La naissance d’un collectif
Les coureurs de Decathlon-CMA CGM paradent sur les Champs-Élysées lors de la dernière étape
du Tour 2026 (de gauche à droite : Matthew Riccitello, Paul Seixas, Aurélien Paret-Peintre,
Nicolas Prodhomme, Tiesj Benoot, Daan Hoole, Cees Bol et Olav Kooij.
Autour de Paul Seixas, qui s’est classé 4e du Tour pour sa première participation, ses coéquipiers de Decathlon-CMA CGM ont haussé leur niveau et trouvé des automatismes qui n’étaient pas établis avant ce mois de juillet.
« Il (Seixas) a tiré tout le monde vers le haut pendant
trois semaines et même pendant toute la préparation »
- JULIEN JURDIE, UN DES DIRECTEURS
SPORTIFS DE L’ÉQUIPE
29 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
Paul Seixas s’est alors lancé dans une longue tirade, comptant sur ses doigts pour n’oublier personne et prenant le temps de détailler chacun des rôles de ses équipiers pendant le Tour de France. Puisqu’il ne répondait pas à la question initiale, c’est donc qu’il avait un message à faire passer, dès le début de l’entretien qu’il a accordé à L’Équipe le matin de l’arrivée aux Champs-Élysées.
« Olav et Cees » , « Daan, qui fait quasiment deux mètres et plus de 80 kg », « Nico et Aurélien », « Matthew », « et bien sûr Tiesj » … Le leader de Decathlon-CMA CGM a d’abord pensé à mettre la lumière sur Kooij, Bol, Hoole, Prodhomme, Paret-Peintre, Riccitello et Benoot pour raconter son ressenti et son niveau personnel. « On peut noter plusieurs choses, mais la première, c’est que l’équipe a été très solide. Chapeau à tous ces mecs » , salue celui qui a porté le maillot blanc une journée sur le Tour.
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance, les interrogations sur le collectif de la formation française étant légitimes début juillet après la sélection au dernier moment de deux sprinteurs (Kooij et Bol), avec la présence d’un élément n’ayant couru que cinq jours en 2026, au Tour de Suisse (Benoot), et une garde rapprochée loin de l’allure des lieutenants de Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard ou Remco Evenepoel. La sélection s’était modifiée dans l’incompréhension à la mi-juin, avec beaucoup de tâtonnements. Mais Seixas, malgré ce contexte, a su fédérer et pousser chacun à faire bien plus.
« Il a tiré tout le monde vers le haut pendant trois semaines et même pendant toute la préparation, convient Julien Jurdie, un de ses directeurs sportifs. Chacun a évolué au-dessus de son meilleur niveau. Un collectif s’est trouvé et s’est révélé. » La façon dont l’Américain Matthew Riccitello (24 ans), dans le dur les deux premières semaines, a finalement trouvé des ressources en troisième, a aussi conquis Seixas.
« Matthew est monté en puissance, confie-t-il. Au début, il s’est fait discret. Parfois ça a été très difficile pour lui et je l’ai senti vraiment désorienté. J’ai discuté avec lui parce que je sentais que ça n’allait pas. On a eu une bonne discussion. Ça l’a remis dedans, sur les bons rails, et dès le dimanche, à Solaison, il était là. Là où il fallait être, finalement. Quand on a discuté, je lui ai dit que je croyais en lui et que forcément, il y avait des hauts et des bas sur le Tour. L’objectif, c’est que moi, je n’en ai pas. Ces mecs-là, ils peuvent se permettre d’avoir un moment bas. J’ai dit à Matthew que le plus important, c’étaient les Alpes. Et c’est là qu’il a été présent. Il a fait le boulot qu’il fallait faire pour me maintenir en vie. »
À la manoeuvre dans la voiture, le patron des DS, Luke Rowe, futur directeur de la compétition à partir du 1er janvier 2027, a ménagé les troupes lors des dix premières étapes en faisant tourner ceux qui devaient rouler au côté de son leader et ceux qui pouvaient faire un peu de jus dans le gruppetto.
Alors que Seixas n’avait jamais couru avec Kooij, Bol ou Benoot, l’entente s’est construite peu à peu. La victoire du sprinteur néerlandais à Pau ou ses mots d’encouragements réguliers envers Seixas ont compté dans le collectif. Comme les problèmes de santé de Paret-Peintre, Hoole et Seixas ont contribué à rapprocher les hommes et les faire s’accrocher ensemble. « Ce qu’on a fait reste un très gros résultat, on a un gros collectif pour les années à venir, on peut en être fiers » , résume Nicolas Prodhomme, qui a affiché un niveau exceptionnel pendant trois semaines.
Au sommet du col d’Ornon, vendredi avant de filer vers l’Alpe d’Huez, Seixas pouvait compter sur Prodhomme et Paret-Peintre alors que le groupe Maillot Jaune ne contenait qu’une dizaine d’éléments. Dimanche, sur les Champs, à vingt kilomètres de la ligne, Kooij disposait, lui, du travail de six équipiers, puis quatre, dont Seixas, qui a tiré des grands bouts droits, à quatre kilomètres du but.
La saison prochaine, de nouveaux lieutenants devront trouver leur place dans ce collectif qui s’est révélé en seulement trois semaines. Les expérimentés Pavel Sivakov (UAE Emirates-XRG), Ben O’Connor (Jayco AlUla) et Laurens De Plus (Netcompany Ineos) ont déjà signé. Deux autres recrues, a priori, doivent encore arriver. Les bases, posées sur ce Tour, sont là.
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Seixas dans le top 5
Paul Seixas (19 ans) continue de gravir les échelons petit à petit. Sa quatrième place au général du Tour de France lui a rapporté 750 points, et lui permet donc de gagner trois places au classement individuel établi par l’Union cycliste internationale (UCI). Il intègre le top 5 mondial. Sa formation Decathlon-CMA CGM pointe, quant à elle, au quatrième rang du classement par équipes, loin derrière UAE Emirates-XRG (plus de 9 000 points), mais 3 000 points derrière Red BullBora-Hansgrohe et moins de 1 000 derrière Visma-Lease a bike. Dans le top 10 individuel, plusieurs mouvements sont à noter. Remco Evenepoel (Red Bull-Bora-Hansgrohe) devient le dauphin de Tadej Pogacar (UAE Emirates-XRG). Jonas Vingegaard (Visma-Lease a bike) et Isaac Del Toro (UAE Emirates-XRG) suivent ensuite. Derrière, les deux coureurs de Lidl-Trek Mattias Skjelmose (8e, + 13 places) et Mads Pedersen (9e, + 10 places) intègrent le top 10, juste devant Mathieu Van Der Poel, qui descend d’un rang.
Lenny Martinez (Bahrain-Victorious), qui a gagné 13 places, pointe désormais au onzième rang à la faveur de ses 620 points gagnés grâce à sa cinquième place au général sur le Tour.
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