SOUS LE FEU DES PROJECTEURS
La déception de Victor Wembanyama lors du match 5
de la finale NBA samedi au Frost Bank Center.
Alors qu’il semblait faire l’unanimité depuis son arrivée en NBA, Victor Wembanyama a vu son image être écornée lors de sa première finale face aux New York Knicks.
17 Jun 2026 - L'Équipe
BENJAMIN MOUBÈCHE
L’image de Victor Wembanyama regagnant les vestiaires samedi soir, sans un regard pour ses adversaires, a fait grincer quelques dents. « Voir (les Spurs) quitter le terrain comme ça, c’était navrant » , a déploré Draymond Green, quadruple champion NBA, dans son podcast. « Il y a une façon de gagner et une façon de perdre, et quitter le terrain sans regarder son adversaire dans les yeux, ce n’est pas une façon de perdre. »
Après trois ans à construire une réputation immaculée, le Français a peut-être laissé une première tache lors de cette première finale. « Il n’est pas aussi sympathique qu’on le pensait. Ça m’a un peu surpris, vu à quel point il semblait faire l’unanimité », constate l’éditorialiste Chris Broussard, sur Fox Sports. Il se retrouve confronté, à une échelle qu’il n’avait jamais connue, à la critique qui accompagne les grands joueurs et les grandes scènes.
D’espoir consensuel à star polarisante
À son arrivée dans la Ligue, Victor Wembanyama a fait l’unanimité. Il incarnait un renouveau pour la NBA, et une bouffée d’air frais par sa personnalité singulière. « C’est une personne spéciale » , résumait Gregg Popovich en octobre 2023. En quelques semaines, le légendaire entraîneur des Spurs était conquis. Tout le monde l’était.
Depuis, son image s’est nuancée. Pas brutalement, mais par degrés, au fil des victoires, jusqu’à atteindre son paroxysme en finale. Wembanyama a cessé d’être un espoir pour devenir l’un des visages de la Ligue. Avec ce nouveau statut est arrivé son lot d’exigences et de critiques.
Très mesurée lors de ses deux premières saisons, la star de San Antonio a gagné en assurance à mesure que son équipe et lui progressaient, quitte à devenir une figure plus polarisante. Ses commentaires sur les « meurtres de civils » commis par les agents de l’immigration américaine (ICE), à contre-courant d’une NBA discrète sur le sujet, lui ont notamment coûté une partie du public conservateur. Trois ans plus tôt, personne ne l’aurait imaginé. Mais aujourd’hui, Wembanyama divise.
Arrogance ou confiance ?
La ligne qui sépare la confiance de l’arrogance est très fine. En finale, le Français a marché sur cette ligne comme un funambule. « On a complètement dominé pendant la plus grande partie de la série » a-t-il analysé après la défaite de San Antonio au match 5 (94-90). Sur le plan statistique, c’est un constat : son équipe a mené au score 72 % du temps. Mais formulé après une défaite 1-4, ce même constat peut tout aussi bien passer pour de l’orgueil.
Plus tôt, mené 1-3, il avait promis le contraire de ce qui allait se produire : « Tout le monde sait qu’on va le faire. » Affirmer qu’on va renverser une situation désespérée n’a rien de dédaigneux, il est sans doute même nécessaire de s’en convaincre pour le rendre possible. Le problème réside dans le résultat qui a suivi. Si les Spurs avaient gagné, cette phrase serait aujourd’hui citée comme une prophétie. Dans la défaite, elle est désignée commeunexcès d’ego.
Dans le sport de haut niveau, l’ego est pourtant indispensable. « L’ego est tout. Sans ego, on n’a pas la détermination nécessaire pour réussir » , jugeait Michael Jordan en 1993. Reste à savoir où se situe la limite qui sépare l’ego sain du narcissisme, une frontière que chacun trace différemment, et qui décide aujourd’hui du jugement que beaucoup portent sur l’athlète.
Des gestes qui ont nourri la controverse
Davantage que les mots, ce sont les actions sur le terrain qui façonnent l’image d’un joueur. Et là aussi, le natif du Chesnay a écorné la sienne. Lui qui n’avait jamais commis de faute flagrante en carrière en a commis deux lors de ces play-offs, dont un coup de coude sur Naz Reid qui a fait polémique. D’autres gestes, non sifflés, ont nourri un sentiment d’injustice.
Sa provocation envers Mitchell Robinson, juste avant de subir la plus grande remontée de l’histoire des finales, restera comme l’image la plus clivante de la série. Encore une fois, tout est une question de résultat, et de limite : entre la compétitivité et l’effronterie, entre l’intensité physique et ce que les Américains appellent le « dirty ».
En finale, Wembanyama s’est fait ses premiers ennemis. Mais c’est aussi un rituel de passage pour les grands joueurs, qui ne font jamais l’unanimité. Le gentil extraterrestre a surtout rappelé qu’il était un être humain, avec les failles que cela implique.
***
Commenti
Posta un commento