L’air de se donner de l’air


Depuis quelque temps, la mode des écarteurs de narines semble revenue. Ces petites bandelettes posées sur l’arête du nez facilitent-elles vraiment la respiration ?

«Mentalement, les mecs se sentent moins gênés pour respirer. 
Et rien que cette sensation-là peut permettre d’améliorer les choses» 
   - THIBAULT LACHARD, MEMBRE DE MÉDICALE 
     DE L’ÉQUIPE GROUPAMA-FDJ UNITED

16 Jul 2026 - L'Équipe
LAURENT CAMPISTRON

NEVERS –Kévin Vauquelin, bandelette sur l’arête du nez, lors de la 2e étape, le 5 juillet dernier.

« À quoi servent les écarteurs de narines? Bah à écarter les narines (rires)! » Imparable. Et révélateur. Car l’amusante répartie du coureur français de NetcompanyIneos dit au moins deux choses : d’abord qu’il demeure un très bon client pour les amateurs de bons mots, et ensuite que la fonction, et surtout l’efficacité de ces bandelettes qui se portent à cheval sur l’arête du nez, au-dessus des narines, reste encore assez flou dans l’esprit de ses utilisateurs.

Vauquelin a quand même développé sa tirade: « En plein effort, si vous voulez faire un test en respirant d’un coup fort, vous verrez que vos narines peuvent se coller. Ces bandelettes nous permettent de l’éviter, et donc d’avoir un petit quelque chose, sur des heures et des heures de vélo, qui peut peut-être nous aider. »

Comme Vauquelin, Mattéo Vercher, coureur de TotalEnergies, fait aussi partie des adeptes de ce subterfuge nasal. « Je n’en porte pas tout le temps, mais ça m’arrive, confie-t-il. C’est plus pour pouvoir me moucher sans enlever les mains du guidon. Comme ça écarte les narines, ça permet de vider le flux nasal en soufflant. Car lâcher les mains du guidon, c’est un peu dangereux. Ça permet aussi de mieux respirer, de ventiler. Quand je suis enrhumé, j’en porte. »

Apparu dans les années 1990 dans des sports comme l’athlétisme et le football, cette mode des écarteurs de narines a très vite contaminé le cyclisme, avant de s’en détacher puis de s’en amouracher de nouveau depuis quelques années, notamment grâce aux effets d’annonce de certaines marques qui n’hésitent pas à clamer que ces bandelettes vont jusqu’à augmenter de 40 % le débit d’air vers les poumons par voie nasale.

Scientifiquement et médicalement, pourtant, rien n’est prouvé. Des études assez récentes ont même abouti à la conclusion que ces écarteurs ne servaient à rien dans le cadre d’un effort intense, puisque la respiration se fait alors à 90 %, voire à 100 % par la bouche.

« C’est vrai que leur apport est sûrement insignifiant, admet le docteur Thibault Lachard, membre de l’équipe médicale de Groupama-FDJ United, dont beaucoup de coureurs ont recours à cette aide supposée. Mais le moindre apport, même s’il ne fait gagner que quelques chronos watts, et même s’il n’a aucune influence sur la VO2 max, est toujours bon à prendre. Mentalement, les mecs se sentent moins gênés pour respirer. Et rien que cette sensation-là peut permettre d’améliorer les choses. Parce que dans un sport comme le cyclisme, c’est toujours celui qui aura l’impression de moins souffrir qui sera capable de remettre le coup de pédale ou de reins à moins de 10 km de l’arrivée. » Un confort psychologique? Vercher

acquiesce: « Pour certains, c’est un tic. Si le gars ne le met pas, il ne se sent pas bien. » Certains coureurs en usent donc par habitude ou par superstition, juste parce qu’ils ont un jour gagné une course avec cet attirail sur le nez. C’est notamment le cas de Fred Wright (Pinarello-Q36.5), pourtant pas dupe du pouvoir de ces bandelettes, comme il l’a récemment confié au magazine Cycling Weekly: « Pour être honnête, si je devais donner un conseil à un coureur amateur qui se lancerait dans le cyclisme aujourd’hui, je lui dirais qu’acheter un écarteur de narines est la dernière chose à faire. Car beaucoup de choses pourraient mieux l’aider auparavant. »

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