Pogačar perd son meilleur ennemi et adoube un nouveau dauphin
Remco Evenepoel et Tadej Pogačar à l’arrivée de la 15e étape,
sur le plateau de Solaison, en Haute-savoie.
Le Danois Jonas Vingegaard a été contraint à l’abandon sur chute.
Le Belge Evenepoel s’est emparé du second rôle.
20 Jul 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan
Envoyé spécial au plateau de Solaison (Haute-savoie)
À la sortie d’un îlot directionnel, suivi d’un petit terre-plein attaqué trop rapidement dans le sillage de quatre équipiers, un bref coup de frein de la roue avant déséquilibre Jonas Vingegaard, avant de le jeter violemment à terre. Le Danois termine sa course contre le trottoir, reste de longues secondes assis. Lucide. Son regard éteint et son diagnostic rapide convainquent ses équipiers de reprendre leur course à regret, à 20 km de l’arrivée de la 15e étape, au plateau de Solaison, en Haute-savoie, ce dimanche. Vingegaard se relève, le bras droit en écharpe et se réfugie dans une ambulance après avoir hurlé sa douleur et sa peine. Clap de fin pour celui qui fut le premier Maillot jaune de ce Tour à Barcelone, qui occupait la deuxième place au classement général. Au moment où il espérait, sur des ascensions plus longues, disposer du meilleur terrain pour s’illustrer. Le peloton a brièvement interrompu son effort dans l’espoir d’un retour, avant de filer. À l’arrivée, le Belge Remco Evenepoel s’est extrait de la tenaille tendue par UAE Team Emirates pour signer son troisième succès sur le Tour de France (« Une victoire qui se place très haut dans ma liste de succès, en montagne, sur le Tour, devant l’un des meilleurs coureurs de l’histoire », a souligné le double champion olympique de Paris 2024), faire un peu d’ombre au Maillot jaune et s’emparer de la place de dauphin.
Visage fermé, Tadej Pogačar (qui a signé avec brio sa 4e victoire d’étape samedi au sommet du Markstein) a résumé : «Je suis vraiment déçu et triste. Vraiment triste que Jonas rentre chez lui. Le Tour ne sera pas le même sans lui. Nous nous battons dans le Tour depuis 2021 (ils se sont, tous les ans, partagé les deux premières places, NDLR). Il s’est cassé la clavicule, j’espère qu’il récupérera rapidement et que nous le reverrons bientôt. J’espère qu’il n’est pas trop abattu et qu’il passera de bonnes vacances, comme nous en avons parlé il y a quelques jours. » Avant d’ajouter : «Cela a été vraiment une journée difficile pour Jonas. D’abord, ils le réveillent à 2 heures du matin pour un contrôle, ce qui est très inhumain. Cela a ruiné son sommeil. Peutêtre qu’il y a là un petit pourcentage de la raison pour laquelle il est tombé, parce qu’il n’a probablement pas bien dormi, qu’il a perdu un peu de concentration… »
Ce Tour qui, après quinze jours sans surprise, avait peur de s’endormir a été réveillé en pleine nuit (de samedi à dimanche) quand Jonas Vingegaard et Tadej Pogačar ont dû satisfaire à un contrôle antidopage inopiné. Avant de retrouver la course. Avec de petits yeux qui se sont grand ouverts dans l’ascension du Salève-col de la Croisette où il y avait l’affluence et l’effervescence d’un soir de montée des marches sur un festival de printemps. Dans un nouvel océan de verdure grimpant jusqu’au plateau de Solaison, en Haute-savoie, qui offre une vue panoramique sur les Aravis et le massif du Mont-Blanc.
Des vagues d’émotions
Ce Tour qui redoutait l’ennui sous le joug de Tadej Pogacar et Cie s’est, en quarante-huit heures, offert des frayeurs et des vagues d’émotions. Samedi, sur le dos des Vosges, il a pris le bol d’air dont il avait besoin. Il s’est réveillé tout excité, en pleine nature. Une traversée embellie par l’inédit col du Haag, langue de bitume étroite, tordue, sauvage, accrochée à la pente. «À un moment, il y avait des murs de gens. Cela a vraiment fait penser au Yorkshire, en Angleterre en 2014, et au Danemark en 2022. C’était impressionnant », résume, comblé, Christian Prudhomme, le directeur de la Grande Boucle. « Un stade à ciel ouvert», ajoute Pierre-yves Thouault, son adjoint, quand Tadej Pogacar confie : « Je n’avais jamais rien vu de tel. » Dans cette ambiance de fête où les spectateurs ont, sans bouger, résisté à la pluie, se répandait une ferveur inouïe, comparable à celle qui accompagnait la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 quand sous des trombes d’eau et sous des ponchos brillaient les sourires.
Épatant samedi, grimaçant dimanche quand il a dû lâcher 58 secondes, Paul Seixas est resté bien accroché à l’événement. Le Tour voulait voir le prodige français, il a été servi. Et il ne va pas le lâcher. La fusion pourrait voir son nom envahir les routes, faire battre les coeurs. À la veille d’une troisième semaine qui alignera les difficultés (contre-la-montre accidenté entre Évian et Thonon-les-bains mardi, arrivée à Orcières-Merlette jeudi et les deux jours accrochés au sommet de l’alpe d’huez, vendredi et samedi), Julien Jurdie, directeur sportif de l’équipe Decathlon CMA CGM, confie au sujet des défis prêts à planter leurs griffes dans la longiligne silhouette de Paul Seixas : «On a des interrogations, forcément. On a essayé de maîtriser un maximum tous les paramètres pour être bien sur cette troisième semaine. On sait qu’avec Paul, 19 ans, premier grand tour, premier Tour de France, il y a certaines choses qu’on ne maîtrise pas. On est étonné de cette deuxième semaine. On sait qu’il y a une troisième semaine extrêmement difficile, notamment vendredi et samedi. Et un test important mardi avec le chrono. Là, on espère vraiment que Paul soit vraiment très performant, parce que c’est quelque chose qu’il aime. On l’a bien préparé. On va prendre journée après journée. On sait qu’on est en capacité à jouer devant. »
Avant la journée de repos, ce lundi en Haute-savoie, Sandy Casar (qui fut 9e du Tour 2010), ambassadeur de Krys, partenaire du maillot blanc de meilleur jeune qu’a porté durant une journée Paul Seixas avant de l’abandonner dimanche lors de la dernière ascension conclue à la 4e place, observe : «Ona l’impression qu’il est complètement détaché, qu’il est là, mais sans être là. Et tout ce qu’on peut lui dire autour, ça lui passe au-dessus. Il fait son truc comme si personne n’était là, comme s’il était à l’entraînement. Je pense que ce n’est pas le cas, parce qu’il est quand même stressé, mais on le sent détaché. Il s’amuse et ne se met pas plus de pression que ça en disant : “Il faut absolument que je fasse ça ou ça.” Il me fait penser à Pogacar, il y a quelques années. Il lui ressemble beaucoup dans sa façon d’être. Après, il faut progresser, tout simplement… »
Classement 15e étape :
1. Evenepoel (Bel/ RBH) les 183,9 km en 4 h 23’ 09 (moyenne : 41,9 km/h) ;
2. Pogačar (SLO/UAD) à 0’’;
3. Del Toro (MEX/UAD) 6’’ ;
4. Seixas (Fra/ DCT) 58’’ ; 5. Lipowitz (ALL/RBH) 58’’…
Classement général :
1. Pogačar (SLO/ UAD) 55 h 41’31 ;
2. Evenepoel (BEL/RBH) à 5’00;
3. Del Toro (MEX/UAD) 5’58;
4. Seixas (FRA/DCT) 6’23; 5. Lipowitz (ALL/RBH) 6’48…
Lundi, jour de repos.
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Polémique au sujet des contrôles antidopage nocturnes de Tadej Pogacar et de Jonas Vingegaard
20 Jul 2026 - Le Figaro
Gilles Festor
Envoyé spécial au plateau de Solaison
C’est une honte! Je suis favorable à une lutte antidopage drastique, qui fonctionne mais qui respecte les coureurs. » Au bout du fil, Pascal Chanteur, le président de l’union nationale des cyclistes professionnels (UNCP) et représentant des coureurs sur le Tour de France, ne décolère pas. Dans la nuit de samedi à dimanche, Tadej Pogačar et Jonas Vingegaard ont été réveillés, respectivement à 5 et 2 heures du matin, pour un contrôle antidopage avant la première étape de montagne dans les Alpes. «Les coureurs sont sur le Tour depuis le 4 juillet, sont suivis à la culotte, peuvent être contrôlés tous les jours entre 6 heures et 23 heures Alors, qu’est-ce que cela change de procéder à ces contrôles en pleine nuit en demandant l’accord d’un juge ? Il n’y a aucune raison. Les contrôleurs font du zèle. C’est de la communication pour montrer qu’ils existent », poursuit l’ancien coureur qui révèle que d’autres ont subi le même sort après l’étape des Angles le 6 juillet. Ce type de contrôle en dehors des horaires habituels est mené, selon l’article L232-14-1 du code du sport, en cas « de soupçons graves et concordants ».
«Ça a été un gros choc pour moi de n’avoir que 4 heures de sommeil », a réagi Pogačar avant le départ de l’étape en tentant de garder le sourire. « Je n’ai pas réussi à me rendormir, donc je me détendais, j’écoutais quelques vieux tubes d’eminem. Et je faisais des cafés. J’arrive “surcaféiné” ce matin. Ce n’était vraiment pas agréable de se réveiller en plein milieu de doux rêves », a ajouté le Slovène, systématiquement contrôlé après l’étape lorsqu’il porte le maillot jaune. Il l’avait donc été samedi vers 18h00 après l’arrivée au Markstein. «Je pensais qu’ils n’avaient pas le droit, mais apparemment si», a de son côté lâché Jonas Vingegaard qui a mis « 40 minutes à se rendormir». Richard Plugge, le directeur général de la formation Visma-Lease a Bike avait pris la nouvelle avec fatalisme dimanche matin. « On sait que c’est possible. De la minute précédant le départ du Tour de France à l’arrivée à Paris ces contrôles peuvent être faits 24 heures sur 24. C’est dans le règlement. Le fait que cela se produise est également un bon signe. Je le répète : dans ce sport, nous faisons tout notre possible - bien plus que dans beaucoup d’autres - pour garantir l’équité du cyclisme », a confié le dirigeant au média Wielerflits. Des propos tenus avant l’abandon de Vingegaard suite à une chute à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée… « Cette chute est peut-être la conséquence de ce qui s’est passé cette nuit», a lâché Pogačar à l’arrivée à propos de son rival.
« Manque total de respect »
Dans le peloton, l’annonce de ces contrôles nocturnes ciblés menés par l’international Testing Agency (ITA), un organisme indépendant auquel l’union cycliste internationale (UCI) a délégué son programme antidopage en 2021, a agacé les coureurs. Une majorité d’entre eux a pourtant mesuré ses propos devant les micros. « Ils sont anesthésiés. Ils ne peuvent pas l’ouvrir. S’ils le font, ils vont donner l’impression qu’ils ont quelque chose à cacher. Les coureurs sont les boucs émissaires des affaires Festina et Armstrong », souffle un habitué du peloton. « On m’a demandé de garder mon opinion pour moi », a indiqué à L’AFP le coéquipier de Jonas Vingegaard, Matteo Jorgenson, dénonçant un « manque total de respect» envers les coureurs. «On fait énormément d’efforts pour essayer de récupérer, c’est crucial, surtout entre deux étapes de montagne aussi dures. Et on vous réveille à 2 heures du matin. Cela me rend furieux », a ajouté l’américain. «C’est impossible! Que dirais-je s’ils étaient à côté de mon lit à ce moment-là? Rien, car je continuerais tout simplement à dormir», avait réagi Remco Evenepol à Sporza.
«Est-ce qu’on réveillerait Lionel Messi avant une finale de Coupe du monde? Jamais de la vie évidemment ! Ils n’auraient jamais accès à leur chambre d’hôtel ni à leur domicile privatisé et sécurisé. Mais ces gens-là pèsent des centaines de millions d’euros…», relance Pascal Chanteur qui préférerait que « l’argent dépensé le soit dans la recherche fondamentale pour rechercher les nouvelles molécules et les méthodes de dopage ». Et de conclure : « Rappelez-vous des propos de l’ex-ministre des Sports Marie-george Buffet en 2013 devant la Commission d’enquête sur la lutte contre le dopage : “On sait très bien que l’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) n’a pas ses entrées à Roland-garros.” Tout est dit. »
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