LE KING ET SON EMPIRE


En plus de vingt ans de carrière, LeBron James, qui prolonge le plaisir à Philadelphie à 41 ans, a décliné sa domination sur les plans sportif, médiatique et économique.

8 Aug 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN et LOÏC PIALAT

SAN ANTONIO, LOS ANGELES (USA) – Philadelphie, berceau de la Déclaration d’indépendance américaine en 1776 et destination surprise choisie par LeBron James pour boucler sa carrière NBA. Après des semaines de suspense, qui ont rappelé qu’il était encore au centre de l’attention dans la Ligue nordaméricaine malgré ses 41 ans, «King James» s’est donc engagé avec les 76ers pour deux saisons le 24 juillet, dont la deuxième en option. Il y retrouvera un effectif bourré de talents (Tyrese Maxey, Joel Embiid, Jaylen Brown, VJ Edgecombe) avec l’objectif de s’offrir un cinquième et dernier titre de champion avant de dire adieu au basket, vingt-trois ans après ses débuts dans l’Ohio avec Cleveland.

Ces derniers mois, il les a passés à s’interroger à Los Angeles, où il était devenu une deuxième, voire une troisième option offensive chez les Lakers, depuis l’arrivée de Luka Doncic et l’éclosion d’Austin Reaves. Il était donc temps de tourner la page et de retrouver un rôle central dans une nouvelle équipe qui devrait lui confier plus souvent le ballon. James va ainsi découvrir la quatrième équipe de sa carrière, après ses deux premiers titres décrochés à Miami en 2012 et 2013, un retour réussi à Cleveland couronné d’une troisième bague en 2016, puis une quatrième conquise dans la bulle d’Orlando avec les Lakers en 2020.

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À Cleveland, la bête médiatique

Il faut environ quatre secondes sur place pour comprendre que Cleveland n’est ni New York ni Los Angeles. Petit marché, la grise ville du Midwest a du mal à attirer les stars et à gagner des trophées. Peut-être que lancer sa carrière dans cette cité de perdants (pas de titre depuis les Browns en NFL en 1964) a aidé LeBron James à ne pas exploser en vol. Il aurait pu mal tourner. Au lycée, « l’Élu » faisait la une de Sports Ilustrated, suivi par des caméras jusqu’à la cantine, avec ses matches diffusés dans tout le pays. Au final, pas de scandale, pas d’écart, si ce n’est aller à l’école en Hummer.

Le prodige est donc drafté en premier par les Cavaliers en 2003, à 50 kilomètres seulement de chez lui, à Akron. Le cirque de la NBA se délocalise dans l’Ohio. Des journalistes – comme Brian Windhorst d’ESPN – lui doivent leur carrière. Chaque entraînement de saison régulière devient un événement. Nike finance une fresque de 35 mètres de haut en centre-ville, clamant «Nous sommes tous témoins» .

En 2004, James gagne le trophée de ro o k i e de l’ a nnée. «Le meilleur de tous les temps?» , se demande (déjà) Sports Illustrated en 2005 alors qu’il participe à son premier All-Star Game. «Il a été phénoménal dans sa gestion de la hype qui l’entoure» , salue alors Tracy McGrady, drafté à la sortie du lycée comme lui. James ramène les Cavs en play-offs en 2006, qualifie une équipe sans autre joueur majeur pour la finale l’année suivante (balayée par les Spurs) et ajoute la ligne MVP à son CV en 2009. Il déçoit peu (le bronze aux JO de 2004) et le « King » s’exprime avec aisance, donc les projecteurs ne s’éteignent jamais, en attendant l’arrivée des réseaux sociaux.

La décision qui change tout en 2010

En 2010, il devient l’agent libre le plus courtisé de l’ hi st oi re. New York l’espère et surveille chacun de ses gestes, guettant un signe. Dans ce qui a été perçu comme un symbole de la prise de pouvoir des joueurs, il décide de mettre en scène sadécision. Sur ESPN et face au journaliste vétéran Jim Gray, une chemise à carreaux de bon garçon, il annonce le 8juillet devant 10millions de téléspectateurs qu’il «emmène son talent à South Beach» .

Sauf que James est critiqué sur le fond (quitter Cleveland pour une Super Team) comme sur la forme (l’émission). « Mes sept premières années en NBA, j’étais celui qu’on aimait. Être de l’autre côté – le côté obscur, ou le vilain comme ils disent –, c’était une situation que je n’avais pas connue » , confie-t-il quelques mois plus tard.

Il travaille d’habitude avec son cercle rapproché, les copains d’Akron. Mais pour corriger son image, il fait appel à Adam Mendelsohn, spécialiste des relations publiques, ex-collaborateur du gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger. Une fois à Miami, il parle aux médias quasiment après chaque entraînement. La rédemption est en marche.

En 2014, quand vient le moment d’annoncer son retour à Cleveland, le double champion NBA opte pour une lettre coécrite avec Lee Jenkins, l’une des belles plumes de Sports Illustrated. Le King et le cirque médiatique font leur retour dans l’Ohio. Avec, cette fois, un titre NBA (2016) au bout.

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À Miami, le basket total

Après sept ans de vaches maigres à Cleveland, avec une seule apparition en finale en 2007, perdue face à San Antonio (0-4), LeBron James a donc pris sa décision: rejoindre les palmiers de la Floride à l’intersaison 2010, où il s’apprête à former une équipe d’Avengers au Miami Heat avec Dwyane Wade, star locale depuis 2003, et Chris Bosh, arrivé en même temps que lui, en provenance de Toronto.

Déjà meilleur joueur incontesté de la NBA à seulement 25 ans, comme en témoignent ses deux titres de MVP décrochés en 2009 et 2010 avec les Cavaliers, « King James » arrive au sommet de sa forme dans le Sunshine State. Imaginez une armoire normande de 2,06 m pour 113 kg, capable de bondir à 1,12 m du sol et d’atteindre les 32 km/h en quelques secondes sur le parquet. Des qualités athlétiques qui lui permettent d’écraser des dunks sur la tête de n’importe qui, et de développer sa «spéciale» en défense: suivre le porteur du ballon en contre-attaque jusqu’à le surprendre par-derrière en le contrant avec l’aide de la planche.

Celui qui avait promis de ramener des titres à son arrivée à Miami n’a pas menti: en quatre ans sous le maillot rouge et noir, où il arbore le numéro 6, James et ses coéquipiers atteignent quatre finales et en remportent deux en 2012 et 2013, s’offrant le scalp d’Oklahoma City (4-1) puis de San Antonio (4-3).

À la table de Jordan

Contrairement à Cleveland, où il devait porter seul l’attaque des Cavs, au prix d’une certaine déperdition d’efficacité, le natif d’Akron peut désormais partager les tâches offensives avec Wade et Bosh en Floride. Son adresse au tir progresse de façon spectaculaire, jusqu’à culminer lors de sa troisième saison: 72% de réussite dans la raquette, meilleur pourcentage de la Ligue, 56,5% au tir toutes zones confondues, dont 40,6% à trois points. Des chiffres qu’il n’atteindra plus jamais par la suite, preuve que cette saison 2012-2013 restera le sommet absolu de son efficacité, à tous les étages du jeu.

Les critiques nées de son départ très médiatisé de l’Ohio s’estompent au fur et à mesure que James enchaîne les records avec le Heat. Au-delà d’enfiler ses deux premières bagues de champion, il remporte deux nouveaux titres de MVP en 2012 et 2013, atteint les 61 points un soir de mars2014 face aux Charlotte Bobcats, et permet aux siens de rester invaincus pendant 27 matches d’affilée lors de la saison 2012-2013, soit la deuxième meilleure série de l’histoire derrière les Los Angeles Lakers (33 en 1971-1972).

À Miami, James a définitivement fait taire les sceptiques qui doutaient de sa capacité à gagner, renforcé son statut de meilleur joueur de la Ligue et posé la pierre angulaire du débat qui naîtra quelques années plus tard sur l’identité du meilleur joueur de l’histoire entre lui et Michael Jordan.

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À Los Angeles, le ballon et le business

À Los Angeles, où il a débarqué en 2018, LeBron James a franchi la barre des 40000 points et celle du milliard de dollars. Du basket et du business. Ses gains en carrière – grâce à l’augmentation spectaculaire des droits télé – y sont pour beaucoup (350millions de dollars en huit saisons aux Lakers après 170 à Cleveland et 64 à Miami; 304, 147 et 55millions d’euros).

Le reste, il le doit à son sens des affaires, assisté par Maverick Carter, son associé de toujours. Le phénomène des parquets et père de famille modèle a toujours attiré les sponsors (contrat à vie avec Nike en 2015, Pepsi depuis 2021) mais l’hyperactif ne s’est pas limité pas au rôle d’hommesandwich. Ses prises de participation (Liverpool FC, Beats, Blaze Pizza, Tonal…) ont largement contribué à sa fortune en multipliant avantageusement ses mises de départ.

Puisque le joueur continue de défier l’horloge à bientôt 42ans (le 30décembre), faut-il s’étonner que les journées du King paraissent plus longues que les nôtres? Sa constance au très haut niveau, le titre de 2020 et ses records écartent les doutes sur son professionnalisme à L.A. Mais le basketteur, présent très tôt à la Crypto.com Arena pour sa routine d’avant-match, a aussi empilé les casquettes de businessman, philanthrope et homme de médias. En Californie, le quadruple MVP a trouvé le terrain idéal pour ses activités extrasportives.

«LeBron James se positionne pour devenir le prochain magnat d’Hollywood» , titre le magazine Quartz à son arrivée en juillet 2018. Il a déjà tourné un film à l’époque (un second rôle hilarant dans la comédie Crazy Amy en 2015) et quelques semaines après sa signature, HBO a diffusé le premier épisode du talk-show The Shop mais la superstar passe effectivement un cap dans la capitale de l’entertainment.

Dans le top 5 des athlètes les mieux payés

En 2020, le King lève 100 millions de dollars pour SpringHill Company (86,8 M€), sa société de production aux bureaux installés dans les studios Warner Bros (SpringHill a depuis fusionné avec Fulwell, un groupe britannique). Les projets de films ( Hustle avec Adam Sandler, House Party), séries ( The Crossover), documentaires ( Dreamland) ou jeux télévisés ( The Wall) s’enchaînent. Et comme beaucoup le prévoyaient, en 2021, James finit en tête d’affiche de Space Jam, imitant Michael Jordan vingt-cinq ans plus tôt. Le film n’est ni un triomphe ni un four (160 millions de dollars récoltés dans le monde, 138,9M€).

Ce n’est pas avec le divertissement que James a gonflé son compte en banque mais il a donné des idées à ses pairs (Steph Curry avec Unanimous Media, Giannis Antetokounmpo avec Improbable Media). Et Forbes le classe encore quatrième athlète le mieux payé de la planète derrière Cristiano Ronaldo, Canelo Alvarez et Lionel Messi. Le seul Américain et basketteur du top 5. Ses affaires se portent bien. Celles de son ex-franchise aussi. Les Lakers valent 10 milliards de dollars aujourd’hui (8,68milliards d’euros). Trois fois plus que quand ils ont recruté James.

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