Tout de suite royal
Le Paris-SG pourrait intégrer, samedi, le club des multiples vainqueurs de la C1. Toute la semaine, revivez les épopées légendaires de la compétition. aujourd’hui : le Real, cinq à la suite / demain : Ajax - Bayern, la bascule / mercredi : les années punk des Reds / jeudi : la révolution Sacchi / vendredi : Zidane, un triplé pour l’histoire
Ancêtre de la Ligue des champions, la Coupe des clubs champions européens a d’emblée sacré le club qui la remporterait le plus souvent, le Real Madrid, dont le président Santiago Bernabeu avait été l’un des pères fondateurs.
25 May 2026 - L'Équipe
ANTOINE MAUMON DE LONGEVIALLE
Le Paris-SG pourrait intégrer, samedi, le club des multiples vainqueurs de la C1. Toute la semaine, revivez les épopées légendaires de la compétition. aujourd’hui : le Real, cinq à la suite / demain : Ajax - Bayern, la bascule / mercredi : les années punk des Reds / jeudi : la révolution Sacchi / vendredi : Zidane, un triplé pour l’histoireLe capitaine José Maria Zarraga soulève le trophée le 18 mai 1960 après la finale face à l’Eintracht Francfort à Glasgow (7-3)
La légende raconte que Santiago Bernabeu a pu être pris de court par la victoire de sa propre équipe. Le 14 juin 1956, la Coupe des clubs champions européens arrive au terme de sa première édition. La finale oppose le Real Madrid au Stade de Reims. Le cadre en est le Parc des Princes. Le président du Real prépare le discours qu’il tiendra lors du dîner protocolaire d'après match. L’ancien avocat au verbe facile l’écrit dans le taxi le menant au stade. Le titre qu’il choisit: «Perdre à Paris, ce n’est pas perdre». Sauf que son Real l’emportera (4-3) et que le dirigeant sera tenu d’improviser. L’histoire – racontée par Bernabeu, bien des années plus tard – ne dit pas s’il a été pris au dépourvu par le succès du printemps suivant, en 1957, ni par ceux de 1958, 1959 et 1960, qui porteront à cinq le nombre de titres européens de son club, lors des cinq premières années de l’histoire de la compétition.
Quand L’Équipe titre au lendemain de son 4e trophée que « Le Real s’identifie à la Coupe d’Europe», notre journal ne se doute pas que soixante-sept ans plus tard, la phrase aurait toujours du sens. Les 15 titres suprêmes remportés à ce jour par les Merengues les placent loin devant leur dauphin, l’AC Milan, relégué à 8 trophées. Derrière cela, une personne. Autant pour ce qu’il a apporté à l’institution madrilène que pour ce que lui doit la compétition qui sacrera peut-être à nouveau le Paris-SG, samedi: ce même Santiago Bernabeu.
Le dirigeant espagnol n’est pas seulement celui qui a présidé aux destinées du Real de 1943 à 1978: il l’a fait entrer dans la modernité avec un stade qu’il a transformé en immense arène et qui a porté son nom de son vivant (dès 1955). Bernabeu est aussi l’un des pères de la Coupe des clubs champions européens, ancêtre de la Ligue des champions. Parce que le projet imaginé par des journalistes de L’Équipe, en décembre 1954, de lancer une compétition mettant aux prises les plus grands clubs du continent avait besoin d’appuis; que l’UEFA nouvellement créée n’en était pas un puisqu’elle ne souhaitait pas s’en occuper; qu’il fallait donc le soutien des clubs concernés et que Bernabeu en a été le chef de file.
Un tirage arrangé pour une visite diplomatique
Tout s’est joué lors de deux jours de discussions à l’hôtel Ambassador, à Paris, les 2 et 3 avril 1955. Conviés par L’Équipe, les 16 clubs représentés s’étaient accordés ce jour-là pour donner naissance au bébé que l’UEFA allait, finalement, s’empresser de couver. Co-instigateur du projet, Jacques Ferran, alors jeune plume du quotidien, écrira plus tard: «Le président du Real Madrid, Santiago Bernabeu, accompagné par son jeune et trépidant trésorier, Raimundo Saporta, fut pour beaucoup dans le succès de ces réunions. Son français parfois précaire était largement suffisant pour que tout le monde comprît qu’il fallait aller de l’avant. Sa bonhomie et sa politesse cachaient une autorité extrêmement précieuse. Sa personnalité et le poids de son grand club, qu’il jetait dans la balance, furent des atouts absolument décisifs dans le succès de l’entreprise.» (*)
Bernabeu est nommé vice-président de la commission d’organisation de la compétition. Mise devant le fait accompli, l’UEFA accepte de s’en occuper. La Coupe des clubs champions européens peut débuter. Mais va-t-elle avoir raison du « rideau de fer» qui sépare alors le continent en deux? Il n’empêche pas la tenue d’un premier match qui oppose le Sporting Portugal au Partizan Belgrade. Au tour suivant, ce même Partizan doit affronter le Real.
Nous sommes en 1955. Cinq ans plus tard, le général Franco refusera que l’équipe d’Espagne se rende en URSS pour les quarts de finale de la première édition de la Coupe d’Europe des nations – l’obligeant à déclarer forfait. Mais pour l’heure, Franco n’a pas voix au chapitre. Espagne et Tchécoslovaquie n’entretiennent aucune relation diplomatique, mais Bernabeu accueillera le Partizan avec les honneurs. Royaliste, le président du Real avait demandé à ce que, pour son entrée en lice, son équipe affronte le Servette Genève. Ce déplacement lui permettait de passer voir le futur roi Juan Carlos Ier, en exil en Suisse, à qui Bernabeu avait l’habitude de rendre visite. Cela a d’ailleurs été la seule fois de l’histoire des coupes d’Europe où un tour a été arrangé – pour ne pas que les têtes d’affiche s’affrontent d’emblée dans la toute jeune compétition.
Si la polémique n’a plus cours en Espagne, ou seulement en Catalogne, l’idée selon laquelle la première dynastie européenne du Real n’aurait pas le même poids que ses autres titres a circulé il y a une dizaine d’années, entretenue par plusieurs auteurs barcelonais pointant des arrangements qui auraient permis pareille domination. Parmi les arguments figuraient certains faits de jeu heureux, comme ce penalty accordé lors de la finale 1957, face à la Fiorentina (2-0), qui a permis aux Espagnols d’ouvrir le score, alors qu’un arbitre assistant avait levé son drapeau pour un hors-jeu. Ou cet autre penalty généreux accordé au Real lors de la finale 1960 et conspué par le public écossais de Hampden Park. La réalité est que les erreurs de jugement faisaient partie du jeu, et que Bernabeu avait construit une équipe merveilleuse.
Deux Ligas, seulement, au coeur du règne européen
Pendant cette période, le Real n’écrase pourtant pas le football espagnol. Alors qu’il gagne les cinq premières Coupes d’Europe, il ne remporte que deux Ligas (1957 et 1958) et aucune Coupe d’Espagne. Certains succès européens sont laborieux: face au Partizan en 1956 (4-0, 0-3); contre le Rapid Vienne en 1957, quand il a besoin d’un match d’appui (4-2, 1-3, 2-0); ou lors de la finale de 1958, face à l’AC Milan, qui se décide en prolongation (3-2). Mais rien ne lui résiste et il déjoue les pronostics lors de la finale de 1960, aux dépens de l’Eintracht Francfort (7-3).
Des noms sont restés dans la légende: Alfredo Di Stefano bien sûr, déniché alors que l’attaquant argentin se produisait en Europe avec son club colombien des Millonarios ; son compatriote Hector Rial, qui sera également naturalisé espagnol; Raymond Kopa, le premier Ballon d’Or français, qui perd la finale 1956 avec Reims (3-4) face à un club qui vient de le recruter; Paco Gento, seul rescapé de la bande quand le Real soulèvera sa 6e coupe d’Europe en 1966 ; et Ferenc Puskas, l’un des paris de Bernabeu.
Le génial hongrois avait déjà mené sa sélection vers les sommets (titre olympique de 1952, première défaite des Anglais à Wembley en novembre 1953, finale de la Coupe du monde 1954) quand les chars soviétiques entrés à Budapest, à l’automne 1956, le convainquent de s’exiler. En 1958, Bernabeu mise sur le gaucher qu’on pense vieillissant (31 ans). Inactif depuis deux ans, Puskas a pris 20 kg. Il restera huit ans chez les Merengues, avec qui il marquera 242 fois. Son record de buts lors d’une même finale de C1, avec son quadruplé lors de celle de 1960, tient toujours. Comme celui des cinq titres de rang du Real.
(*) 50 ans de Coupe d’Europe, L’Équipe, 2005.
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Benfica et Inter, les héritiers
25 May 2026 - L'Équipe
A. M. L.
Dans ses premières années, la Coupe des clubs champions européens est latine, et ce n’est pas seulement le fait du Real Madrid. Après cinq premières éditions gagnées par le Real, le palmarès voit le Benfica remporter celles de 1961 et 1962, et les deux clubs de Milan les trois suivantes. Les deux titres de l’Inter (1964, 1965) portent le sceau d’un entraîneur : Helenio Herrera. Né en Argentine et naturalisé français quand il émigre au Maroc pendant sa jeunesse, le technicien porte à son firmament un style, le « catenaccio ».
Son Inter procède en contres, avec une prise de risques minimale. En témoigne la finale de 1965 remportée 1-0 face à Benfica. À une époque où les remplacements ne sont pas autorisés, les Portugais sont réduits à dix à la 58e minute à cause d’une blessure de leur gardien Costa Pereira. Cela ne suffit pas pour inciter à sortir des Milanais savamment regroupés pour défendre leur but d’avance. Après Herrera, il faudra cinquante et un ans, et une nouvelle période dorée du Real Madrid, pour revoir un entraîneur français soulever la C1 : Zinédine Zidane.

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