Tim Merlier en pole position


ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP 
Le 16 juillet, le Tour s’est élancé du célèbre circuit de Formule 1.

Dans la 12e étape, entre le circuit automobile de Nevers Magny-cours et Chalon-sur-saône (179,1 km), victoire au sprint du Belge. La haute montagne arrive…

17 Jul 2026 - L'Humanité
JEAN-EMMANUEL DUCOIN
Sur la route du Tour, envoyé spécial. 

ACTE I, SCÈNE 1. 

Dans sa folie de juillet, le Tour possède les caprices inouïs de nous imposer des lieux qui ne se contentent pas d’accueillir la plus grande course cycliste du monde, mais en préservent déjà la mémoire vive. Magny-cours était de ceuxlà. Jeudi, dans le silence du matin comme dans le fracas d’un départ inédit, le circuit racontait bien plus que des chronos dans un virage. Vers Chalon-sur-saône (179,1 km), le Tour avait choisi d’écrire une nouvelle page en s’élançant du célèbre circuit, désormais déserté par la F1. Un passage de témoin entre les sports mécaniques et la Petite Reine, entre vitesse des moteurs et souffle des coureurs. Une étape de plaine, qui pouvait nous offrir ce que les entractes dispensent aux grands opéras, une courte respiration, mais le profil contenait 1 800 mètres de dénivelé positif, avec trois difficultés à franchir, dont la côte de Montagny-lès-buxy (2,6 km à 4,3 %) placée à 20 bornes du but. Cette mini-grimpette exclurait-elle du jeu des sprinteurs, sachant qu’il s’agissait de la dernière occasion de se mesurer sur une ligne droite plane, taillée pour un emballage académique récompensant l’homme le plus puissant ?

ACTE I, SCÈNE 2. 

Entre Nièvre et Saône-et-loire, la Grande Boucle fut fidèle à sa splendeur onomastique et réserva aux 174 rescapés une visitation à la Roland Barthes, lequel confirmait dans ses Mythologies que cette épreuve « pratique communément une énergétique des esprits » et qu’elle était « à la fois un mythe d’expression et un mythe de projection, réaliste et utopique tout en même temps ». Sous un ciel gris et quelques averses, mais une chaleur toujours étouffante, nos Forçats quittèrent la grille de départ et la baston s’engagea pour prendre la pole position. Il fallut patienter longtemps, et l’inévitable Baptiste Veistroffer s’envola pour un raid. Nous eûmes envie d’applaudir notre Breton… tout en redoutant l’inévitable échéancier. Heureusement, il fut rejoint par trois compagnons de cordée (Vercher, Caruso et Costiou). Nous nous reposâmes la même question: à quoi bon attaquer? Nos Héros filent toujours plus vite, malgré le climat et les circonstances de course; quant au peloton, il redoute tellement d’être piégé par des échappées qu’il verrouille tout, GPS et oreillettes en action. « Il y a les étapes pour Pogacar (déjà trois victoires), celles pour les sprinteurs (déjà quatre), et il reste moins de place pour les baroudeurs », analysait Steve Cummings, directeur sportif de Jayco-alula, qui avait battu, dans une escapade mythique du Tour 2015, Thibaut Pinot et Romain Bardet.

ACTE II, SCÈNE 1. 

Comme la veille, mais à une allure plus modérée, jamais nos éclaireurs ne possédèrent plus de deux minutes d’avance, maintenus par un fil prêt à se rétracter. Les choses devaient filer droit, dans un scénario préécrit. Pour autant, Veistroffer et Costiou résistèrent un temps, avant que le premier méritant ne se retrouve encore seul, ultime dépositaire du courage. En vain. Et puisque, selon l’adage, «il n’y a pas de petite étape sur le Tour », plusieurs escarmouches, toutes avortées, mirent la pagaille dans un peloton au supplice. Ce final décousu, où même le Géant Vert Pedersen tenta l’aventure en solo (sic), accoucha d’un sprint massif désorganisé par une chute collective, duquel sortit vainqueur le Belge Tim Merlier (Soudal), son troisième triomphe de prestige.

ACTE II, SCÈNE 2. 

La France alanguie de juillet nous rappela que le futur arrivait vite, comme un heureux événement à partager et à regarder d’un peu de haut. Les trois jours qui viennent s’annoncent aussi réjouissants qu’effrayants, du Jura aux Vosges, jusqu’en Haute-savoie. Une orgie de cimes propice aux coups de théâtre… ou à l’atomisation définitive. L’ogre Pogacar poursuivra-t-il son matraquage en règle, qui enclenche quelques huées sur le parcours ou sur les podiums officiels, ce qui n’était pas fréquent à l’endroit du Slovène, bien moins que du temps des Sky, où aux sifflets s’ajoutaient des crachats et des jets d’urine. Le limage mental et physique a dorénavant quelque chose d’insupportable pour une bonne part du Peuple du Tour. Le chronicoeur s’interrogeait surtout sur la bataille du podium : dans la haute montagne qui se profile, Seixas titillera-t-il les Vingegaard, Evenepoel et autres Ayuso, Lipowitz et Del Toro ? Notre P’tit Paul rassure, et se montre toujours aussi impeccable à mesure que les étapes où on l’attend s’enchaînent. Il tient la marée, et au Lioran, en plein durcissement, il a même pris le troisième accessit, son premier podium dans le Tour, chipant la cinquième place au général. À 19 ans, avouons que sa « montée » en puissance, lente mais visible, nous fascine. Comme s’il se débarrassait une à une de ses couches de jeunesse, visiblement prêt à livrer le combat de rue pour les places d’honneur.

ÉPILOGUE. 

Puisque notre amour allait aux fiévreux et aux courageux Icariens, on pardonnera donc au chronicoeur un moment de projection en forme de mise sous tension. Lisez bien. Ce vendredi, direction Belfort, avec le Ballon d’alsace (1re cat.) planté à 30 kilomètres de l’arrivée. Samedi, cap vers Le Markstein, avec le Grand Ballon (1re cat.), de nouveau le Ballon d’alsace, puis le col du Haag (1re cat.). Dimanche, en route vers le terrifiant sommet du plateau de Solaison (11,3 km à 9 %, H. C.), après le col de la Croisette (1re cat.). Place aux ascensionnistes. Car le Tour n’est pas seulement une compétition, mais il demeure avant tout une conversation avec le pays en élévation, qui révèle l’âme des cyclistes. Ces derniers écrivent des palmarès, une Histoire, et une mémoire vive.


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