À toute berzingue
La célérité des échappés a contraint le peloton à courir aussi à toute
allure pour maintenir un écart raisonnable, tout au long de l’étape.
Avec une moyenne de 50,91 km/h, l’étape d’hier a été la plus rapide de l’histoire du Tour. Une journée à toute allure, portée notamment par quatre fuyards qui ont longtemps refusé de lever le pied.
«Entre la banderole des cinq et celle des deux derniers kilomètres,
on a roulé moins vite que tout le reste de la journée»
- TADEJ POGACAR
16 Jul 2026 - L'Équipe
ÉLOI THOUAULT
NEVERS – Après 140 kilomètres passés à l’avant, Mathis Le Berre (TotalEnergies) a à peine eu le temps de retrouver ses esprits que son équipier Nicolas Breuillard est venu lui taper dans le dos à l’arrivée. Le Breton, qui a animé l’échappée avec Nelson Oliveira (Movistar), Julian Alaphilippe (Tudor) et Anthon Charmig (Uno-X Mobility), est resté quelques secondes avachi sur sa potence avant d’entendre Breuillard lui lancer, avec le sourire: « Alors, tu t’es fait plaisir ? » Encore marqué par l’effort, Le Berre a soufflé: « Je ne sais pas si on peut dire plaisir. »
Difficile de lui donner complètement tort. Car l’étape entre Vichy et Nevers (161,3 km) n’avait rien d’une promenade. Avec une moyenne de 50,91 km/h, elle est devenue la plus rapide de l’histoire du Tour de France. Il fallait remonter à 1999 et une étape entre Laval et Blois (194,5 km à 50,36 km/h), remportée par Mario Cipollini, pour retrouver une telle folie chronométrique.
Le vent de dos, soufflant autour de 10 à 15 km/h, a évidemment aidé l’échappée à s’emballer. Mais il n’explique pas tout. Force est de constater que les quatre hommes de tête, puis trois après que Julian Alaphilippe a lâché dans la côte de Billy-Chevannes, étaient très forts. Car le peloton ne leur a jamais offert un véritable boulevard. Avec une avance maximale limitée à 1’50’’, les échappés ont dû maintenir un tempo infernal. « Les grandes routes larges n’ont pas été en notre faveur, mais on a roulé à fond une bonne partie de la journée car on n’a pas eu beaucoup d’écart, racontait Le Berre. Je ne suis pas trop surpris que ça soit l’étape la plus rapide, j’étais quasiment en 56-11 toute la journée. »
Au bout de cette journée partie à toute allure, Soren Waerenskjold (Uno-X Mobility), vainqueur à Nevers devant Olav Kooij (Decathlon CMA CGM), se disait presque « étonné » par la vitesse imprimée sur « une étape pas si dure et pas très longue » . Il y voyait notamment la conséquence d’une nouvelle habitude des équipes de sprinteurs, qui prennent désormais leur temps et préfèrent garder l’échappée à portée de main. « Je crois que cette volonté de ne leur laisser qu’une à deux minutes d’avance vient du fait que le cyclisme va de plus en plus vite » , a expliqué le le Norvégien à la fin de l’étape.
Même Tadej Pogačar, pourtant habitué aux allures supersoniques, a eu l’impression que « le rythme a immédiatement ralenti » quand le peloton a repris les fuyards à six kilomètres de l’arrivée. « C’était assez drôle : entre la banderole des cinq derniers et celle des deux derniers kilomètres, on a roulé moins vite que pendant tout le reste de la journée, notait le Maillot Jaune en conférence de presse. Ce n’était pourtant pas une étape particulièrement difficile, mais quand on s’est arrêtés pour une pause pipi, c’était complètement fou de revenir dans le peloton. »
Au fond, cette journée raconte peut-être surtout que le vélo a changé de monde. Avec un matériel toujours plus performant, des coureurs mieux préparés, mieux alimentés et ravitaillés, Thierry Gouvenou, le directeur de la course, se demandait même comment « ce record n’avait pas été battu plus tôt » .
Si l’étape d’aujourd’hui entre le circuit Nevers-Magny-Cours et Chalon-sur-Saône, devrait être moins propice aux grandes vitesses, avec plus d’aménagements urbains, Gouvenou prévient: « les coureurs sont encore loin de la vitesse maximale qu’ils peuvent atteindre. »
***
16 Jul 2026 - L'Équipe
E. Th., à Nevers.
E. Th., à Nevers.
Déclassé de sa troisième place par le jury des commissaires pour un contact avec un coureur de Picnic-PostNL, le sprinteur belge d’Alpecin-Premier Tech a finalement retrouvé son classement après plusieurs rebondissements.
Il fallait avoir les yeux bien ouverts, hier soir, à Nevers, pour suivre le feuilleton Jasper Philipsen. Quelques minutes après la victoire du Norvégien Soren Waerenskjold, tout le monde ou presque se réjouissait chez Alpecin-Premier Tech de la troisième place du Belge, après un début de Tour difficile.
« C’est agréable à voir après les étapes et les sprints compliqués qu’il a connus, soulignait Christoph Roodhooft, le directeur sportif de la formation belge.
C’est clairement un gros progrès, et c’est important à ce moment-là. » Le vainqueur de Milan-San Remo 2024 s’était déjà réfugié dans le van, à côté du bus de l’équipe, pour récupérer avant de filer répondre aux médias, quand la nouvelle est tombée : déclassement pour sprint irrégulier. Les commissaires lui reprochaient visiblement un léger écart de trajectoire, avec un contact sur un coureur de Picnic PostNL.
Dépité, Philipsen remontait aussitôt dans le bus. Avant que Philip Roodhooft, le manager de l’équipe, ne vienne s’expliquer devant les journalistes. « Nous avons repéré une seule action où Jasper touche un coureur de Picnic–PostNL. Mais nous ne voyons pas vraiment ce qui lui est reproché » , plaidait-il.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf qu’une heure plus tard, nouveau rebondissement. Après l’appel déposé par Alpecin-Premier Tech, le jury revenait sur sa décision et rendait à Philipsen sa troisième place.
« Ça me fait plaisir, parce que c’est juste et que ça me permet de garder le maillot vert à portée de main » , expliquait le sprinteur belge, soulagé, dans un vocal transmis par son équipe. Avec désormais 255 points, il se rapproche effectivement de Biniam Girmay (272), 2e du classement du maillot vert, et de Mads Pedersen (317), qui caracole en tête.

Commenti
Posta un commento