Aux origines du Portugal Saint-Germain


De gauche à droite : Gonçalo Ramos, 
Joao Neves, Nuno Mendes et Vitinha.

Le PSG était le club le mieux représenté au sein de la Selecao au moment de la divulgation de la liste, avant le transfert de Goncalo Ramos a l'AC Milan. e champion d' Europe est, aussi, celui qui posséde les meilleurs exemples de la formation portugaise.

"En huit ans, nous avons lancé 43 joueurs 
en équipe première, à peu près 5,5 par saison"
   - PAULO GOMES, DIRECTEUR DE LA 
     FORMATION DU SPORTING PORTUGAL

6 Jul 2026 - L'Équipe
RÉGIS DUPONT

ALCOCHETE, SEIXAL ET FARO (POR) – Ce soir de mars à Seixal, alors qu’un match amical des U17 de Benfica va débuter, une silhouette blanche se détache au loin, enchaîne les gestes techniques et les frappes, seul avec son ballon. Il s’appelle Lourenço Ramos, a 14 ans et joue ailier. C’est aussi le petit frère de Gonçalo. Un gamin pétillant et malicieux. « On a des qualités différentes, je suis plus rapide, plus agile, nous expliquet-il. Meilleur ? Peut-être un jour. Mais je me souviens que, quand j’étais petit, mon frère ne jouait pas tant que ça. S’il en est là aujourd’hui, c’est parce qu’il n’a jamais abandonné. »

La famille Ramos est une excellente ambassadrice du made in Benfica, et Lourenço un porteparole de talent, à la fois très bon élève et passionné. « Ce que j’aime ici? Les terrains, aller jouer au football. » Avant d’intégrer le Benfica Campus de Seixal, il est passé, comme son aîné, par le Centro de formaçao e de treinos (CFT) de Faro, en Algarve. C’est ici qu’il s’entraînait lorsque Gonçalo Ramos s’est révélé au monde en 2022, d’un triplé contre la Suisse en huitièmes de finale de la Coupe du monde (6-1).

Une scène qui a marqué les témoins. « En fin d’entraînement, le père d’un de mes partenaires m’a dit : “Ramos, ton frère a déjà marqué un but.” Je n’y croyais pas. Quand l’entraînement s’est terminé, on m’a dit: “Il a encore marqué !” J’ai beaucoup pleuré. Avec mon père, on a regardé la fin au café, à côté. Il pleurait lui aussi, il était très ému. »

João Neves est aussi issu des antennes de Benfica dans le Sud. « Vous avez vu ? Tous les enfants ont le maillot dans le short, c’est l’héritage João Neves » , sourit Tiago Mendes, le responsable du CFT de Faro, en nous accueillant. Les tenues prévues pour l’entraînement et le match doivent être strictement portées et respectées. Si un enfant se trompe de couleur de chaussettes, il suivra la séance depuis les tribunes.

Cinq structures de ce type sont disséminées sur tout le territoire, selon un modèle reproduit depuis par le Sporting Portugal, le FC Porto et même le Sporting Braga. Cela permet un maillage plus serré. Ici s’organise un premier filtre. Tous les enfants ne sont pas destinés au haut niveau, loin de là. Les meilleurs participent régulièrement, le weekend, à des tournois avec le « vrai » Benfica, pas avec leur club, affilié à la Casa de Benfica locale.

Dans le préfabriqué qui sert de bureau à l’encadrement à Faro, les photos des enfants passés ici qui ont signé pro à Benfica. Gonçalo Ramos (2001) et João Neves (2005) bien sûr, mais aussi Joao Veloso (2005), lancé pendant la saison 2024-2025. Un dernier cadre noir attend le prochain élu.

Cette place libre sur le mur, le Sporting Portugal l’exploite également. Sur un registre différent. Le club a produit dix des champions d’Europe 2016 (Rui Patricio, Cedric Soares, José Fonte, João Moutinho, William Carvalho, João Mario, Adrien Silva, Ricardo Quaresma, Nani et Cristiano Ronaldo). Huit étaient titulaires au Stade de France en finale contre les Bleus (1-0 a.p.). Les deux autres (Moutinho et Quaresma) sont entrés en jeu, avec Eder. Une fresque affirme que « les meilleurs du monde naissent ici » et laisse un troisième porteur du Ballon d’Or France Football (après Figo et CR7) sans visage : « Le prochain c’est toi! »

Quand le Benfica Campus convoque au détour du moindre couloir la « mystique » du champion d’Europe 1961 et 1962, l’académie Cristiano Ronaldo expose avant tout le meilleur du cru. CR7 est partout. Notamment sur le terrain couvert, transformé en sorte de parcours de renforcement athlétique et psychomoteur. Et jusque sur une feuille A3 de la salle de musculation qui le montre torse nu et relativement frêle au tournoi de Toulon, puis très musclé, époque Manchester United. Avec cette question: « Tu préfères lequel de ces athlètes pour jouer avec toi ? » Et cette affirmation, bien en vue : « Si tu rates ta préparation, tu es préparé pour échouer. »

La formation a toujours été le coeur de métier du Sporting. Pour résister aux moyens financiers et humains de son voisin, il mise sur son identité et son historique: « Cette saison encore, il y a régulièrement cinq ou six joueurs de la formation dans l’équipe première, rappelle Paulo Gomes, le directeur de la formation. En huit ans, nous avons lancé 43 joueurs en équipe première, à peu près 5,5 par saison. Et nous parlons de joueurs qui ont continué dans des clubs du top niveau européen et qui ont rapporté des millions d’euros. » 417 en une décennie, selon une récente étude du Centre international d’étude du sport (CIES), qui place Benfica en tête de la « rentabilité » des clubs formateurs, avec 589 millions d’euros engrangés en transferts, et le Sporting en 5e position (derrière l’OL).

Là aussi, le mur qui recense les produits formés ici et évoluant au plus haut niveau est régulièrement actualisé. Nuno Mendes, lancé à 17 ans et 11 mois le 20 juin 2020, y apparaît entre Eduardo Quaresma et Tiago Tomas, apparus à 18 ans révolus. La coordinatrice pédagogique, Aida Ramos, garde un souvenir ému du latéral gauche, dont elle a été la « marraine » puisqu’il restait dormir à Alcochete et ne rentrait pas à Lisbonne le soir comme l’immense majorité des résidents de la capitale. « Nous pensions que c’était mieux qu’il soit ici avec nous pour qu’il puisse se développer, assure Paulo Gomes. Nous ne sommes pas différents pour la façon dont nous travaillons, nous sommes différents pour la façon dont nous regardons le joueur, et pour la façon dont nous prospectons. Nous recherchons des joueurs différents. » Longtemps, le Sporting a surtout produit des « extremos » , des ailiers. Figo et Ronaldo, bien sûr, mais aussi Nani ou Quaresma. Depuis il a élargi sa palette.

João Neves, la trajectoire la plus linéaire des quatre

Dans le lot des Parisiens qui brillent d’une lumière différente aux États-Unis, seul João Neves, dont le père était coordinateur technique de l’école de foot de Tavira, a été perçu du début à la fin comme un futur grand joueur. Il est arrivé à Seixal comme il est aujourd’hui : petit mais charpenté.

Nuno Mendes, entre blessure et développement musculaire, a percé d’un coup à la fin de l’adolescence. Vitinha, remplaçant en finale de la Youth League 2019, s’est épanoui à l’âge adulte. Enfin, Gonçalo Ramos s’est révélé après avoir pris 15 centimètres en quelques mois. « Et même pour Joao, ce n’était pas si évident que ça, rappellent ses formateurs en Algarve. Mais à chaque fois qu’il s’est trouvé face à une opportunité, il l’a saisie par sa personnalité, sa capacité de travail. »

Au Benfica Campus, les formateurs ont côtoyé voire joué avec Bernardo Silva, conservé ici malgré son gabarit et sa relative lenteur. Le néo-Madrilène a émergé une fois adulte, à Monaco. Cela nourrit leur méthodologie, jusqu’à l’introduction de la danse dans l’enseignement. Vitinha, João Neves, mais aussi Gonçalo Ramos et Nuno Mendes, sont aussi des joueurs de lien, adaptables par habitude.

À Seixal, en dehors du Championnat classique, on dispute une « Benfica League », où chaque mi-temps peut être gagnée, où des temps sont institués durant lesquels l’entraîneur ne peut rien dire aux joueurs. Et une séance de tirs au but s’ajoute toujours au match, donnant un point de plus au vainqueur. Leur façon de n’avoir peur de rien.

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