Chez Visma, le gâteau se partage


Autour de leur leader, le maillot rose Jonas Vingegaard, les Visma-Lease a 
bike forment un collectif très soudé où chacun peut aussi jouer sa partition.

Avec la victoire de Sepp Kuss hier, le maillot rose sur les épaules de Jonas Vingegaard, la formation néerlandaise ne laisse pas de miettes et veut récompenser tout le monde. Prochaine étape, le maillot blanc pour Davide Piganzoli ?

«Nous ne faisons pas toujours la course aux tactiques classiques. 
Nous essayons de sortir des sentiers battus»
   - SEPP KUSS

«On a montré qu’on est la meilleure équipe»
   - DAVIDE PIGANZOLI

30 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

ALLEGHE (ITA)- Ces derniers jours, une petite musique montait du car de Visma-Lease a bike telle une promesse cachée qui impliquerait tout le monde. L’hypothèse d’offrir à l’Américain Sepp Kuss la possibilité de compléter sa trilogie de victoires d’étapes sur le Tour, la Vuelta et le Giro en était une. L’idée d’aller chercher le maillot blanc pour Davide Piganzoli en était une autre. L’objectif de faire monter tous les coureurs sur le podium par équipes à Rome émergeait aussi. Il semblerait que les « Frelons » néerlandais soient en mesure de cocher toutes ces cases sur les trois semaines italiennes, comme on s’amuse à goûter, soir après soir, toutes les sauces différentes pour accompagner la pasta au restaurant.

« J’adorerais gagner une étape de plus sur ce Giro mais je pense que je serai aussi très heureux de voir mes coéquipiers terminer avec une victoire étape, imaginait déjà Jonas Vingegaard mardi soir à Cari. J’aimerais aussi que Davide aille chercher le maillot blanc. Si je dois l’aider un peu, c’est quelque chose qui me rendrait très fier. »

Piganzoli, 23 ans, n’est plus qu’à 1’3’’ du Portugais Afonso Eulálio (Bahrain-Victorious), après avoir gratté 1’14’’ hier. Et aujourd’hui, Vingegaard a même toujours la possibilité de récupérer le maillot azzuro de meilleur grimpeur dont il a été dépossédé au Piani di Pezze par Giulio Ciccone.

En surplomb du lac d’Alleghe, d’un bleu cristallin, baigné par le soleil et entouré d’immenses montagnes de pierres et de neige, Marc Reef, le directeur sportif de Visma, avait le visage barré d’un immense sourire après la victoire de Kuss. « C’est un Giro de rêve! Après tout le travail qu’il a fait, ça fait partie des choses qu’on voulait lui donner. On savait que si une occasion comme ça se présentait, il pouvait avoir une victoire sur les trois Grands Tours. C’est vraiment génial », jubilait le Néerlandais.

« C’est toujours spécial quand tes coéquipiers gagnent et surtout quand c’est Sepp, louait Vingegaard. Il se sacrifie toujours pour tout le monde et il ne demande jamais rien en retour. C’est bien qu’on puisse lui donner sa chance de temps en temps. »

Sepp Kuss, vainqueur d’étape sur le Tour en 2021 et la Vuelta en 2022, assis à côté du Danois en conférence de presse, poursuivait : « Ça en dit long sur Jonas, le genre de leader qu’il est. Mais cela en dit aussi long sur notre équipe, cela montre l’atmosphère qui règne chez nous. Nous ne faisons pas toujours la course aux tactiques classiques. Nous essayons de sortir des sentiers battus. » Pas au point, quand même, de disputer le maillot cyclamen au Français Paul Magnier qui a profité de l’abandon de Jhonatan Narvaez, hier, pour asseoir un peu plus sa domination au classement par points.

Le collectif néerlandais est une « dream team » , lançait Vingegaard, et chacun a le droit à son moment de bonheur ou sa carotte maintenant que le Danois file tranquillement vers une victoire finale à Rome. « Je veux continuer à faire de mon mieux pour que Jonas arrive en rose, expliquait il y a quelques jours Piganzoli. C’est un coureur exceptionnel, c’est agréable de travailler avec lui. Mais aussi étrange que ça puisse paraître, il m’a dit que, si j’en avais envie, je pouvais attaquer avec lui et faire la course pour moi-même. »

Mercredi, lors de la 17e étape vers Andalo, Visma-Lease a bike avait laissé du champ pour que l’échappée aille au bout et se dispute la victoire, un os à ronger pour faire mumuse, mais tout en tenant la bride à distance raisonnable pour éviter que les membres de Red Bull-BORA-hansgrohe (Vlasov, Van Dycke) ne mettent en péril l’avance au classement par équipes. « Ce n’est pas la chose la plus importante de la course, mais c’est vrai qu’on aime bien voir le nom de notre équipe à la première place, confiait le Belge Victor Campenaerts, souvent mis à contribution dans la plaine et le début des cols. On a gagné ce classement l’an dernier au Tour de France, ça avait de la valeur. Mais c’est quelque chose qui vient naturellement je pense, Sepp Kuss et Davide Piganzoli accompagnent très souvent Jonas loin en montagne, ça crée des écarts facilement. »

Le jeune Italien justement, pour sa première saison chez Visma ne cachait pas sa joie de faire partie de ce groupe: « On a un super collectif, ce qui nous permet de dicter la course. C’est ce qu’on a fait et je pense que l’on a montré que l’on est la meilleure équipe. »

Une formation où les récompenses ne pleuvent pas seulement sur Jonas Vingegaard. Comme ce fut le cas chaque lundi de repos lors des arrêts dans une pâtisserie locale, le gâteau sera à partager en plusieurs parts.

***

L’ultime occasion de bousculer le podium

30 May 2026 - L'Équipe
Th. P., à Alleghe

Au sommet du Piani di Pezzè, Thymen Arensman s’est pris les pieds dans le tapis déroulé à plus de la moitié de l’ascension finale en tête du groupe maillot rose par Felix Gall et Jai Hindley, ses adversaires pour le podium. Le Néerlandais, seulement 12e sur la ligne, a cédé sa troisième place à Hindley (1’02'' de débours sur lui hier), et le leader de Netcompany Ineos, qui peut compter sur un grand Egan Bernal (10e) pour l’épauler aura 30 secondes à aller chercher aujourd'hui pour reprendre son bien lors de la dernière étape de montagne.

Toujours le plus fort derrière Vingegaard, qu’il a devancé sur la ligne pour la première fois sur ce Giro en montagne, Gall a fait rouler ses équipiers à bloc pendant l’étape lorsque Derek Gee-West et Michael Storer (Tudor), depuis l’échappée, menaçaient sa deuxième place. L’Autrichien a ensuite attaqué vers Piani di Pezzè, à 3,1 km de la ligne, et il essayera encore aujourd'hui pour verrouiller son fauteuil de dauphin. Et pourquoi pas s’offrir une première victoire sur ce Giro au terme de la double ascension de Piancavallo (14,5 à 7,8 %, 14 % dans certains passages).

Seul Français à jouer le général, Mathys Rondel a encore une fois été au bout de lui-même, 14e à 2’21’’ de Kuss à l’arrivée. Le grimpeur de Tudor a gagné une place au général (11e) et il aura 23 secondes à rattraper pour dépasser Bernal et décrocher un top 10 pour son premier Grand Tour, à 22 ans.

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