Kerr : « J’ai vraiment envisagé le Paris Basketball »


Le rêve est passé. Steve Kerr a prolongé avec les Golden State Warriors pour vivre la fin 
d’un cycle avec les stars américaines Draymond Green et Stephen Curry (en haut à droite).

L’Américain aux neuf bagues de champion NBA, tout juste prolongé par les Golden State Warriors, de passage à Paris, a accepté de revenir pour « L’Équipe » sur la rumeur évoquant sa possible signature dans la capitale.

"Vivre une expérience à l’étranger est quelque 
chose qui me plairait grandement dans le futur"

"S’ils avaient pris leur retraite (Curry et Green),
je n’aurais pas reconduit, assurément.
Il aurait été temps d’amener une autre voix"

25 May 2026 - L'Équipe
YANN OHNONA

Il a surgi dans les couloirs de l’hôtel Lutetia, au coeur du VIe arrondissement de Paris, avec son survêtement de Golden State. Un endroit chargé d’histoire – l’un des QG de l’occupant allemand lors de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi un espace pour rapatrier les déportés juifs et les prisonniers politiques à la Libération –, qui faisait sens pour rencontrer le toujours très engagé Steve Kerr.

Instigateur de la dynastie Warriors, personnage majeur du basket américain aux neuf bagues de champion – trois comme joueur avec Michael Jordan et les Chicago Bulls puis deux sous la direction de Gregg Popovich aux San Antonio Spurs, quatre comme coach avec Stephen Curry –, Kerr (60 ans) était de passage à Paris la semaine passée pour des vacances en famille de plus en plus régulières en France. Natif de Beyrouth (Liban), frappé par une tragédie dans son enfance (son père, président de l’université américaine, y fut assassiné par le Hezbollah en 1984), personnalité à l’approche du jeu et de la vieirriguées par ses expériences internationales, Kerr a accepté de revenir pour L’Équipe sur la rumeur qui aurait pu le voir signer au Paris Basketball avant sa prolongation aux Warriors.

Vous parlez toujours un peu français?

(En français)… Un petit peu, mais il ne reste pas grand-chose (il rit).

Vous avez passé une partie de votre enfance à Aix-en-Provence…

Oui, c’était en 1970. Monpère a passé un semestre à l’université d’Aix, comme visiting professor. J’ai été scolarisé dans un jardin d’enfants français. J’étais assis là, sans comprendre ce que j’entendais, mais j’ai commencé à retenir des choses. Un jour, mesparents m’ont demandé si j’apprenais le français. J’ai répondu oui. Ils m’ont demandé de compter jusqu’à dix. Je l’ai fait, mais j’ai dit… “eins, zwei, drei…” en allemand ( il éclate de rire)! En réalité, ils nous donnaient des leçons d’allemand. J’avais 5 ans. Pour monanniversaire, j’étais allé au match de foot de l’équipe locale avec monpère et monfrère. J’aimais le sport, mêmeàcet âge. Je garde aussi des images de la maison que nous louions sur les collines surplombant Aix.

Avez-vous un attachement particulier à Paris?

Cela fait longtemps que je viens. J’ai joué ici avec les Chicago Bulls en 1997 (Open McDonalds) à Bercy contre Paris. J’étais venu avec mafac d’Arizona, en 1985, pour jouer contre des équipes françaises. J’ai passé beaucoup de temps avec ma famille en Europe et au Moyen-Orient. J’ai vécu trois ans en Égypte, et quand j’allais au Caire, on passait régulièrement par l’aéroport Charles-de-Gaulle ( Roissy).

Et puis bien sûr, il y a eu les JO 2024 (les USA, coachés par Kerr, ont battu la France en finale 98-87)…

C’est la ville favorite de ma femme, Margot, et cela fait trois étés qu’on vient. Ce qu’on aime y faire? On marche, tout le temps, on va au musée, dans les restaurants. Nous adorons l’énergie de cette ville.

C’est à cette occasion que vous avez revu David Kahn, président du Paris Basketball?

La NBA est un petit milieu. On se connaît depuis l’époque où j’étais le manager général de Phoenix ( 2007-2010), et lui à Minnesota. On avait des conversations sur les échanges de joueurs, ce genre de choses. Nous sommes restés en contact. Et quand je suis venu en 2024 pour les JO, nous avons déjeuné. C’était bon de reconnecter, je ne l’avais pas vu depuis quelques années. Il m’a parlé de son équipe à Paris. Je connaissais la ligue française, mais j’ignorais que David était impliqué dans ce projet.

Un portrait écrit par Wright Thompson pour ESPN a évoqué, avant votre prolongation avec les Warriors jusqu’en 2028, vos doutes, et la possibilité de vous voir vous installer en France. Avez-vous réellement pensé à signer à Paris ?

Oui, je l’ai vraiment envisagé. J’essayais encore de déterminer mavolonté pour le futur. Je n’étais pas certain d’être de retour avec les Warriors. C’est resté en suspens pendant un moment.

Quand en avez-vous parlé pour la première fois avec David Kahn?

À Paris en 2024, il m’avait demandé: “Cela pourrait t’intéresser un jour de coacher à Paris?” J’ai répondu positivement. J’aime Paris. Je pensais que ce serait une expérience enrichissante. Il m’a dit: “Si l’opportunité se présente et que tu es prêt, je serai là”. Et puis, ce printemps, quand la saison s’est terminée ( élimination en playin contre Phoenix), David m’a demandé par message si j’étais toujours intéressé. J’ai dit: bien sûr. Cela est resté une discussion informelle, au cas où je quitterais les Warriors. Cela n’a jamais été sérieux ou proche d’un accord. Mais j’y ai pensé. Vivre une expérience à l’étranger est quelque chose qui meplairait grandement dans le futur.

Votre aventure olympique en 2024 a-t-elle participé à vous donner envie de tenter l’aventure ici?

Un peu, oui. Ces JO sont l’un des highlights de macarrière. Gagner l’or avec Steph (Curry), coacher LeBron ( James), voir tous ces grands ensemble, avec Kevin Durant, aussi. Tu as le sentiment de faire partie de quelque chose d’historique, surtout au vu des deux derniers matches, comment Steph a joué ( 60 points, dont 24 contre la France et 4 tirs à 3 points pour faire basculer la finale), le come-back contre la Serbie (95-91)… L’autre chose avec Paris est que ça m’a rappelé ce que faisaient mes parents: ils prenaient des congés sabbatiques d’un an. Je les suivais. Cela m’a inculqué la valeur de voyager pour découvrir autre chose. Alors qui sait? Cela pourrait toujours arriver dans le futur.


Au cours de son immense carrière, Steve Kerr aura mené les 
États-Unis au titre olympique lors des Jeux de Paris 2024 (ci-contre).

Avant votre prolongation, vous penchiez plutôt vers un départ?

C’est la tournure qu’avaient semblé prendre les événements. Mais on ne sait jamais comment se dénouent ces choseslà. Chaque job de coach a une date d’expiration. Je n’étais pas sûr que la mienne soit arrivée. Nous avons pris deux semaines de réflexion, avec le management des Warriors, ainsi que ma famille, et nous avons finalement décidé de poursuivre. Votre femme vous aurait envoyé un SMS pour vous dire:

“Tu reviens (l’an prochain)”… C’était après le premier match de play-in (126-121 contre les LA Clippers). Un match si excitant… Ce qui mefait penser au match 1 entre les Spurs et le Thunder (122-115 a. 2 p., 41 points, 24 rebonds pour Victor Wembanyama) qui a été l’un des plus grands matches que j’ai vus de mavie. J’ai fait exprès de bloquer montéléphone le matin pour le regarder sans connaître le résultat (il rit).

Vous avez vu la dynastie des Bulls s’éteindre, la difficulté de Michael Jordan à raccrocher, suivi le parcours de Gregg Popovich, l’un de vos mentors, qui s’est mis en retrait pour raisons de santé. Àquel point est-ce difficile de partir?

Je n’ai pas pensé à Jordan au moment de madécision. Un peu plus à “Pop”. Mais aussi à Carlo Ancelotti avec le Real Madrid. J’ai lu un livre de lui il y a deux ans, où il évoquait le fait que dans chacun de ses jobs, le point de non-retour lui apparaissait clairement. Un coach et son équipe doivent être capables d’identifier ce moment. Dans notre cas, cela n’a été évident ni pour l’équipe ni pour moi. Je ne veux pas partir trop tard. Mais je ne voulais pas non plus partir trop tôt. Je crois que le point le plus important est que Steph (Curry) et Draymond (Green) sont toujours là. Nous partageons quelque chose de très spécial. Cela faisait sens d’accompagner leurs dernières saisons avec cette équipe. S’ils avaient pris leur retraite, je n’aurais pas reconduit, assurément. Il aurait été temps d’amener une autre voix. Aujourd’hui, nous ressentons la responsabilité que la transition vers la prochaine ère des Warriors, le prochain coach, les prochaines stars, se passe bien. Nous voulons aider à poser ces nouvelles fondations. »

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