Tombé dedans quand il était petit
Échappé pour la troisième fois depuis le départ du Tour, Baptiste Veistroffer, que son entraîneur compare à Obélix, suit un programme d’entraînement classique, agrémenté de sorties en gravel et en bikepacking.
17 Jul 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
CHALON-SUR-SAÔNE (SAÔNE-ET-LOIRE) – La résistance de Baptiste Veistroffer, sa force de brute et son surnom – « le Sanglier de Fouesnant » –, tout s’éclaire enfin et on doit l’explication à Kobe Vermeire, l’entraîneur du coureur. « Pour moi, c’est Obélix car il semble avoir une énergie et une force inépuisables. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut mesurer en laboratoire. Bien sûr, nous faisons des tests, mais ce qui le distingue vraiment, c’est sa capacité à récupérer, jour après jour, après les entraînements. »
Au fil des étapes également puisque, après ses virées vers Pau (144 km) et Bordeaux (157 km), le coureur d’IntermarchéLotto a remis une cartouche, hier, dans un raid désespéré (123 km) d’abord seul puis avec Ewen Costiou, Damiano Caruso et Mattéo Vercher avant que ses compagnons, résignés, ne jettent le maillot et l’abandonnent à son sort, celui d’être rattrapé par le peloton à 33 kilomètres de Chalon-sur-Saône.
Les jours précédents, la formation belge lui avait demandé de rester un peu à l’herbage « mais il a essayé quand même, sourit Mario Aerts, son directeur sportif. Il n’a pas l’air fatigué, il est toujours actif, avant la course, après la course. Il ne sait pas rester allongé sur le lit ». Lors des séances qu’il partage avec Warren Barguil (Picnic-PostNL) et Axel Laurance (NetcompanyIneos) dans le Morbihan où il vit, il ne se ménage pas non plus et « il faut lui mettre un peu le frein à main » , plaisante à peine le premier. Mais entre le Dauphiné, où il en a un peu chié, et le Tour, il n’a pas trop bourriné, ce qui lui a permis d’arriver frais ici ».
Vermeire a pour mission de canaliser l’ancien triathlète avec lequel « il est très facile de travailler, plus qu’avec d’autres. La seule chose que je lui demande, c’est de se calmer (rires). Sinon, il fait trente-quatre ou trente-huit heures par semaine. Mais aujourd’hui, on a trouvé une balance entre vingt-cinq et vingt-huit heures, beaucoup en “low intensity” et parfois en VO2 max. » Sa semaine se décompose ainsi, poursuit son coach: « Trois entraînements d’environ quatre heures, soit environ 120 kilomètres. Ensuite, il fait une ou deux sorties de six heures, soit près de 200 kilomètres à chaque fois. On est sur un total de 800 kilomètres, dont 650 effectués à faible intensité. »
Rien de révolutionnaire pour un garçon qui, malgré les apparences, n’a pas forcément un « gros moteur » dans le sens où ses chiffres n’ont rien d’extraordinaire, confirme l’entraîneur. « Avec lui, c’est un peu particulier. Sa VO2 max est bonne comme chez la plupart des coureurs de classiques, il est autour de 65 à 67 ml/min/ kg. Au niveau des watts, cela dépend un peu du protocole utilisé, mais son FTP (sa puissance au seuil fonctionnel) se situe probablement entre 430 et 440 watts. Il pèse environ 71 ou 72 kg, ce qui représente environ 6 watts par kilo. »
Arrivé sur le tard dans le cyclisme professionnel (en 2023), ce diplômé en génie climatique de 26 ans bouffe donc du bitume avec un enthousiasme assez communicatif. « Il ne dit jamais non quand on demande qui veut aller dans les échappées, il aime la compétition. L’hiver, quand on dessine le calendrier, il dit “moi ! moi ! moi !” à chaque course qu’on propose (rires). Pour Liège-Bastogne-Liège, on lui a téléphoné au dernier moment. Il nous a répondu: “On ne dit pas non à un Monument. Mais je pourrais aller dans l’échappée?” On n’avait pas vraiment de leader, alors on lui a dit oui ». Il a terminé à la 79e place après 166 km à l’avant.
Des vacances qu’il passe aussi à vélo
L’équipe s’adapte ainsi plus à lui que l’inverse et son entraîneur n’y coupe pas, notamment en raison des vacances qu’il passe à vélo et dont Vermeire n’imagine pas le priver même si, la saison dernière, le coursier a passé seulement cinq ou six jours sans monter sur sa bécane. « En tant qu’entraîneur, ce n’est pas normal de ne jamais faire de vraie pause. Cela dit, nous avons mis en place un système de mini-pauses. Par exemple, après le Tour de France, il prendra quatre ou cinq jours de repos, puis il reprendra tranquillement. En bikepacking, il roule autour de 180 watts, donc c’est vraiment très facile pour lui. Mais il est intelligent avec ça. Il fait ses trente-quatre à trente-cinq heures par semaine, toujours à très faible intensité. »
Moins exotiques mais plus intenses, ses sorties du côté de Lorient où « il préfère toujours le plat aux bosses » (Barguil) suivent le programme de son coach « assez classique. Il roule à 80 % entre 260 et 270 watts et à cette puissance, il est totalement à l’aise. Avant le Tour, où il y a davantage de montagne, on a mis un peu plus l’accent sur le FTP et l’endurance et un peu moins sur le VO₂ qu’on garde pour les classiques ».
La recette fonctionne, le Breton a débuté sa saison le 20 janvier et il cumule déjà soixante-sept jours de courses pour 10 166 km, répartis sur des épreuves d’une semaine (Santos Tour Down Under, Tour d’Oman où il a remporté une étape, Tour UAE, Tour de Catalogne, Tour du Pays Basque, Tour du Hainan, le Tour Auvergne - Rhône-Alpes), sans oublier la Grande Boucle où l’irréductible Breton résiste encore et toujours à l’ennui.
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