OYARZABAL L’anti- Ronaldo


La joie de Mikel Oyarzabal après son 
second but contre l’Autriche (3-0), le 2 juillet.

Plutôt modeste, attaché à un seul club et sans l’obsession de marquer, l’attaquant espagnol semble aux antipodes du Portugais, tout en affichant désormais une efficacité rare, avec 17 buts sur ses 17 dernières sélections.

"Je l’ai vu jouer sur le côté gauche, sur le côté droit, dans l’axe, 
en 10, même en 8 parfois quand on jouait en 4-3-3"
   - HAMA'RI'TRAORÉ, ANCIEN COÉQUIPIER 
     DE MIKEL OYARZABAL À LA REAL SOCIEDAD

"Il n’y a certainement aucun autre joueur 
dans le monde qui ait une telle influence"
   - LUIS DE LA FUENTE, SÉLECTIONNEUR DE L’ESPAGNE

6 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ROMAIN LAFONT

DALLAS (USA) – Il n’a pas d’ego volumineux, pas de charisme, il n’a jamais quitté son club formateur et ne vit pas du tout pour le but. Par bien des aspects, Mikel Oyarzabal est l’exact contraire de Cristiano Ronaldo. Et pourtant, l’attaquant de la Real Sociedad (29 ans) fait preuve en sélection d’une efficacité digne du CR7 de la grande époque. La presse espagnole s’amuse d’ailleurs depuis des mois à dire qu’il s’est déguisé en un autre Ronaldo, R9, et les montages affublant le Basque de la fameuse coiffure du Brésilien pendant le Mondial 2002 fleurissent sur les réseaux sociaux.

Contre le Cap-Vert, un résumé de son abnégation

Il faut dire que son ratio avec la Roja depuis un an et demi est abracadabrantesque, alors qu’il n’avait jusqu’à mai dernier jamais atteint la barre des quinze buts en une saison de Liga. Sur ses dix-sept dernières sélections, « Oyar » a marqué dix-sept fois et donné sept passes décisives. Kylian Mbappé lui-même ne fait pas aussi bien (15 buts, 7 passes). Comment expliquer une telle différence chez ce garçon, par ailleurs diplômé en gestion d’administration d’entreprise et qui avait commencé par le judo ? Pour Hamari Traoré, qui a passé deux saisons à ses côtés au Pays basque, c’est d’abord parce que ce n’est pas sa conception du jeu : « S’il se focalisait sur ça, il pourrait facilement marquer beaucoup plus. C’est un joueur vraiment basé sur le collectif, qui ne pense pas qu’à sa propre personne, fait beaucoup de passes décisives. Il n’est pas un (Filippo) Inzaghi. Il libère des espaces pour les ailiers, qui profitent beaucoup de ses décrochages, de comment il est, parce que c’est quelqu’un de très, très intelligent. »

Son début de match contre le Cap-Vert (0-0, le 15 juin) résume cette abnégation: il n’a pas touché le moindre ballon pendant la première demi-heure, sans doute une première dans l’histoire de la Coupe du monde, mais il a continué à faire ce qui lui était demandé sans broncher.

Ensuite, c’est une question de profil. « Neuf, ce n’est pas son poste, il a été formé sur un côté, rappelle le désormais latéral du Paris FC. Mais aujourd’hui, avec son intelligence et sa maturité, il arrive vraiment à très bien y jouer. Je l’ai vu jouer sur le côté gauche, sur le côté droit, dans l’axe, en 10, même en 8 parfois quand on jouait en 4-3-3. » Enfin, il y a le contexte, résumé là encore par Traoré: « À la Real, on ne gagne pas 5-0, 6-0. » Il est en effet plus facile d’avoir des tonnes d’occasions quand on est entourés de Lamine Yamal ou Pedri.

Mais si les gros clubs lui ont régulièrement fait les yeux doux au cours des années, et notamment le City de Pep Guardiola, Oyarzabal n’a « même pas écouté les offres » (Traoré) afin de rester au sein d’une institution dans laquelle il est arrivé à 14 ans et avec qui il a remporté deux Coupes du Roi (2020 et 2026). « Je suis où je veux être, dans ce que je considère ma maison, la Real » , disait-il encore la semaine passée. Un choix formidablement romantique mais qui le prive de la Ligue des champions (il n’y compte que sept matches, lors de la saison 2023-2024) et de la notoriété que son niveau devrait susciter. Revient à son sujet l’éternelle interrogation: est-il souscoté? « Je suis fatigué de cette question, répondait-il encore la semaine passée. Je n’y prête pas attention. Ce qui compte, c’est ce que me disent mes coéquipiers, le staff. »

Il y compte en la personne de Luis de la Fuente un soutien sans faille, dans ses choix sur le terrain autant que devant les médias. « Nous qui connaissons le foot l’estimons énormément. L’impact de Mikel sur l’équipe est énorme, affirmait en début de tournoi le sélectionneur. Il n’y a certainement aucun autre joueur dans le monde qui ait une telle influence. Je défends Mikel, je l’ai toujours défendu, ses coéquipiers aussi. Et j’aimerais qu’en Espagne on défende Mikel, qui peut marquer l’histoire du football espagnol. »

Il y a quelques mois, De la Fuente lui voyait d’ailleurs un avenir tout tracé: « Quand on me demande quel joueur pourrait être un grand entraîneur dans le futur, je réponds Mikel Oyarzabal. Il comprend très bien le foot, il interprète très bien dans chaque appel ce qu’il doit faire, y compris dans les situations difficiles, de création. Il a une capacité innée pour jouer entre les lignes… » Et un but vainqueur en finale de l’Euro 2024 contre l’Angleterre (2-1 a.p.) comme carte de visite.

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