Tadej Pogacar écrase la concurrence dans les pentes du Tourmalet
POOL BERNARD PAPON/BELGA via Reuters
Connect Impérial, le Slovène Tadej Pogacar a dynamité un groupe réduit à une petite vingtaine de coureurs à 4,7 km du sommet du Tourmalet et à 44 km de l’arrivée de la 6e étape,
disputée entre Pau et Gavarnie-gèdre.
Le Slovène a récupéré le maillot jaune en assommant ses rivaux dans les Pyrénées, où Paul Seixas a limité la casse.
10 Jul 2026 - Le Figaro
Gilles Festor Envoyé spécial Gavarnie-Gèdre
L’étape reine de Pyrénées. 186,2 km et 4 100 m de dénivelé entre Pau et le charmant village de Gavarnie-gèdre et son majestueux cirque que Victor Hugo avait surnommé le « Colosseum de la nature» dans son Voyages aux Pyrénées, en 1843. Une sorte de bout du monde de pierre et un décor sublime classé au Patrimoine mondial de l’unesco pour clôturer avec un très long faux plat (18,7 km à 3,7 %), l’une des étapes les plus attendues de la 113e édition. Une de ces journées qui sentent bon les après-midi d’été à lézarder devant le poste de télévision avec deux des cols les plus empruntés par la Grande Boucle depuis 1947 : l’aspin (57 fois) et le Tourmalet (63 fois), un autre colosse avec ses interminables 17,1 km d’escalade à une moyenne de 7,3 %.
« On est chez Hugo. Et qui dit Hugo dit épopée. Celui qui va gagner à Gavarnie, non seulement va gagner dans les Pyrénées, mais il va gagner chez Victor Hugo. Pogacar, Seixas ou bien Vingegaard ? Le rendez-vous est là. Et très exactement, sportivement, le rendez-vous est au sommet du Tourmalet », s’interrogeait avant l’étape Christian Laborde, dont l’ouvrage La Chute de Luis Ocaña dans le col de Menté (Éditions Gallimard) vient de sortir en librairie.
L’écrivain-poète et amoureux du Tour avait vu juste. Le Tourmalet a bien été le point de bascule d’une journée, avouons-le, d’un mortel ennui avant le festival Pogacar. Irrésistible, insatiable et imbattable. Jusqu’à ce jeudi, l’«ours» des Pyrénées avait obtenu 10 de ses 20 victoires sur le Tour dans ce massif. «Les Pyrénées m’aiment bien, moi aussi », avait-il lâché après sa démonstration vers le plateau de Beille, en 2024, en épuisant Jonas Vingegaard. L’idylle est toujours d’actualité. Le meilleur coureur de la planète a dynamité un groupe réduit à une petite vingtaine de coureurs à 4,7 km du sommet du Tourmalet et à 44 km de l’arrivée. Sûr de sa force. il n’était jamais parti d’aussi loin en solitaire dans la Grande Boucle. Vingegaard (Visma-lease a Bike) n’a pu réagir, Seixas non plus.
Flashé à 107 km/h
Pogacar a basculé dans la descente avec une demi-minute d’avance sur son rival danois, au visage déformé par les grimaces, et 1’ 26” sur un Paul Seixas accrocheur, accompagné de d’isaac Del Toro (UAE Team Emirates) et Florian Lipowitz (Red Bull-bora-hansgrohe). Aucun d’entre eux n’a revu le dossard blanc du meilleur coureur de la planète lancé dans une descente folle, flashé à 107 km/h et fatale au Maillot Jaune, Torstein Traeen, victime d’une chute.
Le Norvégien a délaissé sa précieuse tunique à Pogacar, qui a réussi à accentuer son avance dans la douce montrée vers le cirque de Gavarny, où il a cueilli sa deuxième victoire d’étape dans cette édition, sa 23e au total à seulement 27 ans. Sur les feuilles de chronos, les écarts sont considérables : 2’ 38” sur Vingegaard, son dauphin (à 2’ 42” au classement général). Paul Seixas, valeureux mais bien trop vite laissé seul par ses coéquipiers, termine 5e de l’étape, à 2’57’’ (6e à 3’ 55” au général). « On était super motivés dès le début, dans le bus, avec les coéquipiers. Je ne m’attendais pas à des écarts aussi grands et à reprendre le jaune (…). Cela vient confirmer qu’on a fait une bonne préparation et qu’on peut un peu se relâcher dans les prochains jours, même s’il faudra rester concentré », a commenté le Slovène au micro de France Télévisions.
« Pogi » n’a certes pas encore course gagnée. Le Tour, assommé par la chaleur, peut encore réserver des surprises, avec deux piégeuses traversées du Massif central et des Vosges et une terrible dernière semaine dans les Alpes. Mais, jeudi soir, le regretté Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain peuvent quand même commencer à préparer un nouveau rond de serviette à la table du cercle très fermé des quintuples vainqueurs.
Classement 6e étape :
1. Pogacar (Slo/ UAE), les 186,2 km en 4 h 32 min 07 ;
2. Vingegaard (DAN/TVL) à 2’38.;
3. Del Toro (MEX/UAE) 2’57. ;
4. Evenepoel (Bel/ RBH) 2’57. ; 5. Seixas (FRA/DCT) 2’57…
7e étape, ce vendredi (13 h 25) : Hagetmau-bordeaux (175,1 km).
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Un Tour de souffrances et d’adaptation sous le dôme de chaleur
« L’UCI a vraiment pris une belle décision en laissant ouvert le ravitaillement à tout moment durant les étapes. Parce que la santé des coureurs est la chose la plus importante »
- Mauro Gianetti manager de
l’équipe UAE Team Emirates
10 Jul 2026 - Le Figaro
J.-J. E. et G. F. Envoyés spéciaux à Gavarnie-Gèdre
J.-J. E. et G. F. Envoyés spéciaux à Gavarnie-Gèdre
On a l’impression d’avoir un sèche-cheveux au-dessus de la tête tout le temps», souffle Nicolas Prodhomme (Decathlon CMA CGM). «On est tout le temps avec les glaçons… Ça limite un peu les performances, tu finis avec mal à la tête tous les jours et un peu cramé », résume Dorian Godon (Netcompany Ineos Cycling Team). Depuis Barcelone, la chaleur fait rage, ne débranche pas, déroule le fil (très) rouge de ce Tour de France. Les organisateurs et les autorités scrutent les températures avec inquiétude, multiplient les messages de prévention à destination des spectateurs installés de longues heures durant sur le bord des routes et suivent avec attention l’état de fatigue des coureurs.
« Ce Tour ne bat pas encore de records de chaleur. Le record au sol, c’est 63 °C, en 2010 à l’arrivée aux Rousses, avec la victoire de Sylvain Chavanel juste avant l’orage. Précédemment, c’était 51°C, à Gaillac, sur le contre-la-montre (victoire de Jan Ullrich), en 2003. Aujourd’hui, on est sur des températures qui oscillent entre 49, 50 et 55, 56 degrés en fonction de la couleur des revêtements. Je recherche les records, donc j’ai une méthode de travail, trouver l’endroit le plus noir sur la route. Avoir 38, 39, 40 degrés dans l’air, ce sont des températures qu’on a assez peu l’habitude de voir sur le Tour. On les croise au mois de juillet de temps en temps, un jour ou deux. Là, on est sur des canicules qui durent. C’est probablement l’un des changements les plus prégnants », observe André Bancala, le coordinateur technique des Départements de France sur le Tour de France.
Car les jours se suivent et se ressemblent. Aux Angles, à Carcassonne, à Lannemezan ou à Pau, les coureurs roulent vers le départ avec sur le dos des gilets réfrigérés pour le défilé sur le podium. Avant de s’élancer dans l’étape, ils glissent des glaçons dans le maillot et le cuissard. Pour arracher un peu de fraîcheur avant de se jeter dans l’étuve. À l’arrivée, ils plongent sous les douches ou dans des bains glacés. Sans attendre. Pour faire un peu descendre la température corporelle. «C’est le four de France », a titré le Parisien. « On a l’impression d’être à La Vuelta, en Andalousie, c’est nouveau pour le Tour de France », confie Christian Guiberteau, directeur sportif de l’équipe Picnic Postnl, qui dispose d’une « cooling team » étalant ses membres le long du parcours de l’étape pour distribuer des bidons, des bidons et encore des bidons. « À peu près dix par jour, par coureur », selon Stéphane, assistant de l’équipe néerlandaise. Avec des boissons énergétiques et d’autres pour s’arroser. Mercredi, l’équipe Cofidis avait indiqué avoir distribué plus de 1 000 bidons à ses huit coureurs en cinq étapes…
« Tout le monde souffre, le public sur la route souffre, on peut imaginer ce qu’il en est pour les coureurs. C’est la réalité en ce moment. L’UCI (Union cycliste internationale) a vraiment pris une belle décision en laissant ouvert le ravitaillement à tout moment durant les étapes. Parce que la santé des coureurs est la chose la plus importante », souligne Mauro Gianetti, le manager de l’équipe UAE Team Emirates, quand les équipes craignent de voir se multiplier les crampes et les défaillances.
Frédéric Moncassin, l’ancien sprinter (double vainqueur d’étapes sur le Tour, en 1996, et porteur du maillot jaune) glisse:« Le Tour, ça a toujours été des conditions difficiles. Avant, c’était par moments, maintenant, on a l’impression que c’est en continu. À l’époque, on nous disait : “Les gars, ce n’est pas grave, à un moment, le corps se thermorégule, il s’adapte.” Les coureurs cyclistes, avec leur apparence fragile, c’est un corps super solide, ce sont des gros athlètes. Je les admire, ce sont tous des héros. Ils ne se plaignent pas, vont au combat, s’il fait chaud, froid, s’il pleut ou s’il neige. Un cycliste, c’est un vrai homme, ou une vraie femme. Vive le Tour féminin ! Je les plains forcément, mais ce sont des athlètes, de grands personnages. On ne peut qu’être admiratif devant tous. Un peu moins pour les directeurs sportifs qui ferment les carreaux dans la voiture et mettent la clim… »
Après avoir respiré un peu au sommet du Tourmalet et à Gavarnie (6e étape), le Tour s’apprête à voir le thermomètre s’affoler vers Bordeaux, ce vendredi (7e étape). André Bancala laisse traîner son regard sur les routes et avance : « On n’a pas plus de danger potentiellement aujourd’hui que par le passé, pour plusieurs raisons. D’abord, ne fondent que les routes qui sont en enduit, c’est-à-dire, pour résumer, une colle, du gravier, on roule dessus et puis ça colle tout seul. L’inconvénient, c’est que comme tout n’est pas mélangé, mais que c’est juste apposé, lorsque cela chauffe, les gravillons ont un peu tendance à s’en aller et la colle, le liant, a tendance à remonter en surface. C’est ce qui donne cette pellicule brillante et noire, qu’on appelle le ressuage. On le traite avec de l’eau, mais avec beaucoup de respect pour l’environnement et de parcimonie, parce qu’on ne va pas arroser avec des milliers de tonnes d’eau. Pour ça, on va utiliser quelques centaines de litres. On a une citerne d’eau avec 2 000 litres, 2 tonnes, 2 mètres cubes. Avec ça, on fait quasiment tout le Tour. On va arroser une plaque sur 2 ou 3 mètres qui est en descente, dans un virage. En montée, on ne va pas arroser, ça ne sert à rien. »
La chaleur et les épisodes de canicule font partie de la réflexion permanente des organisateurs, avec des étapes moins longues (une seule de plus de 200 kilomètres cette année), la recherche de passages ombragés, comme le col du Haag, lors de la 14e étape (« quand on a retrouvé de l’ombre dans le col de Montségur, mardi, lors de la 4e étape, on sentait que les coureurs étaient quand même un petit peu plus à l’aise », rappelle Thierry Gouvenou, le directeur technique de l’épreuve), la possibilité de raccourcir, voire d’annuler une étape en raison de conditions exceptionnelles. Comment rafraîchir à l’avenir les coureurs et les spectateurs (10 à 12 millions attendus durant l’événement)? « Avec des Canadair ? Il va falloir travailler sur la sortie d’eau, qu’elle soit un peu moins violente (Rires). J’ai pensé aux brumisateurs. Après, la mise en oeuvre, comment se fait-elle ? S’il y a un vent de travers, tu ne peux pas le mettre à 2 mètres des coureurs. Tu es obligé de garder une certaine distance. Un vent de travers, la brume va sur le côté. Techniquement, ça me paraît extrêmement compliqué », livre Thierry Gouvenou.
Les chaleurs en folie qui pourraient accompagner le peloton jusqu’au 18 juillet peuvent-elles avoir des conséquences sur les routes, le terrain d’expression du Tour ? André Bancala résume : « Quand on est sur des routes qui voient passer 50 véhicules jour, il n’y a aucun risque. Là, on en fait passer beaucoup plus, donc ça dégrade. On utilise du lait de chaux, qui est ce mélange de chaux et d’eau qui donne un aspect blanc à la route. Ça se généralise. Cela permet, avec le blanc, de réfléchir la lumière et donc la chaleur. Et on redescend la température de 5 ou 6 degrés. Et ça a une rémanence sur la chaussée, puisque ça ne s’en va pas comme de la crème et cela reste collé au sol. On a progressé dans la qualité des revêtements. On a moins de gravillonnage et moins de ressuage que par le passé. Une année canicule comme ça, ce n’est pas pire que la descente de La Rochette quand Armstrong avait tiré tout droit à travers champ et quand Beloki était tombé. » Vers Gap, en 2003…
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