FRANCE-NORVÈGE Les Bleus, en leur fjord intérieur


Sans Deschamps, les Bleus défient la Norvège

Avec l’absence de Didier Deschamps endeuillé et face à des adversaires frais, les Bleus terminent, ce vendredi soir, les phases de poule dans une sorte d’angle mort, malgré une équipe rutilante.

26 Jun 2026 - Libération
Par Grégory Schneider Envoyé spécial à Waltham (Massachusetts)

Vendredi (21 heures heure française), les Bleus en termineront avec un premier tour de poule interminable face à la Norvège d’Erling Haaland au Boston Stadium de Foxborough, Massachusetts. Et l’affaire tournera, d’une manière ou d’une autre, autour de l’absence de leur sélectionneur, Didier Deschamps. Ayant appris le décès de sa mère dans la matinée de jeudi, le coach tricolore est rentré en France dans la foulée, ce qui enverra en première ligne Guy Stephan, l’adjoint de l’entraîneur depuis 2009 et ses années à l’Olympique de Marseille.

Une situation que le binôme avait vécue en mai 2022 avant un match de Ligue des nations perdu contre la sélection danoise (1-2 à Saint-Denis), Deschamps ayant déjà dû faire face à un deuil familial. Ni le même contexte, deux mois de vie commune dans le cas qui les occupe, ni la même caisse de résonance dans une compétition «où le monde entier arrête de faire ce qu’il est en train de faire pour te regarder jouer», pour reprendre les mots du capitaine des Bleus, Kylian Mbappé.

Hommage Pudique

Une Coupe du monde est un univers à part, traversé par une sorte de champ de force électrique à la fois chaotique (ça tombe quand ça tombe) et violent, comme si les équipes étaient suspendues sur un fil au-dessus du vide par un vent de force 7. Et si les Bleus sont qualifiés pour les 16e de finale depuis plus de trois jours et la victoire (3-0) contre la sélection irakienne à Philadelphie, chaque étape recèle son lot de chausse-trapes. Un joueur qui se blesse parce qu’on n’a pas interprété les signaux qui auraient permis de le remplacer avant, le mal-être d’un autre qui ne joue pas, la main qu’on oublie de passer dans le dos d’un arbitre avant le coup d’envoi, une pression accrue qu’il faut faire peser en plein match sur Jules Koundé ou Désiré Doué à tel moment et non pas cinq minutes plus tôt, ou cinq minutes plus tard. Autant d’évocations qui feraient sourire le coach tricolore, lequel a passé l’âge d’être indulgent avec l’environnement médiatique qu’il subit : pour être un grand, un immense régulateur de tout ce qui peut survenir à ces altitudes, il est en capacité d’allonger la liste que l’on vient d’ébaucher pendant des semaines. Et en s’y mettant nuit et jour encore.

On veut dire que son absence n’est pas neutre. Sur deux aspects distincts. Il faudra déjà traverser la séquence sans dommage dans un monde écrasé par l’importance de l’image, les internationaux ayant rendu un hommage circonstancié et pudique en observant une minute de silence avant l’entraînement de jeudi, Adrien Rabiot ou Mbappé n’étant venus que pour cela puisqu’ils ont quitté la séance dans la foulée. Le capitaine tricolore a ensuite lâché quelques mots, pas beaucoup, empathiques et discrets dans une story Instagram: «Vous n’êtes pas seul.» Les seuls tenus par un joueur du groupe France publiquement : à part celle imposée par les instances la veille de la rencontre contre les Norvégiens, le staff a annulé toutes les conférences de presse depuis le match de l’Irak «au regard du contexte», assurément pour accroître le degré de maîtrise dans cette situation particulière puisque le lien entre le deuil qui frappe le sélectionneur et ce qu’auraient raconté les joueurs au-delà des deux trois phrases de circonstances ne va pas de soi.

Premier du groupe

Le second écueil, c’est le match lui-même. En soi, un petit précis d’étrangeté. Même si les intéressés jurent le contraire la main sur le coeur, l’intérêt de l’emporter à Foxborough ne va pas de soi : l’équipe entraînée par Stale Solbakken est également assurée de pousser un tour plus loin et la perte de la première place du groupe I (un nul suffit aux Bleus pour finir en tête), si elle induisait un probable 16e de finale périlleux contre la sélection ivoirienne, enverrait Upamecano et consorts dans une moitié de tableau partie pour être moins relevée, la Mannschaft allemande semblant promise en 8e à ceux qui s’imposeront à l’issue du match de vendredi.

Aérer les têtes et envoyer une palanquée de supplétifs contre la Norvège peut ainsi être tentant, une option souvent privilégiée par le passé par Deschamps. Lequel est cependant présumé préférer (car il ne l’a pas dit) le parcours du premier du groupe concentré sur la côte nord-est jusqu’à la demi-finale de Miami, le deuxième du groupe I devant se promener au Texas ou en Floride. Partant, la rencontre face aux Norvégiens apparaît comme une opération un peu floue, une sorte d’angle mort dans le parcours d’une équipe jusqu’ici rutilante et visant le titre en juillet. Quand leurs adversaires nordiques arrivent au net, en pleine bourre et frais comme la rosée du matin; vingt-huit ans de frustration nourrie par leur absence en phase finale d’une Coupe du monde liquidée en deux matchs et une brouette de buts (sept), de grands joueurs (Odegaard en plus de Haaland) pour faire rêver les gosses et un «Viking row» (on se met accroupi en file indienne et on rame) lancé par la sélection et ses supporteurs qui essaiment depuis les couloirs des écoles maternelles jusqu’aux hospices en passant par les rues d’Oslo. Indépendamment des calculs et des projections, les joueurs alignés par Deschamps et Stephan feront du match ce qu’ils voudront. Et c’est souvent là que les ennuis des adversaires des Bleus commencent.

***

Senza il Ct Deschamps, i Bleus sfidano la Norvegia

Con l’assenza di un Didier Deschamps in lutto e di fronte ad avversari freschi, i Bleus concludono, questo venerdì sera, la fase a gironi in una sorta di punto cieco, nonostante una squadra in grande forma.

26 giugno 2026 - Libération
di Grégory Schneider, inviato speciale a Waltham (Massachusetts)

Venerdì (alle 21:00 ora francese), i Bleus concluderanno un interminabile girone preliminare contro la Norvegia di Erling Haaland al Boston Stadium di Foxborough, nel Massachusetts. E la partita ruoterà, in un modo o nell’altro, attorno all’assenza del loro commissario tecnico, Didier Deschamps. Dopo aver appreso la notizia della morte della madre nella mattinata di giovedì, il selezionatore francese è tornato immediatamente in Francia, lasciando il posto in prima linea a Guy Stephan, suo vice dal 2009 e già suo collaboratore ai tempi dell’Olympique Marsiglia.

Una situazione che il duo aveva già vissuto nel maggio 2022 prima di una partita della Nations League persa contro la nazionale danese (1-2 a Saint-Denis), quando Deschamps aveva già dovuto affrontare un lutto in famiglia. Né il contesto è lo stesso – in questo caso si tratta di due mesi di convivenza – né l’eco mediatica è la stessa in una competizione «in cui il mondo intero smette di fare ciò che sta facendo per guardarti giocare», per riprendere le parole del capitano dei Bleus, Kylian Mbappé.

Omaggio discreto

Un Mondiale è un universo a sé stante, attraversato da una sorta di campo di forza elettrico al tempo stesso caotico (succede quando succede) e violento, come se le squadre fossero sospese su un filo sopra il vuoto da un vento di forza 7. E anche se i Bleus si sono qualificati per gli ottavi di finale già da più di tre giorni, grazie alla vittoria (3-0) contro la nazionale irachena a Filadelfia, ogni tappa nasconde le sue insidie. Un giocatore che si infortuna perché non sono stati colti i segnali che avrebbero permesso di sostituirlo prima, il malessere di un altro che non gioca, la mano che ci si dimentica di posare sulla spalla di un arbitro prima del fischio d’inizio, una pressione maggiore che bisogna far pesare nel bel mezzo della partita su Jules Koundé o Désiré Doué in quel preciso momento e non cinque minuti prima, né cinque minuti dopo. Tutte queste considerazioni farebbero sorridere il commissario tecnico della nazionale francese, che ha ormai superato l’età di essere indulgente con il contesto mediatico a cui è sottoposto: per essere un grande, un immenso regolatore di tutto ciò che può accadere a questi livelli, è in grado di allungare l’elenco che abbiamo appena abbozzato per settimane. E continuando a lavorarci giorno e notte.

Ciò significa che la sua assenza non è irrilevante. Sotto due aspetti distinti. Bisognerà innanzi tutto superare questo momento senza danni in un mondo schiacciato dall’importanza dell’immagine; i giocatori della nazionale hanno reso un omaggio circostanziato e discreto osservando un minuto di silenzio prima dell’allenamento di giovedì, mentre Adrien Rabiot e Mbappé sono venuti solo per questo, dato che hanno lasciato la sessione subito dopo. Il capitano della nazionale francese ha poi pubblicato alcune parole, poche, empatiche e discrete in una storia su Instagram: «Non siete soli». Le uniche pronunciate pubblicamente da un giocatore della nazionale francese: a parte quella imposta dalle autorità alla vigilia della partita contro i norvegesi, lo staff ha annullato le conferenze stampa dopo la partita contro l’Iraq «alla luce del contesto», sicuramente per aumentare il grado di controllo in questa situazione particolare, poiché il legame tra il lutto che ha colpito il commissario tecnico e ciò che avrebbero potuto raccontare i giocatori al di là delle due o tre frasi di circostanza non è scontato.

Primi nel girone

Il secondo ostacolo è la partita stessa. Di per sé, un piccolo esempio di stranezza. Anche se gli interessati giurano con la mano sul cuore il contrario, l’importanza di vincere a Foxborough non è scontata: la squadra allenata da Stale Solbakken è comunque sicura di passare il turno e la perdita del primo posto nel Gruppo I (ai Bleus basta un pareggio per finire in testa), se comportasse un probabile e insidioso sedicesimo di finale contro la nazionale ivoriana, manderebbe (Dayot) Upamecano e compagni in una parte del tabellone che si preannuncia meno competitiva, visto che la Mannschaft tedesca sembra destinata agli ottavi per chi vincerà la partita di venerdì.

Svuotare la mente e schierare una pletora di riserve contro la Norvegia potrebbe quindi risultare allettante, un’opzione spesso privilegiata in passato da Deschamps. Il quale, tuttavia, si presume preferisca (poiché non lo ha detto) il percorso della prima classificata del girone, concentrato sulla costa nord-orientale fino alla semifinale di Miami, mentre la seconda classificata del Gruppo I dovrebbe recarsi in Texas o in Florida. Di conseguenza, l’incontro contro i norvegesi appare come un’operazione un po’ confusa, una sorta di punto cieco nel percorso di una squadra finora brillante e che punta al titolo a luglio. Quando i loro avversari nordici arrivano a rete, in grande forma e freschi come la rugiada del mattino; ventotto anni di frustrazione alimentata dalla loro assenza nella fase finale di un Mondiale spazzati via in due partite e una valanga di gol (sette), grandi giocatori (Odegaard oltre a Haaland) per far sognare i ragazzini e un «Viking row» (ci si accovaccia in fila indiana e si rema) lanciato dalla nazionale e dai suoi tifosi che si riversano dai corridoi delle scuole materne agli ospizi, passando per le strade di Oslo. A prescindere dai calcoli e dalle previsioni, i giocatori schierati da Deschamps e Stephan faranno della partita ciò che vorranno. Ed è spesso proprio lì che iniziano i guai degli avversari dei Bleus.

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