WAERENSKJOLD Monstre et bon ami


Le doux sourire du colosse norvégien, Soren Waerenskjold 
hier sur le podium du vainqueur de l’étape. Une première pour lui.

16 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

Le Norvégien au gabarit de rugbyman, aussi puissant sur le vélo que doux et attentionné en dehors, a régné sur le sprint hier. Une discipline qu’il travaille depuis quelques mois à peine.

NEVERS – Trop ahuri pour exulter après sa victoire au Nieuwsblad l’an dernier, sa plus belle jusqu’ici, encore « pas très heureux, car c’est une grande surprise » hier, Soren Waerenskjold va pourtant devoir s’y habituer. Le Norvégien au nom à rallonge (prononcez « Seurène Varenchyold ») a remporté à Nevers sa première étape sur le Tour, l’un de ses deux rêves dans le cyclisme avec Paris-Roubaix. « C’est un monstre, je suis si content pour lui, il est si gentil » , pétillait Jonas Abrahamsen, son équipier chez Uno-X.

Waerenskjold est un paradoxe, fils d’un militaire parachutiste et d’une mère infirmière, ancienne handballeuse en Norvège.

« Un bon mix, un gars un peu distant mais très attentionné, résumait Stig Kristiansen, l’un de ses directeurs sportifs. Mais quand il met en marche, c’est un animal. »

Une bête de 1,95 m pour 92 kg, l’un des vainqueurs d’étape les plus lourds depuis longtemps sur le Tour, qui, hors vélo, avance d’un pas lent, vêtements larges et petite voix inattendue pour un tel colosse.

« Un gars mature, cool, chill mais très amusant » , résume Sander, ami d’enfance et pilier de son fan-club « Team Waerenskjold » qui mettait un gentil bazar devant le bus Uno-X à l’arrivée.

Un faux calme, monté sur le vélo en piquant celui de sa grande soeur mais d’abord adepte de kart et de football. Deux sports qui ne lui laissent pas que des souvenirs heureux. « Jeune, j’étais obsédé par la victoire, nous racontait-il l’automne dernier. Quand je n’étais pas le meilleur, je voulais le devenir. J’avais un frère de trois ans plus âgé et on était rivaux, pas vraiment les meilleurs amis. Au karting, il était toujours dans la catégorie au-dessus de moi, mais je voulais aller plus vite que lui. Au foot, quand mon équipe était menée, je quittais le terrain et je partais dans la forêt à côté, ma mère devait venir me chercher car je ne voulais pas revenir jouer. J’avais du mal à gérer ça. Ça peut sembler totalement immature quand vous êtes jeune, pas la bonne mentalité pour grandir, mais quand vous regardez, beaucoup de champions d’aujourd’hui ont eu le même problème. La haine de la défaite. »

L’adolescence tardive, « à 16 ans » , l’a fait passer de grand à immense. « Et là, j’ai compris que je pouvais être vraiment bon cycliste. » Pour « le Géant de Mandal », ville tout au sud du pays, un problème se pose quand même: la montagne, où il faut traîner sa carcasse. « Je m’y suis habitué en juniors » , assurait-il.

« Il monte très bien et ça l’a aidé aujourd’hui ( hier), au lendemain d’une étape difficile » , soulignait Abrahamsen. Adepte du VTT, du cyclo-cross et même d’un peu de piste l’hiver, Waerenskjold n’est pas pour autant un pur sprinteur. Il sait tout faire. Excellent rouleur, champion du monde Espoirs du contre-la-montre 2022 et vainqueur cinq foi s chez les pros dans l’exercice. Solide sur les classements généraux sur une semaine (Tour de Belgique 2024, d’Allemagne 2025, du Poitou-Charentes 2023 et 2024). Et brillant sur les classiques, où sa carcasse et sa puissance l’aident bien, comme lors de sa victoire au Nieuwsblad l’an dernier, à l’issue d’un long sprint.

Ses équipiers lui avaient promis un jet-ski en cas de victoire

Un effort que le Norvégien n’avait jamais travaillé jusqu’à cet hiver. « Quand je suis en très bonne condition, je peux monter assez bien, sprinter assez bien et rouler assez bien, expliquait-il cet automne. Mais je ne me suis jamais entraîné au sprint, à développer ma force. J’ai acheté un scooter pour m’entraîner avec mon père l’été dernier, mais j’ai déménagé en Andorre ensuite, donc je vais devoir en racheter un là-bas (sourire). Me consacrer à ça pourrait être une bonne option, car j’ai les fibres pour, et c’est le moyen le plus direct de gagner une étape sur le Tour. »

Il y est parvenu hier, cinq jours après sa 2e place à Bordeaux, après un nouveau sprint où il a commencé par se faufiler le long des barrières comme un chat avant d’écraser les pédales façon buffle. « C’est une belle bête, et c’est pour ça qu’il n’accélère pas d’un coup comme d’autres, décryptait son DS. Il doit arriver de l’arrière dans le bon timing, mais quand ça s’ouvre comme ici, c’est un excellent sprinteur. »

« J’ai déjà emmagasiné assez de confiance pour savoir que je peux remporter des sprints, mais il faut être réaliste, il y a encore deux ou trois gars plus rapides que moi dans le peloton, jugeait hier Waerenskjold, qui a dit s’inspirer de Mark Cavendish, roi du sprint quand il était jeune. Comme je le dis à l’équipe, je ne suis pas encore le favori pour gagner ce type d’étapes. Ça peut vous paraître négatif, mais c’est ma manière d’être. »

Un coureur humble, préférant rester chez Uno-X alors qu’UAE lui avait fait une offre il y a quelques années, pour des raisons éthiques – « Je sais que le peuple norvégien n’est pas tellement fan des Émirats arabes unis et des pays comme ça » -, habitué à rebondir après les échecs. L’an dernier, il avait quitté le Tour après dix étapes en raison d’une chute, frustré. Il avait plaisanté, glissant aux siens qu’il rentrait faire du jetski en Norvège, mais y avait surtout puisé « la motivation pour rebondir. Au Tour du Danemark, je n’étais pas encore bien, j’ai gagné une étape, mais ensuite au Tour d’Allemagne j’étais vraiment au top (2 étapes et le général). C’est lié à mon enfance. Je déteste toujours autant perdre mais j’ai plus de contrôle. Au lieu de ruminer deux semaines, j’y pense un ou deux jours seulement, puis je transforme ces mauvaises choses en bonnes. »

Mardi, l’homme aux 19 victoires est tombé dans la descente du puy Mary, au même virage que Tom Pidcock, « une demichute, j’ai ressenti quelques douleurs aux jambes et dans les doigts mais rien de grave » , rassurait-il hier. Il était même arrivé dernier de l’étape. Pour le rebooster, pour qu’il aille ferrailler dans le sprint prévu à Nevers, ses équipiers lui ont promis de lui offrir un jet-ski en cas de victoire d’étape.

« On verra si j’en achète un en rentrant », se marrait-il après sa victoire. Ou deux, pour faire la course avec son frère aîné qui, hier, n’était pas là pour aller plus vite.


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