrais les deux, il est difficile de les comparer », esquive l’éducateur, à qui on ne peut donner tort tant le Norvégien et le Français possèdent davantage de différences que de points communs.

Seront-ils face à face, ce vendredi, entourés de leur garde rapprochée Olise, Dembélé, Doué d’un côté, Odegaard, Sorloth et Nusa de l’autre ? «Il y aura quelques changements contre la France », a promis le sélectionneur scandinave Stale Solbakken. Après avoir communié au Metlife Stadium avec leurs supporters, qui font sensation en répétant la célébration du « viking row» (mimes de rameurs vikings), le numéro 9 a tranché : « Honnêtement, je me moque un peu de ce match. On est qualifiés, ce qui est incroyable, donc ce match ne m’intéresse pas plus que ça. La France va probablement gagner contre nous et probablement gagner tout le tournoi. » C’est brut de pomme, c’est du Haaland.

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