Fournier en son Olympe


Fournier au panthéon

Porté par son Français, MVP du Final Four, l’Olympiakos a mis fin à treize ans d’attente et remonte sur le toit de l’Europe en dominant le Real Madrid au bout d’un suspense insoutenable.

25 May 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL YANN OHNONA

ATHÈNES – Il s’est précipité vers la tribune Est de l’OAKA Arena, à la recherche, au milieu de la marée rouge, de ses deux garçons, Elias et Adel, et les a fait passer par-dessus la rambarde pour une étreinte prolongée, au milieu des cantiques des fans de l’Olympiakos. Ce n’était, pour Evan Fournier, que le premier de nombreux bains de foule à venir, trophée de l’Euroligue dans un bras, celui du MVP du Final Four dans l’autre, après la victoire des siens hier sur le Real Madrid (92-85).

Après le buzzer, les larmes n’ont pas tardé à déferler sur les joues du Français de l’Olympiakos, qui à 33 ans gambadait tel un benjamin, les jambes et l’âme plus légères. Dix-sept ans après ses débuts en pro, celles-ci célébraient, pour la toute première fois, un titre international, le plus prestigieux après celui sacrant le champion NBA. À l’image du jour son arrivée en Grèce, en septembre 2024, accueilli par les milliers de supporters venus l’y accueillir comme le sauveur, le natif de Charenton (Valde-Marne) s’est laissé happer par la fureur du volcan. Les tribunes étaient plongées dans l’irrationnel et il fallait cent à deux cents agents de sécurité, hier, pour empêcher ce bonheur de déferler sur les planches de l’ennemi éternel du Panathinaïkos, qui vient de vivre l’affront suprême : voir son rival conquérir sa quatrième couronne (après 1997, 2012 et 2013) sur son territoire.

L’Olympiakos a vaincu la malédiction, premier n°1 de la saison régulière à s’imposer depuis le passage de l’Euroligue au format Championnat, en 2016. Mais à quel prix. On n’exorcise pas treize années d’attente, quatre saisons de souffrances et d’échecs successifs au Final Four d’un claquement de doigts. La route de l’Olympe ressemblait sur le papier à un boulevard face à un Real à la raquette décimée. Elle fut un chemin de croix dont le dénouement dut attendre les dernières secondes d’une rencontre tendue à l’extrême. La Maison blanche est rompue à l’exercice (11 titres européens) et experte en coups de Trafalgar.

Le Real Madrid et son maestro sur le banc, Sergio Scariolo, ont tout tenté. Tout réussi, aussi, la majeure partie de la soirée, derrière la ligne à 3 points en ouverture (15-3, 5), puis résistant derrière les performances monstres du tandem Hezonja (19 points) - Lyles (24, 5/6 à 3 points).

11 points dans le deuxième quart

Tétanisé comme l’an passé en demi-finales contre Monaco (68-78), Olympiakos a eu toutes les peines du monde à sortir de l’étau, son meilleur scoreur Tyler Dorsey limité à 1 point (0/5). Le détonateur s’appellerait Fournier. Lancé plus tôt qu’à l’habitude, l’arrière a pris les choses en main de manière spectaculaire, alternant avec une maîtrise bluffante, step-back à 3 points, pénétrations vers le cercle, kicks dans les corners, et offrant le premier avantage aux siens à l’approche de la mi-temps (38-36, 18e), allant hurler courtside dans les oreilles des frères Angelopoulos, propriétaires d’Olympiakos. Résultat, 11 points dans le seul deuxième quart.

Le money-time déroulait un scénario similaire, tous les ballons, alors que le Real avait repris l’ascendant (65-59, 30e), passant entre les mains brûlantes de l’ex Poitevin. Décisif sur un drive (76-73), un rebond offensif crucial (80-80), intraitable sur la ligne de réparation dans les dernières secondes, c’est lui qui appelait tous ses coéquipiers au calme, quand ils pensaient avoir déjà gagné, à +8 à moins de quarante secondes du gong (88-80).

À raison, puisque le Real Madrid finirait par obtenir un ballon pour égaliser après deux balles perdues et un improbable concours de circonstances. « Je sens qu’on aurait dû gagner l’an passé, glissait le héros du soir pour les Reds (20 points, 5 rebonds, 4 passes, 5fautes provoquées). Mais parfois le destin s’en mêle. »

***

Maledon : « Le match se joue à quelques détails »

25 May 2026 - L'Équipe
Y. O.

Théo Maledon, l’arrière du Real Madrid, ne cachait pas sa déception après la défaite en finale : « On était conscients, du staff au vestiaire, qu’on pouvait faire l’exploit, malgré nos absences à l’intérieur. On voulait bien représenter Madrid. Le match se joue à quelques détails, c’est dur, car on a fait le nécessaire pour être dans le match, être compétitifs. Laisser le match filer comme ça dans les quatre, cinq dernières minutes, c’est dur. Les décisions arbitrales de la fin de match ? Cela fait partie du basket, ça va dans les deux sens, non, je n’ai rien à dire sur ça. Jouer une finale d’Euroligue dans ces conditions est incroyable, en Grèce, dans une salle avec des supporters comme ça… Mais oui, c’est frustrant. On avait déjà connu le scénario des dernières secondes en finale de la Coupe du Roi contre Vitoria (89-100), on joue pour le maillot, ne jamais rien lâcher, c’est une valeur du Real Madrid. »

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