Insensé


À l’image de Tobias Foss, les coureurs ont lutté contre la chaleur toute la journée. 
Les jets d’eau de pompiers n’ont pas suffi à rafraîchir un peloton mis en 
surchauffe par le rythme de la course imposée, notamment, par les UAE. 
Il aurait fallu à Tom Pidcock bien plus qu’un bidon vidé sur la tête pour supporter la canicule.

À la chaleur accablante et au parcours explosif s’est ajouté un scénario fou, où plusieurs équipes ont roulé derrière l’échappée et maintenu jusqu’au bout le suspense. Et râpé un peu plus les organismes, juste avant la journée de repos.

"On a l’impression que même UAE ne sait pas pourquoi ils ont roulé"
   - EWEN COSTIOU (GROUPAMA-FDJ)

"Comme ça pendant presque neuf jours, 
non, je n’ai jamais connu ça, je pense"
   - TIESJ BENOOT (DECATHLON-CMA CGM)

13 Jul 2026 - L'Équipe
TEXTE : PIERRE MENJOT (avec la rubrique cyclisme) 
PHOTOS : ÉTIENNE GARNIER et BERNARD PAPON

USSEL (CORRÈZE) – Elle a ses charmes, la Corrèze. Le Suc au May, où on aurait bien déplié la table de pique-nique, les petites routes qui serpentent à travers les forêts, parfaites pour faire du vélo. Mais pas hier. Le peloton du Tour n’a pas eu le choix, lui, et le mot « four » est revenu plusieurs fois pour décrire l’atmosphère de ce long dimanche de canicule. « Sortir ( du car) pour aller à la signature, c’était comme quand vous ouvrez le four et que vous regardez à l’intérieur, tout vous arrive à la face » , illustrait ainsi TomPidcock. Trentecinq à quarante degrés toute la journée, entre Malemort et Ussel, des conditions qui pèsent depuis le début de Barcelone le 4 juillet. Auxquelles s’est ajoutée ce dimanche une étape pop-corn, une boucherie de 150 kilomètres où ça n’a jamais débranché.

« Une vraie classique, encore plus avec le raccourcissement » , résumait Ion Izagirre. Trente kilomètres de moins, en raison de l’alerte rouge canicule, mais quand même une sacrée journée, encore, avouait l’Espagnol de Cofidis: « Ça a été très rapide, et avec cette chaleur en plus, ce n’est pas facile de faire les efforts. » « D’autant que beaucoup de coureurs avaient envie de bien faire après deux journées plus tranquilles » , prolongeait Kévin V auquel in. Certains ont tenté d’ entrée, les LidlTrek de MadsPe der sen ont verrouillé avec un train élevé jusqu’au sprint intermédiaire (km 14), où Tim Merlier était déjà lâché, premier d’une longue liste.

« C’était un peu bizarre, la folie dès le départ, des attaques partout où j’ ai essayé de tenter ma chance », expliquait Tiesj Benoot.

Une première heure de course avalée à 46,9 km/h, et le bon coup partit finalement après plus de 50 kilomètres, initié par Mathieu van der Poel, accompagné de 15 coureurs, « un bon groupe, avec des champions qui roulaient fort, franchement, j’y ai cru », revivait Clément Braz Afonso, l’un des fuyards.

Mais il y a un « mais ». « Je m’attendais à ce que ce soit un peu fou jusqu’à ce que l’échappée parte, mais ça a été fou toute la journée », rigolait Nicolas Prodhomme.

À l’arrière, les UAE Emirates de Tadej Pogacar ont fait plus que contrôler le peloton. L’avance n’a jamais dépassé les deux minutes et pas grand monde n’a compris. « Franchement, parfois il y a des incompréhensions dans le vélo, et là, aujourd’hui, ça en fait partie, c’est dommage pour nous, regrettait Ewen Costiou, lui aussi à l’avant.

On pensait prendre du champ, qu’on pourrait jouer la gagne, et bah non. On a l’impression que même UAE ne sait pas pourquoi ils ont roulé. » « Même Tadej n’était pas si content que ça, je ne sais pas

si ses équipiers roulaient trop fort, mais tout le monde s’est posé beaucoup de questions » , confiait Nicolas Prodhomme.

Devant, les plus forts n’ont pas tergiversé. Le Suc au May a scindé le groupe en deux. Sans Izagirre. « La dureté de la course m’a remis à ma place », souriait le Basque. « Je ne pouvais pas y aller, il fallait que je tamponne un peu, et on est bien montés mais ils nous mettent trente secondes dans la bosse, soufflait Braz Afonso, le local du jour. On plaisantait hier ( samedi), on disait que ces trois, quatre dernières années, les mecs qui gagnent sur le Tour sont déjà des champions, qui ont déjà fait leurs preuves. Là, ça n’a pas démenti. »

Les huit survivants n’avaient pourtant pas encore gagné, car, derrière, c’étaient désormais les Netcompany-Ineos qui roulaient. « Pippo ( Ganna) se sentait vraiment très, très bien, on a misé sur cette carte-là, justifiait Vauquelin, alors à la planche pour réduire l’écart d’une minute. Je me sentais très bien, j’ai essayé de donner le maximum. Malheureusement, on échoue de très peu. » Et Mathieu Van der Poel s’est imposé, finalement content de ce scénario de feu : « C’était plutôt une bonne chose parce qu’avec cette pression de derrière, on devait rouler à fond pour rester à l’avant, ça a durci la course et c’était mieux pour moi à la fin. » La conclusion de cette première semaine à rallonge, enfin.

« C’était pour moi le jour le plus dur depuis le début du Tour, avouait l’expérimenté Benoot. Là, comme ça pendant presque neuf jours, non, je n’ai jamais connu ça, je pense. » « Vraiment un truc de malade », répétait Costiou, quand Izagirre, assis sur une chaise de camping à l’ombre du car, tentait de prendre un peu de recul : « Ça bataille beaucoup pour les échappés, chaque sprint ou chaque Grand Prix de la montagne semble spécial. Le Tour est la plus grande course du monde, avec les meilleurs du monde qui espèrent tous y faire quelque chose, donc évidemment ça exige beaucoup, ça use beaucoup, et encore plus avec ces chaleurs. »

Michael Matthews (Jayco AlUla) partageait le constat, les yeux embués après l’arrivée, soulagé d’en avoir enfin terminé. « Tout le monde veut gagner, il y a tellement de pression pour avoir un bon résultat, pour les points (UCI), lâchait l’Australien. Ça rend la course si difficile… C’est bon pour la télé, j’imagine. »

***


« On n’a jamais eu un moment de répit »

Après sa quatrième place hier à Ussel, le Français Alex Baudin a été marqué par l’intensité d’une étape où l’échappée a dû batailler toute la journée face à un peloton emmené par UAE Emirates-XRG. Une stratégie qu’il n’a pas vraiment comprise.

“Si les équipes du général commencent à contrôler ces étapes, on ne regarde plus la télé ''

13 Jul 2026 - L'Équipe
ÉLOI THOUAULT

USSEL – Sur son home-trainer, installé derrière le bus quelques minutes après sa quatrième place hier à Ussel, le souffle encore en vrac, Alex Baudin (EF EducationEasyPost) n’avait pas vraiment récupéré de sa journée. Déjà à l’avant vers Les Angles une semaine plus tôt, le Français (25 ans) a remis ça en Corrèze dans une étape de « costauds » , marquée aussi par la stratégie des coureurs d’UAE EmiratesXRG qui l’a laissé perplexe.

Comment avez-vous vécu cette journée à l’avant?

C’était à bloc toute la journée. Il n’y a pas eu un moment de répit, c’était une journée de costauds (il reprend son souffle).

À 50 kilomètres, le peloton mené par les UAEest revenu à une quarantaine de secondes. Vous avez compris ce qu’il se passait derrière?

Quand on nous a dit que les coureurs d’UAE roulaient derrière, pff… On ne comprenait pas. Des mecs comme (Tom) Pidcock et (Tobias) Johannessen sont à dix minutes au général. Ils nous ont laissés une minute toute la journée! Du coup, on n’a jamais eu un moment de répit. On a dû se battre tout le long. C’était aussi dur de s’organiser parce qu’après, les Lidl-Trek (Quinn Simmons et Derek Gee) ne voulaient plus rouler pour Mads Pedersen, qui était derrière. Quand tu as le peloton à une minute, tu sais que tes chances ne sont pas énormes. Tout le monde commençait à se regarder, c’était un peu le bordel.

Au bout du compte, c’est presque un soulagement de voir cette échappée aller au bout?

À la fin, je mesuis dit qu’il fallait faire en sorte qu’on reste organisés pour aller au bout. D’avoir fait tout ça pour rien, ça m’aurait vraiment fait chier. Mêmesi je suis battu aujourd’hui (hier), je suis quand même content que ce soit ( Mathieu) Van der Poel qui gagne et pas un mec du peloton. On s’est mis une belle session toute la journée.

Voir une échappée aller au bout confirme aussi que ce genre d’étape reste une vraie opportunité pour les baroudeurs?

Oui, c’est sûr. C’est la première fois sur ce Tour que je pensais que ça pouvait marcher. Aujourd’hui (hier), pendant un moment, j’ai cru qu’on allait se faire reprendre. C’était un peu dur dans la tête. Je suis vraiment content que ça aille au bout. Des étapes comme ça, c’est fait pour les baroudeurs. Si les équipes du général commencent à contrôler ces étapes, on ne regarde plus la télé. Dans ces conditions de chaleur extrême, comment avez-vous vécu cette bataille pour sortir?

Pour prendre l’échappée sur le Tour, il faut être super fort. Souvent, il faut faire des sprints de trente secondes ou une minute pour sauter dans un groupe. Quand il fait 40 degrés, ce genre d’effort, on le paie après. On l’a vu quand notre gros groupe est parti: on n’avançait pas, tout le monde était mort. On a mis vraiment longtemps à récupérer. Moi, je n’étais pas très bien. Une fois que la voiture est arrivée, j’ai pu avoir de la glace, me refroidir, et les jambes sont revenues. On a dû se battre toute la journée. Les relais, ce n’était jamais en dessous de 350 watts. Il fallait y aller aujourd’hui. »



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