Julian Alaphilippe CHAMPAGNE !
À Épernay, au pays d du vin i qui i pétille, Julian Alaphilippe a remporté
l’étape et endossé le maillot jaune. Une première pour un Français depuis neuf ans.
9 Jul 2019 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
ÉPERNAY ( MARNE) – Julian Alaphilippe est un juke-box sur pattes. Quand il s’ affaire sur son vélo, envoie les watts et se lance dans de folles cavalcades, c’est ambiance disco dans le peloton et tout le monde sur la route ou devant sa télé se met à sautiller ou a envie de se jeter dans un pogo. Quand il franchit la ligne en vainqueur, il chiale et nous donne envie de chialer avec lui, comme quand on écoute notre slow préféré, un peu honteux. Parce qu’au fil du temps, il est devenu un distributeur à tubes, qu’on se souvient de la Flèche Wallonne, de San Re mo, du Grand- Bornand, qu’on se souviendra d’Épernay. Aucune de ses grandes victoires n’est accueillie avec un « mouais » . À chaque fois, il nous râpe la couenne et nous colle la chair de poule.
Bien sûr, il enfile les succès de prestige, son palmarès est en train de devenir monstrueux, il est numéro 1 mondial, mais, surtout, il tape dans le mille parce qu’avec son naturel, il réduit la distance avec les autres, que même sa barbichette un poil désuète doit plaire aux grands- mères venues exhiber leurs permanentes sur les routes de juillet. Et qu’il ramène le cyclisme à des choses simples, ce qu’elles devraient toujours être, une attaque, une pièce jetée en l’air et on sortira le boulier à l’arrivée. Un confrère italien, qui en a vu d’autres, glissait hier: « Il a des couilles. » Il en fait profiter tout le monde ( façon de parler, pardon), c’est un carnaval permanent et il veut embarquer les spectateurs dans sa fête.
Hier, Julian Alaphilippe avait donc décidé de célébrer comme il se doit l’arrivée du Tour en France, en même temps que le centenaire du maillot jaune. Il succède à Tony Gallopin, dernier Français à l’avoir porté, en 2014, et efface donc un désert de cinq ans ( voir par ailleurs). Une disette en trompe- l’oeil car, sur les vingt dernières années, le cyclisme français n’a jamais été aussi costaud que depuis cette date. Et c’est sans doute paradoxalement pour cela qu’aucun Bleu ne s’est habillé d’or. Thibaut Pinot et Romain Bardet se battent désormais tous les jours pour le général, seul le jaune à Paris les intéresse, tous leurs équipiers sont tournés vers cet objectif, et le niveau général du peloton a tellement augmenté qu’il limite les amourettes d’un jour avec la tunique.
Hormis Liège-BastogneLiège,
il a remporté tous ses objectifs de l’année
Quant à Alaphilippe, après tout, il ne dispute que son troisième Tour à vingtsept ans. L’an passé, il avait manqué sa première semaine avant de se découvrir d’autres horizons. Cette année, il n’a pas raté son entame. D’ailleurs, il ne se loupe plus, et c’est ce qui est épatant, ce côté implacable. En 2019, il a remporté tous ses objectifs – les Strade Bianche, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, une étape du Dauphiné – et pour lui chercher une petite bête, il faudra rappeler qu’il a coincé dans le final de Liège, lumières éteintes en épilogue d’une première partie de saison éreintante.
Hier, tout le monde savait qu’il avait coché l’étape, qu’il se lancerait dans les pourcentages les plus raides de la côte de Mutigny,à 16 km de l’ arrivée ( 900 mètres à 12,2 %). Il avait une pancarte aussi grande que les écrans publicitaires de Times Square et, pourtant, quand il s’est levé sur les pédales, qu’il a tendu les muscles de ses cuisses, il fut rapidement seul dans son monde et sur les talons du solide Belge Tim Wellens, dernier rescapé de l’échappée, au milieu des chics vignobles de Champagne, où l’on est plus blanc de blanc que cubi de rosé.
Bernal reprend cinq secondes à Thomas
et rouvre la question du leadership chez Ineos
Sa rage et son instinct furent plus forts que Sagan, Matthews, Van Avermaet ou les purs grimpeurs, tous incapables de le suivre tellement il était injouable. Le Français se lança comme un gamin insouciant dans la descente, un exercice qu’il affectionne, et même les Ineos, lancés à sa poursuite, ne parvinrent à le ramener dans le rang. On se demanda pourquoi les Britanniques roulèrent à ce moment- là, si ce n’est parce qu’ils ne savent pas faire autrement ou pour placer leurs leaders aux avant- postes, mais ils ont tendance à jouer les assistantes sociales en faveur des équipes en détresse, cette fois- ci les JumboVisma, qui, après deux jours d’euphorie en Belgique, ont pris un retour de bâton. Le Maillot Jaune Mike Teunissen avait décroché dans la montée de Mutigny, et Wout Van Aert et Steven Kruijswijk avaient vu leur avance d’une vingtaine de secondes au classement général fondre rapidement, malgré le soutien des hommes de Brailsford.
Dans la bagarre, Egan Bernal a pris cinq secondes à Geraint Thomas sur la ligne, ce qui peut paraître anecdotique, mais, alors qu’il faudra un jour trancher la question du leadership, ce sont des points en faveur du Colombien. Thibaut Pinot a fini dans le même groupe que Bernal, et sa dixième place à Épernay confirme qu’il a du jus qui sort par tous les pores, quand Bardet n’a pas paru emprunté par son mauvais chrono de la veille, même s’il a aussi laissé cinq secondes.
Il sera de toute manière temps de remettre tout ça à plat jeudi à la Planche des Belles Filles. Là où Julian Alaphilippe, qui possède 25 secondes d’avance sur Kruijswijk et 40 sur Bernal, saura s’il se heurte à un mur ou s’il peut garder la tunique dorée plus que trois jours. On peut compter sur lui pour tenter d’inventer quelque chose. Avec lui, la boîte de nuit ne ferme jamais.
***
.webp)

Commenti
Posta un commento