Une résurrection

Blessé puis sans club à quelques mois du Mondial américain, abonné à la rubrique faits divers, Diego Maradona revient de loin lorsqu’ilq marqueq contre la Grèce,, avant une célébration devenue iconique.

10 Jul 2026 - L'Équipe
PASCAL GLO

« Balbo passe à Redondo, Redondo à Maradona, Maradona à Redondo, Redondo à Cani, Cani à Redondo, Redondo à Maradona… » C’est un ballet étourdissant. Un jeu de passes démoniaque aux abords de la surface. Pour son entrée en lice dans le Mondial 1994, l’Argentine donne le tournis à la Grèce. DansDans lala tribunetribune de presse, au micro de Radio Continental, laa voix de Victor Hugo Morales suit la course infernale du ballon. Il le précède même en lâchant un « Gol ! » alors que le missile du gauche de Diego Maradona n’a pas enccore franchi la ligne. Avant d’hurler un « Gooooooool ! » à l’infini.

Sur le terrain, celui qu’il a surnommé « le cerf-volant cosmique » en 1986, dans son envolée lyrique sur le butb du siècle contre l’Angleterre, se lance daans une course solitaire, comme attiré paar la caméra. Tel un possédé, les poings serrés, le magicien de l’Albiceleste exulte et rugit, le visage déformé et le regard fou furieux. Un long cri pour célébrer le troiisième but de son équipe, son premier ene Coupe du monde depuis 1986. Une résurrrection.

Jamais aussi mootivé que lorsqu’il se sent persécuté

« Quand j’ai vu cette imaage sur l’écran géant, se souvient Alexandre Valente, journaliste arggentin présent pour Fr rance Football et RFI au u Foxboro Stadium de d Boston, j’avais l’ impression, comme les Argentins, qu’il était heurreux et j’étais ravi de lee voir aussi épanoui. À l’étrranger, certains l’ont trouvé bizarre, sans douute drogué… Dans ce cri, il y a une sorte de rage, comme une revanche. Diego se considérrait toujours victime d’injustices. Il se voyait dees ennemis partout et voulait se venger de touut ce qui lui faisait du mal. Les gens l’aimaient tellement qu’il y avait de la tristesse chaque foiis qu’on s’en prenait à lui. Ils lui trouvaient toujoours des excuses. »

Maradona ne semble jamais aussi motivé que lorsqu’on doutee de lui, que lorsqu’il se sent persécuté. Depuis la qualification, il a été servi. Menacé dee mort en décembre 1993 par des exilés cubbains, lui reprochant d’avoir déclaré que « Fidel Castro est le meilleur leader politiquee du continent américain» , il replonge dans les faits divers trois mois plus tard. Le 3 févvrier, armé d’une carabine à air comprimé, il plombe le cuir de deux paparazzi qui le harcèlenth devant sa maison de campagne ded Moreno… où il vit reclus depuis qu’il a reefusé de s’entraîner avec les Newell’s Old Booys.

Il n’y aura joué quee cinq matches de Championnat, sans marquer,m avant de se claquer en décembre ete de participer à une ultime rencontre amiccale fin janvier 1994, face au Vasco de Gamaa. Le voilà sans club, mais pas sans détermmination. En mars, il assure : « Je veux particciper au Mondial. » Le lendemain, il s’entraînne avec la sélection, qui prépare un match amical face au Brésil. Il est encore trop juste, mais Alfio Basile lui fait une fleur et le preend sur le banc des remplaçants. Pour retrrouver le niveau, Maradona confie sa prépparation au docteur Lentini, à Daniel Cerrinni, entraîneur de culturistes, et Fernando Signorini, son préparateur physique depuis 1984, qui l’emmène dans les montagnes de la Pampa.

Au menu : jusqu’à 16 kilomètres de course par jour, boxe et parties de cartes. « Il bataillait contre l’addiction, confiera Signorini


à France Football. Cela le tourmentait, surtout en fin de soirée. Alors, on programmait parfois une séance d’entraînement à 23 heures, pour l’épuiser, repousser cette pulsion. Un effort hors du commun pour lui.» Maradona retrouve l’Albiceleste en avril, contre le Maroc (3-1), avant une tournée éprouvante et surréaliste de plus de 30000 kilomètres, à trois semaines du Mondial, passant par Santiago du Chili, Guayaquil (Équateur), New York, Tel-Aviv et Zagreb. Et encore, cela aurait pu être pire, mais le Japon a refusé de lui octroyer un visa, en raison de ses antécédents avec la drogue, et ses partenaires ont été solidaires.

Mais Maradona attire toujours du public, donc les dollars… Et Basile tient particulièrement à une étape. « C’est une histoire de superstition, explique Alexandre Valente.

Avant le Mondial 86 et une campagne de qualification horrible, l’Argentine avait joué en Israël, alors ils y sont retournés en 1990, en 1994 et en 1998. C’est une sorte de préparation mentale collective. »

Pas idéale pour la préparation du « Pibe de Oro ». Il se rebelle contre ce marathon et menace, un temps, de rentrer en Argentine. Contesté par une partie de la presse locale, qui le trouve trop gros, il apparaît hors de forme contre la Croatie (0-0), à dix-sept jours du premier match de l’Albiceleste à la Coupe du monde, contre la Grèce. Une fois les Argentins installés au Babson Collège, près de Boston, Maradona fait des heures sup' avec son clan. « Notre but, c’est de remporter cette Coupe du monde » , assure-t-il avant sa quatrième participation à un Mondial, à 33 ans. Alexandre Valente, qui le suit depuis 1986, le découvre alors « très heureux, détendu, très affûté. On le sentait vraiment “Diego” tel qu’on le connaissait. C’était bluffant. Une véritable résurrection. Tout le monde, lui le premier, attendait que l’Argentine finisse première du groupe avec une possibilité d’affronter l’Italie en huitièmes… Comme une envie de revanche. L’Italie qui l’avait si mal traité en le suspendant. »

Face à la Grèce, le Maradona soliste a laissé place au Maradona chef d’orchestre, rampe de lancement pour Claudio Caniggia (Cani), Gabriel Batistuta ou Abel Balbo. Il trotte, joue simple, en passes courtes, sur son talent et sa vision du jeu. Tous deux suspendus pour usage de cocaïne, lui et Caniggia se sont préparés seuls, dans leur coin, et portent l’équipe à bout de bras. Ils savourent leur vengeance. Il y a de ça dans la célébration iconique, pleine de rage, du numéro 10. Mais pas uniquement. « Quand j’ai revu les images de mon but, avec Batistuta, Caniggia, Simeone et toute la bande venue me féliciter, j’ai eu la chair de poule, écrira l’in

téressé (*). C’était comme une renaissance. Ce but, c’était l’unique possibilité de dire à mes filles: “Je suis un joueur de football et si vous n’avez pas encore pu me voir, c’est la dernière occasion.” Voilà la raison qui m’a fait crier comme un dément quand j’ai marqué. Je n’avais pas besoin de drogue pour prendre ma revanche et crier ma joie au monde ! »

(*) «Moi, Diego» (Calmann-Lévy, 2001).

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