Un départ en fanfare avant un huis clos
Gonzalo FUENTES/REUTERS - Avec la bénédiction de son leader,
Tadej Pogacar (à gauche), le Mexicain Isaac Del Toro (UAE Team Emirates)
a remporté la 2e étape du Tour de France, dimanche, à Barcelone.
Vingegaard porte un maillot jaune que convoite Pogacar à l’heure du passage, ce lundi, dans une région frappée par les incendies.
6 Jul 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan Envoyé spécial à Barcelone
Dans sa longue histoire, le Tour a appris que l’inédit peut surgir. Ce lundi, en raison des incendies qui sévissent dans les Pyrénées-orientales, la 3e étape (Granollers-les Angles) se disputera sans public en France, en raison de la mobilisation des secours. Le Tour a souvent dû s’adapter. Avec des étapes écourtées (en 1996, la neige avait contraint les organisateurs à réduire l’étape de Sestrières, en 2016 le vent avait empêché le peloton de se hisser au sommet du mont Ventoux, en 2025 l’étape reliant Albertville à La Plagne avait été amputée pour éviter le franchissement du col des Saisies en raison de la découverte d’un foyer de dermatose nodulaire contagieuse (une maladie bovine), des départs retardés et même une étape stoppée net en 2019 par un orage de grêle et une coulée de boue dans la descente du col de l’Iseran.
La Grande Boucle va, dans un contexte tendu, préoccupant, vivre ce lundi un épisode sensible après un week-end d’ouverture palpitant. L’envol de la 113e édition a, dans les artères historiques de Barcelone, pris des allures de carte postale. Samedi, le contre-la-montre par équipes a offert au Danois Jonas Vingegaard un spectaculaire retour sur le devant de la scène. Pour faire, pour la première fois depuis Miguel Indurain en 1993 le lien entre le maillot rose d’un Tour d’italie victorieux et le jaune du Tour. 1 077 jours après, le Danois a retrouvé la tunique d’or et vu défiler sa carrière et une chute effroyable sur le Tour du Pays basque en avril 2024 (pneumothorax, clavicule et côtes cassées) : « Quand j’étais allongé par terre, je me voyais mourir. Ce n’était plus une question de cyclisme mais juste de survie. En retrouvant le maillot jaune, je sens que je peux désormais refermer ce chapitre», a, dans un sourire pâle, avoué le Danois Jonas Vingegaard qui, chaque fois qu’il a porté le célèbre maillot, a remporté le Tour (2022 et 2023) et coupé la domination de l’insatiable Pogacar. « Le soleil brise les pierres et laisse des traînées blanches de sueur sur le maillot noir du Danois avec un casque rouge et un pansement respiratoire rouge sur le nez, ce qui met la signature finale à l’oeuvre de son équipe Visma», a écrit Carlos Arribas dans El Pais après le succès du Danois dans une 1re étape spectaculaire.
Dimanche, en clôture de trois tours de manège étourdissants avec trois ascensions de la côte de Montjuïc cuite par un soleil aveuglant, Tadej Pogacar et son équipe UAE Team Emirates ont, de façon éclatante, étalé leur force, martelé leur ambition. L’équipe a roulé, contrôlé et propulsé, avec la bénédiction de Pogacar (qui a freiné), le Mexicain Isaac Del Toro vers une victoire d’étape symbolique. L’image restera. Elle a marqué les spectateurs, les téléspectateurs. Et le peloton. Le prometteur coureur (22 ans) qui découvre le Tour offre au Mexique un succès d’étape attendu depuis Raoul Alcala en 1990. Et s’annonce comme un soutien de poids pour le Slovène. Un appui à la loyauté scellée dans l’émotion d’un succès collectif qui brille comme une promesse. Pour demain, après-demain. Et plus loin. Car Del Toro a (déjà) tout d’un grand…
Avec humilité et ambition
Les favoris n’ont pas observé de round d’observation. Dans ce contexte extrêmement relevé, Paul Seixas a plongé dans le grand bain du Tour. Avec humilité et ambition. Le prodige lyonnais, visage de craie, regard déterminé, en a vite perçu la chaleur, la ferveur, la fureur et vu perler quelques sueurs froides avec une crevaison à 40 km de l’arrivée de la 2e étape, une course-poursuite effrénée et une frayeur en évitant de peu une voiture. Sixième du classement général, le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM sait que le feuilleton sera long. Chaque jour composera une épreuve, complétera l’apprentissage. Christian Laborde qui vient d’écrire La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté (Éditions Gallimard) est prêt à s’enflammer pour le jeune prodige français : « Quel prénom et quel nom ! Paul : un prénom de pape et de poète ! Aucun Paul n’ayant gagné le Tour, il sera Paul 1er. Son nom vient du Portugal, de chez Joaquim Agostinho. Que Paul ait la force de Joaquim et le Tour est joué ! Seixas : quelle sonorité, un son d’enfer pour nos gosiers enflammés qui encourageront Paul. Écoutez, écoutez, tendez l’oreille ! Seixasss : le son sec de la chaîne sautant sur les pignons. Seixasss : le sifflement des boyaux coupant la ligne lors d’un sprint. Seixasss : le sifflement du vent sur le dos de Paul quand Paul attaque. Et que croise-t-on au beau milieu de ce nom ? Un X. Qui donc, avant Seixas, avait un X dans son nom ? Merckx… »
Classement général après la 2e étape Tarragone-barcelone :
1. Vingegaard (DAN/TVL) 4 h 01 min48 ;
2. Pogacar (Slo/ UAE) à 6’’ ;
3. Evenepoel (BEL/RBH) 15’’ ;
4. Del Toro (MEX/UAE) 16’’; 5. Ayuso (ESP/LTK) 19’’ ; 6. Seixas (FRA/DCT) 42’’ ; 7. Grégoire (FRA/GFC) 44’’ ; 8. Lipowitz (ALL/RBH) 45’’; 9. Martinez (FRA/TBV) 53’’; 10. Pidcock (G-B/Q36) 1’00…
Ce lundi : 3e étape, Granollers-les Angles (195,9 km, départ à 12 h 20).
***
« Vive Figaro ! » Quand Figaro faisait danser le Tour…
6 Jul 2026 -Le Figaro
J.-J. E.
Tout est parti d’un souvenir. Un membre d’une association contacte Mathieu de Taillac, correspondant du Figaro en Espagne. Il cherche un vieux papier à propos d’une histoire vécue dans le village espagnol de… Figaro, en Catalogne. La 11e étape du Tour 1965 Ax-les-Thermes Barcelone compte sur le parcours, la commune de 600 habitants. Felice Gimondi porte un maillot jaune qu’il ne quittera plus. La suite, savoureuse, se retrouve dans les archives du journal. Sophie Guerrier a retrouvé l’article écrit par Pierre Macaigne, une grande plume du quotidien, dans sa rubrique quotidienne
« Trois hommes dans une voiture » : « Caramba ! Au kilomètre 183 éclate une ovation monstre, au moment où nous entrons dans un village espagnol, aux petites maisons roses et basses, tout parfumé par les seringas en fleurs… Ah ! quelle vision, mes amis ! Des gens qui se lèvent pour nous applaudir, pour nous lancer des fleurs et des baisers. D’autres qui dansent sur place. Ils rient comme des enfants. Figaro ! Figaro ! Figaro ! Bravo, Figaro ! Vive Figaro !…. On bombe le jabot dans la voiture, on se redresse le mollet glorieux. Pas de doute, c’est la gloire ! mais pourquoi ? Qu’avions-nous pu faire pour mériter un accueil pareil ? Au milieu du village, une banderole blanche, fleurie comme un arc de triomphe, barre la route d’un trottoir à l’autre. Je lis « Figaro salue le Tour de France ! » Figaro, c’était le nom du village. C’est bien simple ! On a failli nous porter en triomphe… » Le souvenir a résisté aux années. Ce lundi, la 3e étape de la Grande Boucle partira de Granollers. À 15 kilomètres de Figaro, qui a, un jour de 1965, dansé au passage du Tour de France…
Commenti
Posta un commento