Pogačar, dernière ligne droite


Tadej Pogačar, le mois dernier sur le Tour de Romandie, qu’il a remporté, 
ici devant Lenny Martinez (présent aussi cette semaine en Suisse) et Florian Lipowitz.

Quadruple vainqueur de la Grande Boucle, le Slovène va passer cinq jours en Suisse afin de conserver sa dynamique du début de saison mais surtout pour préparer le Tour de France, qui s’élance dans trois semaines.

«Je pense que ce sera très sympa, une belle course pour les jambes, 
pour la vitesse et pour tester nos muscles»
   - TADEJ POGACAR

17 Jun 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS

SONDRIO (ITA) – On a toujours pensé que dans sa quête d’absolu, Tadej Pogačar, après avoir écumé les plus grandes courses du calendrier, viendrait gober d’autres épreuves moins prestigieuses mais manquantes à son palmarès. Le Tour de Suisse s’inscrit en partie dans ce projet, puisque le Slovène n’a jamais mis les roues sur cette course et ne manquera pas l’occasion d’aller gratter des étapes et le classement général, comme en Romandie il y a un mois (quatre succès et le général).

Mais, à trois semaines du Tour de France et de son grand départ à Barcelone, le 4 juillet, se trame autre chose: à la sortie d’un stage en altitude en Sierra Nevada, de quelques reconnaissances d’étapes du Tour et après quelques sorties ludiques avec ses copains de Monaco, le quadruple vainqueur de la Grande Boucle attaque l’avant-dernière partie de sa préparation qui doit le mener à un cinquième sacre. Sa saison ressemble à une fusée à deux étages, et après une campagne des classiques quasi parfaite, il a entamé une autre phase de préparation en vue de s’assécher, de se rapprocher de son poids de forme sur les grands Tours et d’encaisser les ascensions de longs cols qui l’attendent en juillet.

En Espagne, pendant son camp en altitude, il aurait déjà bien fondu , en croire ses concurrents qui ont eu la malchance de le croiser sur le bitume, comme Maxime Van Gils. Le coureur de Red Bull-BORA-hansgrohe l’avait trouvé « très rapide et plutôt mince ». « On ne roulait vraiment pas lentement, mais Tadej a attaqué la montée à fond, avait expliqué le Belge. Au début, on a cru qu’il faisait semblant et qu’il s’était caché dans les buissons quelques virages plus loin. Mais quand on est arrivés au sommet, on l’a revu. C’était donc juste un effort d’ascension tout à fait normal pour lui. »

En Suisse, Pogačar sort donc de sa grotte pour se frotter de nouveau au peloton, à son rythme moins lancinant que les longues montées autour de Grenade et avec l’idée, au sein de son staff, de le stimuler, de maintenir en éveil cet hyperactif qui s’ennuie rapidement. Hier, sous le regard de la statue de Garibaldi, en plein coeur de la place pavée du même nom, le leader d’UAE Emirates-XRG a annoncé la couleur, à la veille de cette première étape sur les terres italiennes et qui va tourner autour de Sondrio : « On testera nos jambes dès demain (aujourd’hui) et on verra si on est vraiment prêts pour le Tour ou s’il faut encore travailler les entraînements après la Suisse. Normalement, à ce stade, on devrait être fin prêts. C’est un peu dommage que ce ne soit plus les neuf jours d’avant, avec les étapes classiques et les grandes ascensions. C’est un peu différent, mais je pense que ce sera quand même très sympa, une belle course pour les jambes, pour la vitesse et pour tester nos muscles. »

Le nouveau for mat de l’épreuve helvète, obligée de se réinventer pour survivre économiquement (5 jours de course au lieu de 8), se prête pourtant assez bien à son avant-Tour et se glisse entre deux blocs d’altitude : un premier donc en Sierra Nevada où il a enchaîné de longues sorties jusqu’au 7 juin, le second après la Suisse, du côté d’Isola 2000, où il a ses habitudes également et où il avait brillé, il y a deux ans lors de la 19e étape du Tour. L’enchaînement séances soutenues en altitude-compétition-séances d’affûtage dans l’arrière pays niçois doit lui permettre d’arriver pleine balle sur la Grande Boucle, avec le contre-la-montre par équipes en apéro. Mais d’ici-là, le Slovène de 27 ans ne va prendre aucun risque pour ne pas connaître la mésaventure de Paul Seixas au Tour d’Auvergne–Rhône-Alpes, ranger peutêtre même sa boulimie au placard et simplement s’offrir un bloc moins énergivore, l’édition 2026 ne comptant qu’une seule réelle étape de montagne, le dernier jour, dimanche.

Mais s’il ne va pas maillocher directement une rivalité probablement résignée et amputée de Tom Pidcock (malade), il ne vient pas enfiler non plus les perles et il voudra garder sa dynamique du début de saison, avec neuf succès en onze jours de courses seulement. Car, cette année, il a peu couru, autant pour arriver frais sur le Tour que pour ne pas le finir dans le même état que l’an passé, blessé à un genou et vidé émotionnellement.

Sur le Tour de Suisse, il vient donc, comme souvent, pour s’amuser et, dans son monde, il sera bien le seul, promettant dès aujourd’hui « une étape assez difficile, avec des ascensions courtes et abruptes. Beaucoup de coureurs peuvent tenter quelque chose, il y aura probablement beaucoup d’attaques si quelqu’un se sent en forme. On a une bonne équipe et on tentera peut-être quelque chose pour gagner demain( aujourd’hui). »

La formation émirienne, depuis trois saisons, ne laisse aucune miette au peloton, son leader, entouré d’une belle armada (notamment Nils Politt, Tim Wellens, Brandon McNulty et Jhonatan Narvaez), encore moins: « Je me sens en pleine forme et motivé pour préparer le Tour de Suisse. Le fait que ce soit ma première participation le rend encore plus excitant. »

***

Martinez et les autres en embuscade

17 Jun 2026 - L'Équipe
Y. H. à Sondrio (ITA).

La partie n’est pas gagnée d’avance pour Tadej Pogačar mais le plateau du Tour de Suisse, sans ses principaux rivaux de juillet (Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel et Paul Seixas), lui dégage un peu la voie, encore plus avec le forfait, hier, de Tom Pidcock, fauché par un virus. Le coureur britannique, coriace dauphin du Slovène sur Milan-San Remo, aurait pu lui résister mais cette tâche sera dévolue à Lenny Martinez, dont les ambitions de podium se trouvent d’autant plus grandes. Le grimpeur de poche débarque avec une grosse équipe (Antonio Tiberi, Afonso Eulálio, révélation du dernier Giro) pour lutter contre les Mauro Schmid et autre Primož Roglič. Toujours chez les Français, outre Axel Laurance, Romain Grégoire, qui avait brillé l’an passé chez les Helvètes (vainqueur de la première étape, 6e du général) aura, sur le début de parcours sélectif et vallonné, des envies de renouer avec le succès mais il aura une adversité coriace avec Mathieu van der Poel, Matthew Brennan ou Jhonatan Narváez, si UAE Emirates-XRG lui lâche un peu de mou. Le Néerlandais, de son côté, reprend la compétition deux mois après sa 4e place à Paris-Roubaix et comme beaucoup, il vient sur ce Tour de Suisse dans l’optique de préparer la Grande Boucle cet été. Certains tenteront aussi de se refaire la cerise comme l’Américain Matthew Riccitello, malade sur le Tour Auvergne–Rhône-Alpes, ou Roglič qui passera son tour en juillet pour mieux se concentrer sur la Vuelta en août.

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