En mai magnier fait ce qu’il lui plaît
Le Giro installe définitivement Paul Magnier, 22 ans, dans la caste des grands sprinteurs. Les autres Français, eux, préparent le prochain Tour de France.
29 May 2026 - Vélo Magazine
Par Jean-François Quénet.
Jegat en mission Tour de France
Après son retour gagnant à la Classic Grand Besançon Doubs le 17 avril, à la suite d’une longue période de repos forcé, Jordan Jegat a préféré participer au Tour de Turquie plutôt qu’à Liège-bastogne-liège. Le Monument était pourtant taillé pour ses qualités de grimpeur, mais le Français de 26 ans ressentait le besoin de disputer une course par étapes afin de poursuivre sa préparation pour le Tour de France. À écouter ses adversaires, il était le grand favori, mais, à la première des deux arrivées au sommet, Jegat a souffert de la chaleur et du manque de compétition. Le dixième du Tour 2025 a tout de même gagné dans l’affaire en Nicolas Breuillard, un équipier qui pourrait lui être précieux en montagne. Le Provençal de 26 ans, troisième à Kiran derrière le revenant colombien Ivan Sosa et l’australien Sebastian Berwick, constitue une révélation au niveau Proseries. Le potentiel de Breuillard avait déjà été identifié en 2022 lors de son titre de champion de France Espoirs, à Saint-martin-delandelles. Formé à L’AVC Aix-en-provence et lancé chez les pros par l’équipe Saintmichel Auber 93 (qui vient d’annoncer l’arrêt de son équipe continentale masculine), Breuillard a fini cinquième, juste derrière Jegat, du général de ce Tour de Turquie remporté par Berwick. Ces trois hommes pourraient se retrouver à Barcelone pour le Grand Départ du Tour. En effet, la formation Caja Rural où évolue le pur grimpeur australien, ancien de L’UC Nantes et du Chambéry CF, est l’autre invitée de la grande fête de juillet avec… Totalenergies.
Paul Magnier parmi les grands
Quand la statistique est sortie au bout de douze jours, indiquant que Paul Magnier avait endossé autant de maillots cyclamen au Giro que Freddy Maertens, elle a résonné comme une entrée dans la lignée des grands sprinteurs pour le jeune Isérois. L’an passé, à l’occasion de ses débuts au Tour d’italie, le Français de 22 ans avait obtenu une troisième place à Naples lors de la 6e étape. Son ancien team manager Patrick Lefevere avait alors lâché sur son ton caustique bien connu que le néophyte « avait découvert que le Giro n’était pas l’étoile de Bessèges ». Victorieux d’emblée chez les pros, à Majorque et à Oman en janvier et février 2024, Magnier devait prendre la mesure des plus grandes compétitions et, cette année, ses déceptions dans les classiques ont contribué à ce qu’il se présente au départ de son deuxième Giro en top condition. « L’an passé, j’ai gagné dix-neuf courses, je n’en remporterai peut-être pas autant cette saison mais ça ne me dérange pas si je monte en gamme », confie-t-il en Bulgarie en rencontrant le succès à Bourgas lors de la 1re étape du Giro 2026. Et, cette fois, aucun esprit chagrin ne peut arguer qu’il manquait de concurrence. Il a battu entre autres l’italien Jonathan Milan, vainqueur du classement par points de ses trois premiers Grands Tours (Giro 2023 et 2024 et Tour 2025), et le Néerlandais Dylan Groenewegen, un monstre de la profession. Les sprinteurs aiment gagner dans des lieux de prestige, Paul Magnier l’a fait en récidivant à Sofia devant la cathédrale Alexandre Nevski (3e étape). « Je ne pouvais pas rêver mieux que ce début de Giro exceptionnel », ditil. Une entame qui doit beaucoup au travail des deux lanceurs belges, Dries Van Gestel et Jasper Stuyven.
Godon et Martinez sortent de l’ombre de Pogi
Six jours de course au Tour de Romandie ne produisent que deux vainqueurs : « l’ogre Pogi » et Dorian Godon. Le premier rafle quatre étapes et le général. Il atteint là son objectif de compléter son palmarès au plus vite ; dans le but de quitter prématurément le peloton ? Le second s’offre la 3e étape à Orbe après le prologue devant le nouveau grand rouleur suédois Jakob Söderqvist, bientôt vainqueur du Tour de Hongrie au détriment de Benoît Cosnefroy grâce à une décision très contestée d’abréger une étape. À Orbe, le champion de France montre sa roue arrière à Finn Fisher-black, Valentin Paret-peintre et… Tadej Pogacar. Godon signe la dernière victoire de sa nouvelle équipe dans sa version Grenadiers puisque, à partir du Giro, Ineos a cédé sa place de premier sponsortitre à Netcompany. Sur ce nouveau maillot, Totalenergies bénéficie d’une visibilité très limitée, ce qui confirme l’intérêt finalement assez faible pour le cyclisme du leader mondial de l’énergie, prêt à rejoindre le club des anciens sponsors de Jean-rené Bernaudeau. De fait, l’inquiétude grandit autour de l’équipe vendéenne. Cela dit, le mouvement des coureurs tricolores partis faire fortune à l’étranger porte ses fruits en termes de résultats. En neuf saisons professionnelles, chez Cofidis et Ag2r-decathlon, Godon était sur un rythme inférieur à deux victoires par saison. Avec Ineos, il en compte cinq en deux mois, toutes en World Tour dans des courses à la participation très relevée (Paris-nice, Tour de Catalogne, Tour de Romandie). Lenny Martinez peut, lui aussi, se vanter de sa réussite sportive depuis son passage chez Bahrain Victorious : 5e de Paris-nice, 2e du Tour de Catalogne et 8e de la Flèche Wallonne, le voilà aussi sur le podium final en Romandie, en compagnie de Pogacar et Florian Lipowitz qui l’étaient déjà au Tour de France 2025.
Arnaud De Lie a remporté sa première victoire
de l’année à la Famenne Ardenne Classic.
Vingegaard avec Merckx et quelques autres…
Jonas Vingegaard a un nouveau point commun avec Eddy Merckx : il a obtenu sa première victoire d’étape du Giro au Blockhaus de la Majella, dans les Abruzzes. Pour le Belge, c’était même sa toute première victoire dans un Grand Tour, en 1967, mais le Danois n’a pas mené sa carrière dans le même ordre. Dans la froidure, avant d’affronter de fortes chaleurs plus au nord car l’italie n’est pas à un paradoxe près, il est devenu le 115e vainqueur d’au moins une étape de chaque Grand Tour. Vingt d’entre eux sont actuellement en activité. La statistique est bien plus maigre en ce qui concerne les cyclistes ayant porté le maillot de leader du Giro, du Tour et de la Vuelta. Ils ne sont que 27 (depuis Rik Van Steenbergen, qui compléta sa trilogie à la Vuelta 1956) maintenant que Vingegaard a rejoint ce club restreint, dont deux autres membres courent encore : Primoz Roglic et Richard Carapaz. Au fait, Chris Froome a bien arrêté sa carrière sans toutefois l’avoir annoncé. Sa dernière course fut le Tour de Pologne 2025 (68e), et sa dernière victoire remonte au rocambolesque Giro 2018, un an avant son terrible accident en reconnaissance du contre-la-montre du Critérium du Dauphiné, dont il ne s’est jamais vraiment remis. Mais ça ne l’a pas empêché d’encaisser un lucratif contrat de cinq ans auprès de l’équipe israélienne renommée NSN cette année.
Le taureau et les vaches
La Famenne Ardenne Classic est le terrain de chasse d’arnaud De Lie. Le « taureau de Lescheret » s’y impose pour la troisième fois après 2023 et 2024. C’est sa première victoire de l’année après un début de saison perturbé, mais l’épreuve wallonne tourne à la boucherie quand, selon la compilation de diverses informations, la moitié du peloton se retrouve à l’hôpital les jours suivants, victime d’une bactérie provenant des bouses de vaches mêlées à l’eau de pluie projetée au passage des coureurs. De Lie, cloué au lit le jour de la présentation à Bourgas, prend tout de même le départ du Giro mais peine sur les routes bulgares et abandonne à la 4e étape. Ses débuts sur la Course Rose sont ratés. À 24 ans, il est aussi en partance de Lotto-intermarché. Au bout de cinq saisons marquées par 34 victoires, dont un GP de Plouay et un GP de Québec, le Belge a grand besoin de se relancer.
Cosnefroy s’offre un record
Cela a pris du temps à la Ligue nationale de cyclisme de convaincre les organisateurs bretons de courses d’un jour de se regrouper au calendrier alors qu’ils se plaignaient que leur éloignement géographique les privait de la participation de grandes équipes étrangères. Mais la formule fonctionne désormais puisque UAE Emirates-xrg, Visma-lease a bike et Movistar se sont imposées lors des deux week-ends consécutifs. À la moitié de la saison, les cyclistes tricolores sont les plus prolifiques du monde, avec quarante-quatre succès au compteur contre trente-six aux Italiens et trente et un aux Belges, habituels dominateurs de ce classement. Mais les équipes pros françaises (exceptions faites de Decathlon-cma CGM et Unibet Rose Rockets, très internationales) sont à la peine : Groupamafdj United, Cofidis, Totalenergies, CIC, Van Rysel-roubaix, St-michelpreference Home-auber 93 et Nice Métropole Côte d’azur totalisent quatorze victoires. C’est le fruit de l’exode. Au GP du Morbihan, Benoît Cosnefroy a signé son premier succès depuis son transfert chez UAE, devenant par l’occasion le recordman de l’épreuve (4). L’émotion l’a envahi à Plumelec une semaine après le décès de son grand-père qui lui avait transmis la passion du cyclisme.Au GP du Morbihan, Benoît Cosnefroy a signé sa première victoire sous le maillot D’UAE Emirates-xrg, la quatrième sur cette course.
Basques et Bretons, faits pour s’entendre
Jamais un coureur n’avait remporté la même année les deux épreuves professionnelles que compte le Sud-finistère, depuis les mutations, au début du siècle en cours, des Boucles de l’aulne, autrefois un critérium de prestige, et du Tour du Finistère, course amateure créée au milieu des années 1980, peu après le Tro Bro Leon – comme quoi tout n’est pas que nostalgie lointaine dans le cyclisme breton… A fortiori, l’exploit de Jon Barrenetxea s’inscrit le même weekend. Le samedi à Quimper, l’espagnol a réglé au sprint un peloton encore fourni, le Néerlandais de Catalogne Alex Molenaar et le connaisseur des lieux Clément Venturini (deuxième en 2022) l’accompagnant sur le podium. Les Bretons ont alors voulu leur revanche le lendemain à Châteaulin. En vain. On prend les mêmes et on recommence : 1. Barrenetxea, 2. Venturini. Pur produit du VC Loudéac et désormais au CIC Pro Cycling Academy, Maxime Vezie, 20 ans, déjà troisième de Paris-camembert et du Tour de Bretagne remporté par Aubin Sparfel, est monté sur la troisième marche et se disait « capable de faire mieux ». Prometteur. Les fans de cette région ne peuvent se plaindre totalement d’une victoire basque sur leurs terres, tant leurs territoires et leur sociologie présentent de similitudes. Ils peuvent aussi se réjouir d’une forme de renaissance de David Gaudu, cinquième mais surtout grand animateur à Châteaulin. Il a fait exploser le peloton dans l’ascension du Menez Quelerc’h et a consenti au final « en avoir peutêtre fait un peu trop ». Gaudu en a profité pour annoncer son retour en Bretagne, après des années au soleil de Menton et l’arrivée prochaine de son premier enfant. Ses supporters l’attendent de nouveau à la fête sur les routes du Tour, même si sa quatrième place de 2022 serait un objectif trop ambitieux face à la concurrence actuelle.
Rendez-vous à Reims en 2028
Les Grands Départs des Grands Tours depuis des pays étrangers représentent un enjeu économique majeur pour le sport cycliste. En Bulgarie, un an après l’albanie, des observateurs avisés ont relevé que les organisateurs vendaient le Giro à des pays parmi les plus pauvres d’europe à un tarif plus élevé que le Tour de France aux territoires les plus riches… Depuis que la Grande Boucle est partie trois années de rang hors des frontières (Copenhague 2022, Bilbao 2023 et Florence 2024), ce qui représentait une première, et alors que des candidatures fortes s’annoncent, de Slovénie pour la fin du règne de Tadej Pogacar, de Prague et de Berlin (tout cela pour 2029), Reims et le Grand Est ont coiffé le Luxembourg, officiellement demandeur, pour 2028.Le Tour de France lancera son Grand Départ au pied de la Cathédrale de Reims le 24 juin 2028.
Après Barcelone cette année, Edimbourg et le Royaumeuni l’an prochain, la ville des sacres des rois de France lancera les débats un 24 juin pour que la boucle soit bouclée le 16 juillet, durant le premier week-end des Jeux Olympiques de Los Angeles. Paolo Bellino, le directeur général du Giro, déplore que les Français décident du calendrier avant L’UCI, mais ce n’est pas nouveau… Le Luxembourg se consolera peut-être d’avoir révélé de futures stars du Tour de France. Il faudra se souvenir que Matisse Van Kerckhove, Belge de Catalogne, né comme Paul Seixas en septembre 2006, a remporté sous les couleurs de Visma-lease a bike sa première course à la Flèche du Sud (une étape et le général).

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