Petites galères, frustration et apprentissage
Paul Seixas (en bleu à droite), a terminé 9e d’une deuxième étape
sous la chaleur de Barcelone et de la côte du château de Montjuic.
Neuvième de l’étape, hier, Paul Seixas a perdu trois secondes sur les meilleurs mais gagné quatre places au général au bout d’une journée où il a vécu beaucoup d’émotions et de péripéties.
"Je n’ai pas trop paniqué, mais j’ai failli prendre
une voiture qui n’a pas regardé dans son rétro"
- PAUL SEIXAS
"Il y a eu un petit problème d’oreillette.
J’essayais de leur dire qu’il m’en manquait un petit peu pour attaquer,
mais le directeur sportif ne comprenait pas. Il croyait que j’étais à 100 %"
- PAUL SEIXAS
6 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
BARCELONE (ESPAGNE) – Chaque journée du Tour de France aura sur lui le même effet que l’eau sur les fleurs. Paul Seixas grandit en même temps que les kilomètres défilent et que les étapes se cochent sur la feuille de route. La sienne est précise, donc le leader de Decathlon CMA CGM (19 ans) n’aime pas quand les ratures prennent un peu plus de place que prévu. C’était le cas ce dimanche entre Tarragone et Barcelone, pour sa première étape en ligne sur la Grande Boucle, après avoir lancé samedi le premier Tour de France de sa carrière par un contre-la-montre par équipes dans la cité catalane.
Vendredi, à la veille du départ, Julien Jurdie lui avait glissé un sentiment : « Tu vas voir que le Tour, c’est aussi très particulier au niveau du public ou de l’effervescence dans le convoi. Quand il y a un souci, tout est amplifié ou démesuré. Le Tour n’est pas un fleuve tranquille. » Le directeur sportif de Decathlon souriait, dimanche soir, à Barcelone : « Je crois qu’il en a vu un échantillon aujourd’hui. »
Neuvième de l’étape, en ne perdant que trois secondes sur Isaac Del Toro, Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel, et nouveau sixième du classement général, le Lyonnais a enchaîné les mésaventures et les petites galères à l’abord du final et de l’entrée sur le circuit de Barcelone. « Ça a commencé par une crevaison d’Olav Kooij qui était en train de remonter des bidons, rembobine Jurdie. Et sensiblement au même moment, Paul nous a appelés à la radio pour nous dire qu’il avait un problème mécanique. C’était une crevaison. La voiture numéro 2 a dû remonter pour le dépanner et, heureusement, il y a eu un changement de vélo entre-temps avec Aurélien Paret-Peintre. »
Après avoir retrouvé son vélo de rechange grâce à la deuxième voiture, Seixas s’est retrouvé en plein dans le trafic. « Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, poursuit l’intéressé, qui, de retour à son car, s’est empressé de passer un gilet de glace sur le dos pour entamer sa récupération. Je n’ai pas trop paniqué, mais j’ai failli prendre une voiture qui n’a pas regardé dans son rétro. J’ai vraiment eu très peur avec Aurélien, c’était très dangereux. Quand la route est aussi peu large, les voitures ne devraient pas se mettre à gauche, mais le conducteur nous a vus, donc tout va bien. » L’écart avec la queue du peloton s’est alors creusé et Seixas s’est appuyé sur Paret-Peintre puis Cees Bol pour retrouver une position à peu près confortable à l’entrée du circuit. « Quand on a deux crevaisons en un kilomètre, ça tend un peu les choses. On s’est fait une petite frayeur » , ne cache pas Jurdie.
Les oreillettes ont ensuite causé un autre tracas au jeune Français. À 3,9 kilomètres de la ligne, son coéquipier belge Tiesj Benoot s’est porté en tête pour durcir le tempo et faire sauter quelques récalcitrants. Mais le plan est parti d’une mauvaise interprétation… « Il y a eu un petit problème d’oreillette, confie Seixas. J’essayais de leur dire qu’il m’en manquait un petit peu pour attaquer, mais le directeur sportif ne comprenait pas. Il croyait que j’étais à 100 %, donc il a fait rouler Tiesj, alors que je ne comptais pas attaquer. Au final, j’avais de meilleures jambes que ce que je pensais, mais je préfère en garder pour plus tard. »
Devant son car, Paul Seixas se montrait frustré par le résultat, agacé d’avoir été un peu piégé par le Norvégien Tobias Johannessen (Uno-X Mobility) dans la descente, ce qui l’a empêché d’être bien positionné au début de la dernière rampe. « Je me suis fait un peu avoir dans le placement au début de la descente, confirmait-il. On a pris une cassure au pied de la dernière montée et je n’ai pas pu boucher l’écart. »
Ses parents, beaucoup plus optimistes, tentaient de lui arracher un sourire et de le faire relativiser, mais le garçon a la tête dure et une ambition qui ne permet ni les approximations ni les résultats moins bons que ceux de ses adversaires. Question de caractère, et ce n’est pas une si mauvaise nouvelle pour le futur. Il en a profité pour glisser à ses dirigeants que ce problème d’oreillettes - déjà relevé un peu plus tôt - devait être vite réglé. « On était loin par moments, il y a beaucoup d’effervescence, la communication n’était peut-être pas parfaite, consent Jurdie. C’était assez compliqué mais je pense qu’on s’en est bien sortis. »
Devant les micros, encore une fois agglutinés devant lui, Seixas gardait quand même son côté lucide pour appréhender le résultat final : « Honnêtement, c’est très bien au vu des circonstances. Trois secondes, ce n’est pas grand-chose et c’est un bon début de Tour. Le plus important est de n’avoir perdu que très peu de temps. » Dans son apprentissage accéléré de ce qu’est la Grande Boucle, Paul Seixas en a en revanche gagné beaucoup.
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Romain Grégoire a souffert, hier, à cause d’une crevaison,
mais s’en est finalement bien sorti. Il termine 7e de l’étape, avec les « gros ».
Les Français « dans le match »
Comme Paul Seixas (9e), Lenny Martinez (8e) et Romain Grégoire (7e), qui a fini sur le vélo de Lorenzo Germani après une crevaison, étaient satisfaits de leur top 10, hier à Barcelone.
"J’ai dû vraiment me faire la peau"
- ROMAIN GRÉGOIRE
6 Jul 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
BARCELONE (ESP) – Avec trois représentants dans le top 10, sans compter Alex Baudin à la 15e place, la France était la plus richement dotée dans le groupe de seize coureurs qui s’est joué la gagne, hier, aux abords du stade Olympique. Cela ne vaut pas une victoire, les Bleus en étaient même assez loin, mais difficile de faire la fine bouche quand on se sent à sa place, à l’image du premier de la bande, Romain Grégoire (7e). « C’est exactement ce à quoi je m’attendais, racontait le champion de France en finissant de suer sur son hometrainer. Dans une bataille avec les favoris, je ne peux pas jouer la victoire d’étape pour l’instant. Mais je suis dans le match. » C’était déjà le cas, l’an passé à Boulogne-sur- Mer(4e) et Rouen (5e). Cette fois, il a eu un « léger handicap » comme l’a rapporté son directeur sportif, Thierry Bricaud: « Il a fait les 30 derniers kilomètres sur un vélo qui n’était pas le sien. »
Car comme Seixas, mais un peu plus tardivement, Grégoire a été victime d’une crevaison à l’entame du premier tour du circuit. « Vraiment pas un bon moment pour crever », soufflait Bricaud. « Je lui ai vite donné mon vélo », racontait Lorenzo Germani, dont la monture « fait pratiquement la même taille » que celle de son leader et compagnon de chambre.
« On a changé vraiment rapidement, je suis reparti à la fin du groupe. Donc je n’ai pas perdu trop de forces dans la manoeuvre », estimait Grégoire, qui refusait de voir dans l’incident une quelconque excuse. « Ça n’a pas changé grandchose au final. Je ne pense pas que j’aurais fait un résultat différent avec mon propre vélo. C’était peut-être un petit peu moins “confort”. Mais Lorenzo a des cotes assez proches des miennes.
À la limite lors des deux premiers passages dans la côte du stade Olympique, le Bisontin s’attendait à « lâcher » dans le dernier, « au moment où Pogacar déclencherait, car je n’avais pas les moyens d’accélérer. Mais au final, il ne s’est rien passé, et tant mieux. Ça m’a permis de basculer avec eux, en dernière position, même si j’ai vraiment dû me faire la peau. J’étais un peu plus dans mafilière, ensuite, dans la dernière ligne droite. J’ai réussi à remonter quelques places, mais je n’étais pas capable de jouer avec les meilleurs. »
Parmi ceux qu’il a doublés, son ex-coéquipier Lenny Martinez (8e), qui s’avouait « content d’être bien pour une première vraie étape ». Depuis qu’il a rejoint Bahrain-Victorious, l’an dernier, il « développe beaucoup la filière explosive » avec son entraîneur, Alec Segaert.
« Alors, pourquoi ne pas essayer d’avoir un résultat? » Neuvième au général, juste derrière Seixas (6e) et Grégoire (7e), Martinez est content que son « Tour démarre bien ». Mais il refusait de se projeter sur les Pyrénées : « On verra demain (aujourd’hui) au briefing ! » Grégoire, lui, lorgnait déjà ses prochaines opportunités de lever les bras, peut-être dès aujourd’hui. « Les jambes sont bonnes. Quand il y aura une échappée, ça peut le faire. »
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Vauquelin, toujours pas
Les pourcentages de la côte du Château de Montjuic pouvaient lui faire penser à ceux du mur de Huy, juge de paix de la Flèche Wallonne qu’il termina 2e à deux reprises, mais c’est de beaucoup plus loin que Kévin Vauquelin a observé la bataille des favoris, hier. Le Normand de Netcompany-Ineos a lâché quelques mètres dès la première ascension de la bosse finale, pointé une poignée de secondes derrière le peloton au sommet. S’il est revenu ensuite, ses espoirs se sont envolés au pied du deuxième passage, alors que le peloton mené par Brandon McNulty (UAE Emirates-XRG) comptait une trentaine d’éléments. Arrivé 51e (+6’52’’), Vauquelin, poissard samedi (crevaison), pointe à plus de huit minutes au général (45e). Il avait annoncé qu’il n’était pas là pour un bon classement et il n’a pas menti, alors que se profilent des étapes qui peuvent lui convenir, aujourd’hui et surtout demain, une journée cochée par tous les baroudeurs du peloton.
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