« Je crois que je suis à ma place »
À 19 ans, Paul Seixas a terminé sa première grande étape de montagne sur le Tour de France à la 5e place, dans le groupe des autres favoris derrière Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard.
10 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
GAVARNIE (HAUTES-PYRÉNÉES) – Le premier rencard, qu’il se déroule à l’heure du déjeuner, en plein après-midi, ou autour d’un verre, le soir, est souvent un indice sérieux pour la teneur de la relation à venir. Celle de Paul Seixas avec la haute montagne et le Tour risque de prendre une belle tournure s’il se présente à chaque fois dans le costume qu’il a porté jeudi après-midi entre l’Aspin, le Tourmalet et vers Gavarnie.
Cinquième dans le groupe qui s’est joué la troisième place derrière Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, le Français, à 19 ans, est clairement dans le match. « C’était très dur honnêtement, mais ça allait plutôt pas mal pour moi, a-t-il confirmé. J’ai géré ma montée, je prends une petite place à l’arrivée. Je crois que je suis à ma place à la fin. » Celle d’un coureur désormais à vingt-huit secondes du podium au général.
C’est surtout avant, dans le premier col hors catégorie de sa carrière sur le Tour, que Seixas a donné des garanties. « Paul était troisième en haut du Tourmalet, c’était l’objectif, on voulait répondre présent dans ce col difficile » , note Julien Jurdie, l’un de ses directeurs sportifs.
Sans coéquipier à 8 kilomètres du sommet, le jeune Français s’est débrouillé comme un chef, essayant de prendre la roue de Pogacar quelques instants pour se tester après l’attaque du Slovène, puis le sillage de Vingegaard, avant de comprendre qu’il ne fallait pas se brûler les ailes mais plutôt lisser l’effort. « La journée est bonne, on a été acteurs avec Paul dans le Tourmalet. Il y a beaucoup de satisfaction. Il était seul, mais on a rapidement vu à son visage qu’il était bien, on était en sécurité » , confie Jurdie.
Un virus chez Decathlon-CMA CGM?
« C’était le premier rendez-vous pour les grimpeurs. Quand je l’ai lâché (à 7km du sommet dans le Col du Tourmalet), on sentait que ça commençait à accélérer, je lui ai dit qu’il ne m’en restait pas beaucoup, que j’allais le replacer et, après, je lui ai dit: “Bon courage!”, sourit Nicolas Prodhomme, le dernier à l’avoir accompagné. C’est bien. Au sommet, on a vu qu’il était en cannes, ça laisse espérer de très belles choses dans les jours à venir. On le manage bien pour qu’il gère ses cartouches. »
Son équipe devra aussi gérer l’état de forme des troupes. Alors que Matthew Riccitello était loin d’être impérial, que Daan Hoole a été pris de vomissements en début d’étape et de maux de ventre pendant toute la journée, Aurélien Paret-Peintre semblait lui aussi un peu touché après plusieurs mauvaises nuits. Une intoxication alimentaire ou une maladie pourrait rôder dans les rangs de Decathlon CMA-CGM depuis hier matin, plusieurs personnes ayant visiblement différents symptômes. En quittant
Gavarnie, plusieurs membres de l’équipe et certains coureurs portaient un masque chirurgical pour se protéger. Un élément qui sera à surveiller dans les prochains jours, pour éviter au maximum d’éventuelles contaminations si quelque chose traîne bien dans les rangs de la formation française.
Paul Seixas, lui, était en forme, il est redescendu à vélo avec son entraîneur, Alexandre Pacot, et sa journée n’a pas donné le sentiment du moindre souci. À l’arrivée, il a même eu droit à une longue poignée de main suivie d’un petit débriefing avec le président de la République en visite sur le Tour. Emmanuel Macron l’a félicité, lui a dit l’avoir suivi en voiture pendant de nombreux kilomètres vers La Mongie. La rencontre avait été calée discrètement la veille au soir par Mathieu Charpentier, le directeur général délégué de Decathlon CMACGM, directement avec l’Élysée. En partant, le président a également malicieusement demandé à Seixas de rester dans une équipe française à l’avenir.
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Lenny Martinez a terminé à la 9e place de l’étape.
Martinez n’exclut rien
En tête au col d’Aspin, le Français de Bahrain-Victorious a lancé sa chasse au maillot à pois, son objectif initial. Mais il n’écarte plus l’idée de jouer le général, dont il occupe désormais la 8e place, à moins d’une minute du podium.
10 Jul 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
GAVARNIE – Dans le prolongement de la ligne d’arrivée hier, Lenny Martinez semblait perdu sur cette route réduite au silence, bordée seulement des véhicules des assistants, en surplomb de la vallée de Gavarnie. Serviette rouge autour du cou, le Français de 22 ans fit demi-tour dans un virage à épingle puis interrogea les deux ou trois journalistes tout aussi égarés que lui : « Est-ce que j’ai le maillot à pois ?»
Il a fallu lui apprendre que non, Tadej Pogacar étant bien le nouveau leader du classement de la montagne avec 28 points dont 20 raflés au Tourmalet. Le coureur de Bahrain-Victorious est également devancé par Jonas Vingegaard (19), mais sa moisson a démarré de belle manière (16 points). Il avait coché cette 6e étape, la première aussi géné
« Je me suis dit que je devais me caler dans une échappée, Mais bon, c’était super dur avant le col.» Ce scénario mortifère pour les échappées lui a d’abord ouvert un boulevard au col d’Aspin. Une simple accélération dans les derniers hectomètres, et il a pu passer en tête (10 points) devant Valentin Paret-Peintre. « Ensuite, je me suis dit qu’il fallait que je fasse le Tourmalet à fond pour en prendre encore. Et que ça allait m’emmener jusqu’à l’arrivée. »
Son leader pointe à 27 minutes
Au milieu de la bataille des cadors, Martinez est passé 6e au sommet du géant pyrénéen, à 20’’ seulement du groupe Paul Seixas qu’il rejoindra dans la descente. « En haut, j’ai presque eu des crampes, puis j’ai eu un peu mal au ventre » , rapportait le 9e de l’étape, qui a fermé la marche du groupe de huit derrière Pogacar et Vingegaard. Remco (Evenepoel) nous asphyxiait tous quand il relayait. Je n’avais plus rien dans le final.»
Avant le grand départ, il affichait seulement l’ambition du maillot à pois et des victoires d’étapes. Le classement général ? Antonio Tiberi devait s’en charger. Mais après six jours, l’Italien pointe à 27 minutes alors que le Tricolore est 8e, à 54’’ du podium. Pourrait-il se prendre au jeu ? « Je ne sais pas. Si jamais Tadej est trop dominateur pour le maillot à pois, on va essayer de switcher. Mais aujourd’hui (hier), c’étaient les deux : les pois et le général.»
La porte est donc ouverte, et il concède que « c’était sympa » d’être au milieu de tout ce beau monde. Si les «jambes étaient OK» , il sait ne pas être à l’abri d’une « journée un peu moins bonne » , dont il est coutumier, et que celle-ci ne pardonnerait pas, vu le «rythme incroyable des équipiers de Tadej. Il faut être tout le temps bien. On verra jour après jour»
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Le sens de la défaite
Les rivaux de Pogacar n’ont rien pu faire face à lui. Les Visma-Lease a bike étaient impuissants, les Red Bull-Bora-Hansgrohe commencent à se chamailler.
10 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT (avec la rubrique cyclisme)
GAVARNIE (HAUTES-PYRÉNÉES) – La grosse étape pyrénéenne a donné lieu à une grosse baffe, mais parce qu’ils s’y préparaient, peut-être les adversaires de Tadej Pogacar en souffrentils moins. « C’est ce que beaucoup attendaient, un Tadej très fort, et il l’a montré, il n’y a pas grand-chose à dire », souriait Patxi Vila, le directeur sportif des Red Bull-Bora-Hansgrohe.Jonas Vingegaard à la poursuite (vaine) de Tadej Pogacar dans le Tourmalet. Sur la ligne, 2'38'' le séparent du Slovène.
« Évidemment, je suis déçu, mais la vie est parfois ainsi, vous ne pouvez pas changer ça », philosophait Jonas Vingegaard.
Le Danois a donné l’impression de pouvoir faire le match quand, dans le Tourmalet, il a grappillé quelques secondes après que le Slovène a attaqué. Mais il n’a jamais bouché totalement le trou et dans la descente, rapide, et la montée roulante jusqu’à Gavarnie, la puissance de son rival a fait grimper l’écart jusqu’à 2’38’’ sur la ligne, un gouffre. « On savait que cette dernière partie lui convenait mieux, on voulait être préparé à ça en envoyant un ou deux satellites à l’avant, mais ils ne l’ont pas voulu, ils ont appris des dernières années », dévoilait Marc Reef, le DS des Visma-Lease a bike. « Toute son équipe a fait un bon boulot et Pogacar était plus fort, c’est comme ça », résumait Matteo Jorgenson, pas au mieux hier et lâché rapidement (36e à 20’ 59’’).
Les frelons n’ont pas encore abandonné, « jamais tant que ce n’est pas fini », promettait Reef avant de sauter dans sa voiture. Rarement, pourtant, on a senti autant d’abattement parmi eux.
Fatalistes. Sans solutions. « Je ne suis pas déçu, je pense que Jonas a fait le maximum, c’était une histoire de jambes dans le Tourmalet », jugeait Jorgenson. « Je ne pense pas avoir été à mon meilleur niveau mais je crois toujours en moi, tentait Vingegaard, la bataille n’est pas terminée. »
Evenepoel très remonté contre Lipowitz
Ce n’était pas l’avis du staff de Netcompany-Ineos qui, en croisant celui d’UAE, lâchait « allez les gars, à l’année prochaine » , comme si le maillot jaune était déjà privatisé pour de bon. D’autres, d’ailleurs, soufflaient qu’Isaac Del Toro (UAE) n’avait pas réussi à suivre Pogacar, et que la lutte pour le podium reste encore ouverte pour deux places. « Je suis tombé dans le col d’Aspin et l’équipe m’a rapidement ramené, je pense que je l’ai payé un peu après mais je suis content de rester en course », positivait
Juan Ayuso (Lidl-Trek). « Ce n’était que la première bataille pour le général, on peut toujours viser le podium, et si possible avec nos deux coureurs », voulait croire Patxi Vila. Qui va avoir un souci à vite régler, puisque ses deux leaders, Evenepoel et Lipowitz, se sont fâchés hier. « Je lui ai demandé de prendre un relais et je ne l’ai pas eu, a rouspété le double champion olympique belge. Au Tour de Catalogne, je me suis mis à l’avant pendant 30 kilomètres, maintenant je lui demande de faire un kilomètre devant et il ne se passe rien. Oui, ça me met en colère. On va devoir en discuter comme il faut ce soir ( hier) ».
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