Direction la Vuelta
Tadej Pogačar profite de sa victoire avec son équipe,
après l’arrivée de la dernière étape du Tour sur les Champs-Élysées dimanche soir.
POGACAR VISE LA VUELTA
Vainqueur de son cinquième Tour dimanche, Tadej Pogačar privilégiera sans doute le Tour d’Espagne pour la suite de sa saison. Un enchaînement qu’il devrait pouvoir encaisser, notamment grâce à sa stratégie dans la Grande Boucle.
«Quand tu veux enchaîner Tour de France et Vuelta,
tu n’as pas besoin de trop t’entraîner»
- FRÉ'DÉR'IC GRAPPE, DIRECTEUR DE LA PERFORMANCE
ET DE L’INNOVATION DE GROUPAMA-FDJ UNITED
28 Jul 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS (avec YOHANN HAUTBOIS)
Le cinquième sacre dans le Tour de France n’avait pas encore été rincé d’une gorgée de champagne ou de mousse dimanche soir que Tadej Pogacar fut déjà interrogé sur la suite de sa saison et sur un éventuel passage sur la Vuelta, du 22 août au 13 septembre. C’est un peu le lot de l’époque et de son insatiabilité, ne jamais s’attarder sur quoi que ce soit, zapper en permanence, mais c’est un travers qui sied aux champions, qui eux-mêmes n’aiment pas se satisfaire de ce qu’ils viennent de réaliser et préfèrent regarder vers l’avant.
En conférence de presse, le Slovène de 27 ans est toutefois resté prudent. « Là, tout de suite, si le départ de la Vuelta était demain, je vous répondrais que non, mais dans deux semaines, il est possible que je sois de nouveau d’attaque, j’ai quinze jours pour décider », a répondu le double champion du monde.
Une rampe de lancement vers Montréal
Dans ce laps de temps, Pogacar a prévu de « faire quelques devoirs » à la maison, à Monaco, où il est rentré hier, puis de se rendre vendredi en Slovénie, à Komenda, pour le Pogi Challenge, un événement caritatif de trois jours avec un critérium, et enfin d’aller soutenir sa compagne, Urska Zigart, sur les routes du Tour de France femmes, qui s’élance samedi de Lausanne (Suisse). Mais dimanche soir, au Café de L’Homme, au Trocadéro à Paris, où sa formation UAE Emirates-XRG organisait son dîner d’après-Tour en présence de son président, Matar Suhail al-Yabhouni al-Dhaheri, avec vue sur la tour Eiffel, Pogacar a confié à des proches qu’il avait décidé de s’aligner sur la Vuelta.
Même si les prochains jours peuvent toujours le faire changer d’avis, en fonction de sa récupération et de sa motivation, il estime que son niveau de fatigue au bout de trois semaines peut lui permettre de doubler. Son staff a eu tendance les derniers jours à vouloir le freiner dans ce projet, mais on sait que c’est Pogacar qui décide et, pour l’instant, les feux sont au vert. Le quintuple vainqueur du Tour veut gagner la Vuelta en tant que telle pour compléter la trilogie des trois grands Tours et continuer à remporter toutes les courses les plus prestigieuses.
Mais elle doit aussi lui servir de rampe de lancement vers deux objectifs de fin de saison identifiés, eux, de longue date : les Championnats du monde (course en ligne le 27 septembre), où il visera le triplé, et le Tour de Lombardie (10 octobre), où il peut triompher pour la sixième fois consécutive. Après l’arrivée à Grenade, Pogacar aura ainsi deux semaines avant la course en ligne du Mondial de Montréal, ce qui est suffisant, et la Vuelta a d’ailleurs longtemps été une des préparations privilégiées pour les prétendants à l’arc-en-ciel. Lors d’une discussion pendant le Tour de France, Frédéric Grappe nous disait l’enchaînement TourVuelta totalement envisageable dans la perspective d’un doublé. Le directeur de la performance et de l’innovation de Groupama-FDJ United a pour habitude de vulgariser le niveau de performance d’un coureur comme l’assemblage d’un moteur, « la Ferrari », d’une charrette avec des bottes de paille qui représentent notamment la fatigue et de l’électronique, à savoir le mental. « Quand tu veux enchaîner Tour de France et Vuelta, tu n’as pas besoin de trop t’entraîner, développe Grappe. Si tu finis le Tour pas trop cramé, tu t’entraînes légèrement derrière, quitte à en faire moins, diminuer le moteur de la Ferrari pour enlever toute la fatigue, ce qui va te permettre de rebondir tout de suite sur la Vuelta parce que tu vas arriver avec zéro botte de paille et tu vas refaire grossir le moteur en cours d’épreuve, tu soignes un peu l’électronique, et voilà. »
Le double champion du monde a déjà exploré l’enchaînement Giro-Tour, en 2024, et découvrir celui entre la Grande Boucle et la Vuelta pourrait l’aider à préparer un autre projet pour les prochaines saisons, tenter de gagner les trois grands Tours la même année.
« Je crois qu’il peut le faire, poursuit Grappe. Parce qu’enchaîner Tour-Vuelta ne sera pas compliqué, il l’a déjà fait entre le Giro et le Tour. C’est le seul coureur qui en est capable parce qu’au niveau de la gestion de l’électronique, il est implacable, c’est un mec qui est d’une sérénité, capable mentalement de lâcher du lest, de voler à des altitudes au niveau mental qui sont très élevées. Il a aussi cette capacité de courir très peu, donc de ne pas s’user dans les voyages, comme le font certains, de savoir bien se préparer. Il a toutes les clés. »
Une stratégie qui use les adversaires
Et quand il court, il use de cette stratégie d’usure, comme on l’a vu durant le Tour de France, qui a une double vertu : fatiguer ses adversaires tout en l’économisant lui. Ce matraquage s’effectue en zone 3 (ou i3) en termes d’intensité, à savoir un tempo qui se situe entre l’endurance fondamentale et un effort contre-la-montre, des efforts que Pogacar et ses équipiers produisent beaucoup à l’entraînement.
Grappe décrypte : « Cette zone oblige à consommer beaucoup de sucres, et cognitivement, elle te bouffe parce que le cerveau est toujours en prise. À un moment donné, quand il faut mettre du jus, accélérer, certains ne peuvent plus. C’est ce que Pogacar a fait avec son équipe, il lime tout le monde. Lui est toujours placé en quatrième position derrière ses équipiers, c’est comme s’il faisait du derrière scooter, il ne fait aucune accélération. Mais ses adversaires derrière, plus ils sont loin, plus ils subissent des coups d’élastique, plus il les use encore davantage. Donc, lui fait du scooter pendant trois heures, c’est là qu’il consomme le moins, il lime tout le monde et en même temps il s’économise. En plus, comme il est décalé d’une demi-zone voire d’une zone par rapport aux autres, quand il est en i3, les autres sont en i4, donc au seuil, et il n’a même pas encore attaqué. Ça veut dire que les courses lui servent à travailler cette qualité, qui est aujourd’hui la qualité no 1. Elles sont un puissant stimulateur pour lui. Il est gagnant dans tous les sens, c’est un système vertueux. Il s’auto-entraîne et s’autostimule pour la suite dans les courses. »
Le Tour de France l’aurait donc en quelque sorte déjà préparé pour ses prochaines aventures et pour la Vuelta. Pour poursuivre cette saison où il a déjà gloutonné 19 victoires en seulement trentesept jours de course.
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Remco Evenepoel visera une 4e victoire
lors de la Clásica San Sebastián samedi.
Evenepoel aussi en Espagne
Le dauphin de Tadej Pogacar sur le Tour de France sera en lice à la Clásica San Sebastián samedi. Pour les autres têtes d’affiche de la Grande Boucle, le prochain gros objectif sera les Mondiaux.
28 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
Alors que Tadej Pogacar devrait poursuivre sa saison en Espagne, mais pas tout de suite, Remco Evenepoel va lui aussi courir de l’autre côté des Pyrénées, et dès samedi. Le Belge, deuxième du dernier Tour, est en effet attendu au départ de la Clásica San Sebastián, comme il l’a confirmé dimanche soir dans la foulée du podium.
Il y visera un quatrième succès (après 2019, 2022, 2023), sur l’élan de la Grande Boucle, avant de couper et de se préparer pour les Championnats du monde au Canada (contre-la-montre le 20 septembre, course en ligne une semaine plus tard) où il sera le leader de la sélection belge au côté de Wout Van Aert, absent du Tour mais qui reprend la compétition cette semaine, au Tour du Danemark (comme Christophe Laporte, son équipier chez Visma-Lease a bike).
Seixas veut « débrancher un peu » pour profiter de ses proches
Le reste du plateau de la classique espagnole est encore flou, mais on devrait y retrouver quelques puncheurs du Tour, qui pourront toujours monter dans leur car au bout d’un tour ou deux de circuit, comme chaque année. Isaac Del Toro en fera-t-il partie ? Le Mexicain, 3e et maillot blanc du Tour, a le profil, et son programme pour la deuxième partie de saison est encore inconnu.
Il y a un an, il avait brillé sur les classiques italiennes d’un jour en septembre (4 victoires) et on devrait l’y revoir, en préparation des Mondiaux lui aussi. Le Championnat du monde est aussi le prochain gros objectif de Paul Seixas, 4e du Tour à 19 ans. Après quelques jours à « débrancher un peu, profiter de [sa] famille et de [ses] amis », racontait-il à L’Équipe dimanche, le Lyonnais va donc préparer son dernier bloc de courses : les Grands Prix de Québec et Montréal (11 et 13 septembre), puis le Mondial en tant que leader des Bleus et le Tour de Lombardie (10 octobre).
Pour Jonas Vingegaard, c’est l’inconnu. Le Danois devrait apparaître cette semaine sur son Tour national, mais seulement en tant qu’invité de prestige, alors que la 2e étape, de Glyngore à Skive, se déroule sur ses terres d’entraînement. Avant d’épingler à nouveau un dossard, le grimpeur doit soigner sa fracture de la clavicule droite, qui l’avait contraint à quitter le Tour avant la 3e semaine. Richard Plugge, le patron des frelons, doit reprendre contact avec son leader ce début de semaine pour faire le point sur la fin de saison. Le double vainqueur du Tour avait envie de disputer les Mondiaux pour la première fois. Rien ne bloque ce timing pour l’instant.
Retour des compétitions en VTT pour van der Poel
La course au maillot arc-en-ciel, Mathieu van der Poel aussi la cible, mais en VTT, une vieille quête pour le vainqueur des ChampsÉlysées. Ce sera à Val di Sole (Italie), le 30 août, avec un possible passage par la manche de Coupe du monde aux Gets (Haute-Savoie) pour se préparer la semaine précédente. Avant, lui aussi, de penser au Canada et aux Mondiaux sur route.
Mads Pedersen sera aligné sur la Vuelta comme son compatriote et équipier danois Mattias Skjelmose, très en vue en fin de Tour (6e du général). Triple vainqueur d’étape au sprint avant d’abandonner en fin de deuxième semaine, le Belge Tim Merlier est attendu sur le Renewi Tour, mi-août.
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