GODON Le champion du peuple


Pas du tout prédestiné à faire carrière, le Lyonnais a mis du temps à révéler son potentiel. Personnage original au sein du peloton, il est désormais parmi les meilleurs sur les sprints en petit comité.

«En minimes à Vaulx-en-Velin, 
ils lui ont dit de s’entraîner tous les jours, 
de mettre les jambes en l’air pour récupérer. 
Mais non, Dorian, il allait à l’école ! J’ai freiné… »
   - VALÉRIE, LA MÈRE DE DORIAN GODON

«Il était un peu le grand dadais qui était là pour appuyer sur les pédales, 
un peu bébête car il a une force de cheval. 
Donc les gens avaient ces préjugés, sans le connaître»
   - NANS PETERS, EX-COÉQUIPIER DE DORIAN GODON

30 Jun 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

THURINS (RHÔNE) – Maillot bleu-blanc-rouge sur les épaules, les pieds dans l’eau, posé dans sa bouée flamant rose, Dorian Godon offre un beau tableau de qui il est. Un champion, en l’occurrence de France, en 2025, avant que Romain Grégoire lui succède dimanche dernier. Et un homme on ne peut plus normal, qui plonge dans la piscine, chez ses parents, après sa sortie d’entraînement partagée avec sa compagne, Margaux, sous la canicule lyonnaise. « J’ai l’impression que ma vie, parfois, c’est les vacances, rigole-t-il. On est souvent barré de la maison, et c’est peut-être le plus dur, mais franchement, je dois me lever le plus tard possible, dormir au maximum car c’est le truc numéro 1 pour récupérer, puis un peu d’activation, de gym, la sortie vélo, la petite sieste… » Une vie à laquelle il n’était pas prédestiné.aujourd’hui : Dorian GODON /demain : Lenny MARTINEZ / jeudi : Paul SEIXAS / vendredi : Valentin PARET-PEINTRE / samedi : Kevin VAUQUELIN / dimanche : Romain GRÉGOIRE

Il y a bien les débuts classiques, ce vélo, « son seul jouet, même avec les roulettes, il ne le lâchait jamais » , rembobine Bruno, son père. Coureur en Ufolep, il lui a appris à pédaler, « sur un parking à Arcueil, dans les HLM » , se souvient le fils, né en région parisienne avant l’arrivée de la famille à Lyon à ses 5ans. Où le rejeton, fils unique, va continuer presque par hasard, au Lyon Sprint Évolution. « On travaillait, explique sa mère, Valérie, et c’était la seule activité qui gardait les enfants deux heures et demie. Donc il passait ses mercredis au parc de la Tête d’Or. » Sur une piste que Paul Seixas fréquentera quelques années plus tard, Dorian enchaîne les jeux d’habileté et, plus grand, découvre « le côté aventure, liberté du cyclisme. Gamin, tu sortais de la ville voir autre chose, de nouvelles routes, de nouveaux paysages. »

Attiré par les grands espaces, il multiplie les activités. Randonnées dans l’Ouest lyonnais avec ses parents, course à pied pour accompagner sa mère, escalade, ski. Et donc du vélo, mais pas trop. « Jusqu’en juniors, je roulais deux, trois fois par semaine, pas comme maintenant où les mecs sont déjà pros. Je n’avais jamais le dernier vélo non plus, quand certains en avaient des meilleurs que les professionnels. » Alors, l’idée de faire une carrière n’est même pas née. « En région Rhône-Alpes, il y a beaucoup de vélos, explique sa mère. Je voyais des parents se transposer complètement sur leurs enfants. Dorian est fantastique, ton enfant l’est forcément, mais pour l’aider, il faut savoir prendre du recul. En minimes à Vaulx-en-Velin, ils lui ont dit de s’entraîner tous les jours, de mettre les jambes en l’air pour récupérer. Mais non, Dorian, il allait à l’école! J’ai freiné… »

Le Rhône est le terrain d’observation privilégié de Michel Gros. Alors agent majeur, aujourd’hui retraité, il voit forcément Godon. Ou plutôt, il le repère. « Il faisait des saisons extra-courtes, commençait en juin car il donnait priorité aux études, se souvient-il. En 2016, il est facilement champion Rhône-Alpes amateurs. Je préviens Pierre-Yves Chatelon (sélectionneur de l’équipe de France espoirs) pour qu’il l’appelle, car il n’était pas connu du fait qu’il court peu. Il le prend sur une Coupe du monde en Italie et il fait 2e tout de suite… Là, j’ai dit à ses parents qu’il avait un avenir dans le vélo, mais pour la maman, ça a été deux heures d’entretien ardu ( sourire). »

« Je ne connaissais pas le milieu. Michel Gros me disait qu’il allait gagner beaucoup de sous, mais bon, nous, on gagne correctement notre vie aussi, même si on n’est pas millionnaire », s’excuse Valérie, qui travaille dans les achats à l’international, quand Bruno est chef de projet informatique chez Orange. Leur fils fait sa première année de médecine à Lyon puis part pour Gérone, en Espagne, faire son école de kiné. Entretemps, le train du professionnalisme est passé: d’abord stagiaire chez Cofidis, celui qui avait peu gagné chez les jeunes, roulait par pur plaisir et sur des vélos moins bien que les autres, intègre le peloton professionnel, en 2017, à 20 ans.

Deux ans dans le Nord, puis direction AG2R, où le grand sprinteur (1,89 m) retrouve ses anciens adversaires du Chambéry CF, Aurélien Paret-Peintre et Benoît Cosnefroy. Et apprend le métier. « À ses débuts, il n’était pas forcément vu à sa juste valeur, relève Nans Peters, son ex-équipier en Savoie. Il était un peu le grand dadais qui était là pour appuyer sur les pédales, un peu bébête car il a une force de cheval. Donc les gens avaient ces préjugés, sans le connaître. Il en a peut-être un peu souffert. Mais il a su faire sa place, car il a été capable de gagner des courses et c’est un mec attachant, toujours en train de raconter des histoires. Il connaît beaucoup le territoire et, quand on roule, il peut dire: “J’étais à ce sommet, je connais, et il y a vue sur ça ou ça”, ou “là-bas, la spécialité culinaire, c’est ça”, ou “ici, il y a de l’artisanat”. Peut-être un peu en décalage mais ça apporte de la légèreté dans un groupe, ça détend tout le monde. Il fait l’unanimité. »

Le gamin « très introverti », dit-il luimême, l’ado « un peu hors norme, qui avait du mal à se faire adopter par les Lyonnais à l’entraînement car il était un peu sur son nuage, plus étudiant que cycliste » d’après son ancien agent, s’est affirmé. À Gérone, où il débarque sans connaître un mot d’espagnol, il apprend les langues locales (avec le catalan), notamment en roulant avec des amateurs du coin, rencontre Margaux, ancienne triathlète qui suit les mêmes études de kiné, obtient son diplôme fin 2024. « Tout cela m’a ouvert l’esprit », sourit-il. L’homme se développe, le cycliste aussi. Après des Coupes de France, Godon s’impose au niveau World Tour sur le Tour de Romandie, s’avance en sprinteur de référence pour les arrivées en petit comité. Jusqu’au titre de champion de France, l’an dernier, et le passage cet hiver chez Netcompany Ineos, l’une des plus grosses écuries du peloton.

Il y est un coureur majeur, vainqueur cinq fois cette année (toutes en World Tour dont deux fois devant Tadej Pogacar), et un animateur apprécié de tous. « Après le Dauphiné (en juin), l’équipe a loué un chalet, c’était familial, je leur ai fait découvrir la pétanque, les Anglais ne connaissaient pas, donc c’était chouette », se marre-t-il. Professionnel sur le vélo, tellement normal en dehors. Ce qui faisait dire à Nathan Haas, son ancien équipier chez Cofidis, qu’il était « un romantique, un champion du peuple ». « J’adore rigoler, trop, sûrement, répond Godon. J’ai de l’autodérision, je ne me suis jamais trop pris au sérieux mais je le suis quand même. Ça reste que du vélo. Je suis simple, accessible, chill, un mec qui kife son métier. Il n’y a rien de spécial même si on a tous une histoire plus ou moins différente à raconter. »

La suite de la sienne s’écrira à partir de samedi, sur le Tour, où il se verrait bien lever les bras. « J’ai roulé avec Nans ( Peters) il y a dix jours, il a encore des sollicitations vis-àvis de sa victoire d’étape sur le Tour ( en 2020), ces moments restent gravés et reconnus par le grand public. Même si je ne fais pas du vélo pour être reconnu. » Il ne risque pas d’être assailli vers Gérone, où le grand gabarit (1,89 m) à la moustache rousse passe davantage pour un Nordique qu’un cycliste professionnel, ou en Andorre, où il réside depuis le début de l’année et se balade avec la bicyclette de son papy pour aller au marché. « C’est plus agréable à vélo qu’en voiture, même si j’ai l’impression d’être un peu un bobo. » De retour à l’anonymat.

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Son objectif sur le Tour : « L’étape de Paris me correspond bien »

« Vu tout ce que l’équipe a investi et nos performances, je pense légitime de « ce dire qu’on est là pour ça », sera dans une échappée ou sur un sprint en petit groupe, selon les opportunités ». ciblé une journée en particulier, « même si je suis allé repérer l’étape de Voiron et celle de Paris (21e) est belle aussi, avec Montmartre, ce sont des efforts qui me correspondent bien même si je serai juste mort de la veille je pense (arrivée à l’Alpe-d’Huez sur la 20e étape) ».

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«Le général et au moins une victoire d’étape»

Decathlon CMA-CGM a livré sa sélection pour le Tour, expliquant jouer le classement général avec Paul Seixas, tout en visant au moins une victoire d’étape grâce à son sprinteur Olav Kooij, finalement retenu.

«J’espère pouvoir être acteur, progresser encore et aussi arriver à prendre du plaisir»
   - PAUL SEIXAS

30 Jun 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

Deux leaders valent-ils mieux qu’un ? Decathlon CMA-CGM a finalement adjoint le sprinteur néerlandais Olav Kooij à Paul Seixas afin de partager les responsabilités sur la Grande Boucle. Les deux coureurs disputeront le Tour de France (4-26 juillet) pour la première fois de leur carrière, à 24 et 19 ans, et se partageront un peu la pression.Paul Seixas va prendre le départ de son premier Tour de France.

L’idée était différente ces derniers mois, l’équipe devait être entièrement au service du vainqueur de la Flèche Wallonne et du Tour du Pays basque. Touché par un virus, Kooij avait manqué toute la première partie de saison, ne faisant son retour à la compétition qu’aux Boucles de la Mayenne fin mai avant d’enchaîner par le Tour de Belgique. Un peu « piégée », même si elle ne le dira jamais ainsi, par l’état de forme ascendant de Kooij et un niveau meilleur qu’attendu (deux puis une victoire d’étape), l’équipe s’est donc résolue à pousser les murs de sa sélection pour faire une place à Kooij (à la place du grimpeur Gregor Mühlberger) et par ricochet à son poisson-pilote Cees Bol (à la place du rouleur Stefan Bissegger). Quand ils avaient convaincu Kooij de les rejoindre, dès le printemps 2025, les dirigeants lui avaient d’ailleurs assuré une place sur le Tour pendant deux ans.

« Nous avons construit un groupe très complet et uni, composé de coureurs avec des profils capables de répondre à nos objectifs, a annoncé le manager général Dominique Serieys dans un communiqué. Paul Seixas découvrira la Grande Boucle au sein de ce collectif, avec l’ambition de réaliser le meilleur résultat possible dans une logique d’apprentissage. Olav Kooij disposera de plusieurs opportunités pour exprimer sa vitesse dans les arrivées au sprint. L’équipe visera le classement général et tentera de remporter au moins une victoire d’étape dès lors que l’opportunité se présentera. »

Comme prévu depuis plusieurs semaines, Seixas sera accompagné en montagne par Aurélien Paret-Peintre, Nicolas Prodhomme et Matthew Riccitello. Olav Kooij, Cees Bol et Daan Hoole seront les hommes du sprint, avec Tiesj Benoot, en atout tout-terrain, lui qui n’a couru qu’au Tour de Suisse, à la mi-juin. Plus offensif début mai lorsque sa participation au Tour avait été annoncée, Seixas, qui sera à Barcelone dès ce mardi, est plus prudent à quelques jours du Grand Départ : « Je ne me fixe pas d’objectif plus précis car je pars dans l’inconnu, dans la mesure où je n’ai jamais disputé une course aussi longue et exigeante. J’espère pouvoir être acteur, progresser encore et aussi arriver à prendre du plaisir. C’est la course dont je rêve et je mesure la chance que j’ai de pouvoir y participer, si tôt dans ma carrière. »

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