L’honneur de la dynastie
Après sa victoire, Mathieu van der Poel crie sa joie en regardant le ciel.
À ses côtés, sa compagne Roxanne, qui attend leur premier enfant.
Même si cette course va à l’encontre de sa nature de coureur, Mathieu Van der Poel est intraitable lorsqu’il ranime son âme de champion juste une journée sur le Tour, avec lequel il entretient un rapport familial.
"Tout le monde sait que ce n’est pas toujours facile pour moi d’être ici,
donc je suis toujours heureux quand je peux gagner une étape"
- MATHIEU VAN DER POEL
"Physiquement c’est un grand champion mais mentalement,
il sort aussi du lot"
- SON MANAGER PHILIP ROODHOOFT
13 Jul 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
USSEL (CORRÈZE)- Certains jours de juillet transgressent les lois du temps et de l’espace pour réunir la dynastie Van der Poulidor. La joie de Mathieu en remportant le troisième succès de sa carrière sur le Tour de France, hier à Ussel, a aussitôt contaminé son père Adrie, extatique au pied du car d’AlpecinPremierTech. « À 10 km de l’arrivée, j’ai sauté de la voiture pour aller faire pipi, je me suis dit : “Merde, il n’y a que 2 km qui se sont écoulés”, se marrait le double vainqueur d’étapes (en 1987 et 1988). J’ai stressé, je préfère courir que regarder la course en tant que papa. »
Corinne, la maman rôdait plutôt à proximité du podium pour savourer ce bonheur éternel, le rappel de la gloire familiale sur la plus grande course du monde alors qu’une centaine de mètres plus bas, un cliché magnifique du grand-père maternel, Raymond Poulidor, illuminait l’entrée du centre de presse, une salle polyvalente banale du plateau du Limousin d’où venait l’ancienne star du Tour décédée en 2019.
Cette proximité géographique est un clin d’oeil mais n’avait rien de symbolique pour Van der Poel, déjà suffisamment lié à son aïeul par l’esprit de la Grande Boucle. « Le Tour a une signification spéciale pour moi, c’est un rapport à l’enfance » , a expliqué le Néerlandais (31 ans) dans une vidéo de son équipe publiée avant le Grand Départ à Barcelone. « J’ai toujours une pensée pour mon grand-père quand je suis sur le Tour, a-t-il développé hier, après sa victoire. On lui rendait visite chaque été, j’ai grandi un peu avec ça. Malheureusement il ne m’a jamais vu courir sur le Tour et je trouve toujours cela dommage, mais il aurait certainement été fier de mes succès. »
Et c’est certainement après cette fierté espérée que Van der Poel court sur le Tour de France. Le format de trois semaines, les journées perdues en montagne, la gestion de l’effort… Cette épreuve est contre-nature pour cette « boule de feu » imagée par sa mère. « Tout le monde sait que ce n’est pas toujours facile pour moi d’être ici, donc je suis toujours heureux quand je peux gagner une étape » , a-t-il soufflé hier. Pilote de motocross à ses heures perdues il y a encore quelques années, partisan d’un effort intense d’une heure dans la boue l’hiver, Van der Poel s’épanouit sur le terrain des courses d’un jour, où il se passe toujours quelque chose.
« Mathieu est capable de faire de grandes choses seulement s’il a envie, témoigne Adrie Van der Poel. S’il n’a pas envie, personne ne peut le faire changer d’avis. » Le parcours autour de Montjuic à Barcelone sur la deuxième étape, la journée pour baroudeurs-puncheurs entre Carcassonne et Foix ( 4e étape)… L’ouverture de la Grande Boucle aurait dû lui permettre de s’exprimer mais Van der Poel est resté discret. « Il n’avait pas envie, expose son père. Il n’y a pas d’explication, il disait que c’était trop dur. Et ces trois derniers jours (dans un rôle de poisson-pilote pour Jasper Philipsen), il avait envie. Il a vraiment besoin d’étapes qui lui conviennent bien. Je lui ai dit que les étapes les plus faciles à gagner pour lui étaient sûrement passées, mais en fait quand la pression est la plus élevée, c’est lui qui se débrouille le mieux et qui gagne… » « Je suis plus du genre à regarder le profil des étapes au jour le jour et je vois comment je me sens, a expliqué Van der Poel. Une étape comme celle gagnée par Mads Pedersen (à Foix)… On peut toujours faire des plans avant le Tour, mais si vous n’avez pas les jambes, c’est dur à exécuter… Donc je vois au jour le jour et j’essaie de saisir ma chance. » Si la Grande Boucle ne lui permet pas de cibler en amont et de briller à chaque sortie comme au printemps, le Néerlandais réveille au moins son instinct de tueur lorsqu’une occasion sérieuse se présente.
« Moi, j’étais un malin, lui, c’est un costaud » , sourit Adrie Van der Poel. « On sait que quand il arrive dans ce genre de situation, il ne laisse plus filer la victoire, remarque son manager Philip Roodhooft. Physiquement c’est un grand champion mais mentalement, il sort aussi du lot. » Van der Poel s’applique également à courir d’une certaine façon, dans le respect d’une idée des champions, sa caste. Parti à près de cent bornes de l’arrivée dans une échappée qui avait peu de chance d’aller au bout au vu du rythme imposé en tête d’un peloton aminci qu’il aurait peut-être pu régler au sprint, il a remis une attaque saignante dans une rampe comparable aux monts belges à 25 km d’Ussel, histoire de limer encore ce groupe dont il était déjà clairement le plus rapide. Préférait-il gagner ainsi, avec panache ? « Oui, c’est sûr » , répond Roodhooft.
Le Tour des Flandres du dernier printemps avait déjà illustré cette classe. Questionné sur ses relais à Tadej Pogacar, qui allait inévitablement le clouer dans le Vieux Quaremont, van der Poel avait répondu qu’il ne pouvait pas s’arrêter de rouler, « ça aurait été de l’anticourse » . « Ce n’est pas une course de débutants !, avait pesté Adrie van der Poel. Ce sont deux très grands coureurs. S’ils commencent à faire ça, j’arrête de regarder le vélo. Il faut rouler pour la victoire, ne pas jouer au plus malin. On ne fait pas ça entre grands champions. »
L’honneur de la dynastie ne tient pas qu’aux succès, la popularité de Poulidor l’a démontré. C’est une attitude. Et dans six mois, la famille accueillera un nouvel héritier, Van der Poel ayant annoncé juste avant le Tour la grossesse de sa compagne, Roxanne, présente aussi au pied du podium, hier, où le futur bébé a donc déjà goûté à la magie du Tour.
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12 - C’etait le 12 juillet 1962, Raymond Poulidor remportait sa première étape sur le Tour de France (Briançon-Aix les Bains). En s’adjugeant 64 ans plus tard jour pour jour, l’étape d’Ussel hier, Mathieu van der Poel rend une fois encore hommage à son grand-père.
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