« Zinédine Zidane a vaincu sa peur des mots »


JP PARIENTE/SIPA

Dans un essai consacré au champion du monde 1998, le sociologue Stéphane Beaud propose une analyse du parcours qui a construit l’homme et le sportif, nommé officiellement ce mardi sélectionneur de l’équipe de France.

29 Jul 2026 - L'Humanité
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS GUILLERMIN tetrouvez l’entretien dans son intégralité sur l’humanité.fr

Connu pour ses différents ouvrages sur la transformation des classes populaires, le sociologue Stéphane Beaud s’est intéressé au parcours de Zinédine Zidane. S’il n’a pas rencontré l’intéressé en raison de la difficulté à entrer en contact avec lui, il a croisé témoignages et biographies pour dessiner une « esquisse sociologique » de l’ancien numéro 10 et nouveau sélectionneur des Bleus. Dans ce livre, il bat notamment en brèche l’idée reçue selon laquelle le génie serait inné chez tous les grands footballeurs.

Au-delà de la cité de La Castellane, où il a grandi à Marseille, la figure du père a joué un rôle très important dans la construction de Zinédine Zidane…

Oui, le père (Smaïl) a noué avec Zinédine, le benjamin de ses cinq enfants, une relation très forte. Né en Kabylie, d’origine paysanne, son père a travaillé très jeune la terre avant de quitter son village en 1953, à 18 ans, pour venir en France. Il travaillera neuf ans sur des chantiers du BTP à Saint-denis avant de rejoindre Marseille, en 1962, où il deviendra magasinier puis veilleur de nuit.

Zinédine a complètement intégré ses principes éducatifs très stricts et classiques (travail, respect et humilité). L’intériorisation de ces valeurs l’a guidé tout au long de ses années d’apprentissage du football où il était entièrement tourné vers son rêve de devenir professionnel, quitte à délaisser les études, comme les sorties, pour progresser footballistiquement.

Guy Lacombe, l’un de ses entraîneurs au centre de formation de L’AS Cannes, dit de lui qu’il est un C’est-à-dire ?

« auditif ».

Selon les témoins de l’époque, Zidane n’est pas un « causeur », il est dans son coin, attentif, très à l’écoute des entraîneurs, avide alors de tous les conseils qu’on peut lui donner. Le centre de formation, il le vit comme la chance de sa vie pour réussir et honorer ses parents. Les vertus éducatives qu’ils lui ont transmises ont sans doute beaucoup joué en sa faveur. Selon ses entraîneurs, Gilles Rampillon et Guy Lacombe, les qualités footballistiques, l’habileté technique, il les avait déjà quand il arrive à 15 ans à Cannes. Ces deux coachs, anciens du FC Nantes, vont aussi jouer un rôle essentiel en s’efforçant de lui transmettre les valeurs du « jeu à la nantaise » et en lui apprenant à jouer en équipe.

L’histoire de Zidane, c’est un peu aussi un morceau de l’histoire de France de par son appartenance à la génération « beur » des années 1980-1990…

Il appartient en effet à cette génération sociale qui a été appelée «beur» dans les années 1980. Ce n’était pas à l’époque un terme péjoratif mais un terme revendiquant leur singularité sociohistorique. À partir de la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 (« marche des Beurs »), cette génération apparaît avec force dans l’espace public, sur la scène politique et culturelle, ils veulent être reconnus comme des citoyens à part entière. Même si Zidane a seulement 9 ans à l’époque, je fais l’hypothèse que ses frères aînés ont été aussi marqués par cette marche. Zidane, au niveau footballistique, incarne l’émergence de cette catégorie « beur » dans la société française.

Contrairement à la nouvelle génération de footballeurs, qui n’hésite plus à s’exprimer sur des sujets politiques, Zidane a toujours été très discret. Pourquoi ?

La première raison, c’est le respect du précepte paternel : « Toi, tu es un grand footballeur, tu es bon dans ton domaine, la politique, ce n’est pas ton rayon, laisse ça aux spécialistes. » Il rompra néanmoins le silence deux fois, en 2002 et en 2017, en incitant à ne pas voter pour Le Pen père puis Le Pen fille. La deuxième raison, c’est une question

de légitimité culturelle. Jusqu’à ses 30-35 ans, il apparaît embarrassé lorsqu’il doit prendre la parole. Il est timide, il a arrêté l’école en 5e avant de faire un CAP de métiers du sport qu’il n’a pas fini… L’école semble avoir été pour lui une forme de souffrance ; d’autant plus que ses parents y accordaient beaucoup d’importance.

Ce côté taiseux appartient au passé. Il est désormais à l’aise à l’oral, ce qui a renforcé son charisme…

J’ai appelé le chapitre 4 de mon livre « les Métamorphoses de Zidane ». Le taiseux, l’introverti qui ne répond pas aux journalistes de Sud-ouest pour son premier entretien aux Girondins de Bordeaux, appartient au passé. Trente ans plus tard, on est frappé d’entendre ses prises de parole : il est beaucoup plus disert, il a vaincu sa peur des mots. Entretemps, il a repris ses d’études et il est désormais titulaire d’un master en management, l’équivalent d’un bac+5. Et puis il est devenu l’entraîneur du Real Madrid, le plus grand club du monde, pendant trois ans. Quand on connaît la folie du foot en Espagne, la pression médiatique, avec des journalistes qui passent leur temps à « cuisiner » l’entraîneur, il a beaucoup appris et son cuir s’est tanné.

***

Zizou succède à DD et retrouve la maison bleue

Après l’ère Didier Deschamps qui aura duré quatorze années, l’ancien numéro 10 des Bleus et entraîneur du teal Madrid prend la tête de l’équipe de France. Il a fait part de sa « joie immense ».

29 Jul 2026 - L'Humanité
N. G.

Costard noir, cravate violette, tout sourire face à une salle comble au siège de la Fédération française de football (FFF), Zinédine Zidane a tenu sa première conférence de presse, mardi 28 juillet, en tant que sélectionneur de l’équipe de France. Aux côtés du président de la FFF, Philippe Diallo, le nouveau patron des Bleus, dont la nomination était devenue un secret de Polichinelle, a fait part de sa « joie immense » d’occuper ses nouvelles fonctions.

L’ancien meneur de jeu, champion du monde en 1998 avec les Bleus, succède ainsi à son ancien coéquipier Didier Deschamps, sélectionneur depuis 2012, dont le mandat s’est achevé par une quatrième place au Mondial 2026, après un titre (2018) et une finale (2022). « Zinédine Zidane sera le sélectionneur de l’équipe de France pour les quatre années qui viennent avec un contrat qui prendra effet le 1er août », a indiqué en préambule Philippe Diallo.

Les premiers mots de l’ancien numéro 10 des Bleus (108 sélections), âgé de 54 ans, ont été pour les sinistrés des incendies. « Je voudrais adresser en premier un message de soutien aux pompiers et à toutes les familles qui vivent des moments compliqués, ma première pensée va à eux », a-t-il souligné. Puis il s’est livré sur ce que le maillot bleu représente pour lui. «C’est une continuité, quelque part un rêve », a déclaré, ému, celui qui est entré dans la légende du sport français, un soir de 12 juillet 1998, par la grâce d’un doublé en finale de Coupe du monde contre le Brésil (3-0). « J’ai eu des propositions pendant ces quatre, cinq ans pour reprendre un club et je les ai toutes refusées pour l’équipe de France. C’était la seule chose que je voulais faire, entraîner cette équipe de France », a ajouté « Zizou », qui était sans poste depuis son départ du Real Madrid en 2021.

Le technicien, qui n’a entraîné dans sa carrière que le Real Madrid (de 2016 à 2018, avec trois victoires consécutives inédites en Ligue des champions, puis de 2019 à 2021), a tenu ensuite à rendre hommage à son prédécesseur. « Je salue “DD” pour tout son travail. C’est l’occasion pour moi de (lui) dire bravo. Quelque chose de nouveau va s’ouvrir, mais toujours pour voir la même chose, c’est-àdire gagner. » Il récupère une équipe qui a fière allure, avec un impressionnant trio offensif composé de Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Michael Olise, mais qui a été meurtrie par l’échec au Mondial en demi-finale contre l’espagne (2-0), puis par un nouveau revers (6-4) face à l’angleterre, lors du match pour la troisième place, après avoir été menée 4-0 à la pause.

Concernant l’identité de jeu de l’équipe de France, il a donné quelques indices. « Le style, vous allez le voir bientôt, a-t-il indiqué. Je suis animé par le jeu. J’ai été un numéro 10, ce qui m’anime est d’aller marquer des buts. J’ai vécu vingt-cinq ans en Espagne, vous savez ce que ça veut dire. Sur le terrain, j’étais un leader de terrain. Aujourd’hui je deviens un leader par mon expérience.» Et d’ajouter : « On n’a pas échangé avec Kylian, le plus important pour lui est de se reposer. On aura l’occasion de parler de tout ça avec lui et tous les joueurs bientôt au mois de septembre. » Dans les heures qui ont suivi, le capitaine des Bleus, Kylian Mbappé, meilleur buteur de la Coupe du monde avec 10 buts, a ensuite adressé au nouveau sélectionneur un «Bienvenue chez toi» via son compte Instagram.

PREMIER MATCH EN TURQUIE, LE 25 SEPTEMBRE

À la rentrée, « ZZ » tiendra une nouvelle conférence de presse pour présenter son staff. « Il est déjà en place, c’est quasiment celui que j’ai eu toutes ces années au Real Madrid », a précisé l’intéressé. Selon l’équipe, il devrait être accompagné notamment de David Bettoni, son adjoint au Real, et de deux anciens de 1998, l’ex-gardien Fabien Barthez pour l’entraînement spécifique à ce poste, et Bernard Diomède, qui entraîne les sélections de jeunes de l’équipe de France depuis plusieurs années. Le premier rassemblement du mandat de Zidane débutera ensuite pour préparer un match de la Ligue des nations, en Turquie, le 25 septembre.

Enfin, le nouveau sélectionneur, dont les parents sont originaires de Kabylie (lire l’entretien), a été interrogé sur le sort du journaliste Christophe Gleizes, incarcéré depuis juin 2025 en Algérie. Collaborateur du magazine So Foot, ce dernier a été arrêté en mai 2024 dans le cadre d’un reportage sur le club de football de la Jeunesse sportive de Kabylie, puis condamné pour « apologie du terrorisme » à sept ans de prison. «Je soutiens, comme la FFF, monsieur Gleizes et sa famille, a déclaré Zizou. (…) Je suis parent et je veux juste qu’il rentre chez lui pour voir sa famille. »

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