Zinédine Zidane, l’emblématique numéro 10 prend la tête des Bleus
Intronisé ce mardi pour succéder à Didier Deschamps, le prochain sélectionneur des Bleus s’apprête à écrire un autre chapitre de sa légendaire carrière.
28 Jul 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez
L’élu ne pouvait être que lui. Parce que personne ne lui arrive à la cheville. Parce qu’il coche toutes les cases. Et parce que c’est la suite logique de son histoire. Icône populaire, élégante et presque intemporelle du football français mais aussi légende de son sport, Zinédine Zidane s’apprête à écrire ce mardi une nouvelle page de sa formidable carrière en devenant le dix-huitième sélectionneur de l’histoire de l’équipe de France. Un destin hors du commun pour l’enfant de la Castellane qui succède à son capitaine de France 1998, Didier Deschamps, et ses quatorze années de règne. L’événement de l’été, qui déclenche excitation et frissons, est prévu ce mardi à 11 heures. La presse française et internationale devrait arriver en nombre dans l’auditorium de la FFF. Pour l’occasion, avec la présence des membres du comex, qui ne rateraient cela pour rien au monde, la salle de conférences fera le plein et les services de communication de la fédération ont dû limiter le nombre d’accréditations tant la demande fut forte pour assister aux premiers mots de « ZZ ». Le secret de Polichinelle, confirmé dans nos colonnes par Philippe Diallo en mars dernier, est éventé depuis bien longtemps, et Zinédine Zidane s’avance comme une évidence depuis que son prédécesseur a annoncé que son mandat prendrait fin à l’issue de la Coupe du monde 2026. « ZZ » sort de l’ombre. Prêt à prendre la lumière. Un résumé de sa vie. Si sa discrétion depuis 2021 et l’arrêt de son aventure au Real Madrid contraste avec sa place immense dans l’imaginaire français, le mythique numéro 10 se prépare depuis des années à épouser les contours d’un poste qui le fait rêver. Il a refusé toutes les approches pour être le guide des Bleus : Manchester United, Bayern Munich, Juventus Turin, Paris SG, Manchester City, Brésil, Qatar, Arabie saoudite… Les Bleus et rien d’autre. Sa destinée. Par son charisme, son passé de joueur (108 sélections, 31 buts en bleu) et sa carrière d’entraîneur, Zidane a eu ce luxe, cette forme de liberté. Refuser des ponts d’or. Des postes qui feraient rêver n’importe quel technicien. Avec un seul désir chevillé au corps : diriger une sélection qui l’a placé tout en haut dans le coeur des Français. « Je me sens légitime en équipe de France, où j’ai joué 12 ans comme joueur (1994 à 2006 avec une pause entre 2004 et 2005), avouait-il dans l’un de ses rares entretiens à L’équipe en mai dernier. Bien sûr, c’est un rêve, j’ai hâte. Mais, le moment venu, ce sera un grand plaisir si l’occasion se présente. »Alexandre Dimou/alexpress/ Icon SPORT/ABACAZinedine Zidane lors de la Universe League, à l’orange Vélodrome de Marseille, le 7 décembre 2025.
Aucun suspense
Depuis que Didier Deschamps a annoncé en janvier 2025 son désir d’arrêter son mandat à l’issue du Mondial en Amérique, conclu à une quatrième place après deux revers, contre l’espagne (0-2) et contre l’angleterre (4-6), le profil de Zinédine Zidane est apparu logiquement tout en haut de la pile pour lui succéder. Les contacts entre le champion du monde 1998 et le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, se sont enclenchés et l’issue ne souffrait d’aucun suspense. Nul autre profil ne répondait au cahier des charges pour un tel poste. Outre son passé de plus grand joueur de l’histoire du football français, Zizou a surtout démontré ses qualités de manager et de technicien lors de son passage au Real Madrid, plus grand club du monde et machine à broyer les entraîneurs. Triple vainqueur de la Ligue des champions entre 2016 et 2018 - du jamais vu dans l’histoire du football - et deux fois champion d’espagne (20172020), le Marseillais s’avance avec des états de service qui n’ont aucun égal sur le marché des entraîneurs français. « Il est resté le gamin des trottoirs de la Castellane, un mordu de football qui le vit passionnément, plante au Figaro Guy Lacombe, l’un de ses formateurs à L’AS Cannes et tuteur du futur sélectionneur au moment de passer ses diplômes. C’est une évidence de le voir succéder à Didier, il est plus que légitime après son passage en Espagne, et sa carte de visite parle pour lui. “Yazid” (le surnom donné à Zidane) a appris à gagner sur un banc, il a fait ses armes en prenant la réserve du Real, en étant adjoint de Carlo Ancelotti, en gérant un vestiaire rempli de stars et d’ego. Son humilité force le respect. Pourtant, je peux vous dire que, à l’intérieur, ça bouillonne, il est fait pour ce poste. Son heure est venue.» Depuis des mois et des années, en silence et en toute discrétion, même si l’ancien staff de l’équipe de France aurait aimé moins d’interventions déguisées de ses proches, le successeur de Didier Deschamps se prépare. « J’en ai envie, bien sûr, je le serai, je l’espère, un jour, avouait-il au moment de fêter ses 50 ans (il en a 54 aujourd’hui). Quand ? Ça ne dépend pas de moi. Mais j’ai envie de boucler la boucle avec l’équipe de France. J’ai connu cette équipe de France en tant que joueur. Et c’est la plus belle des choses qui me soient arrivées. Mais vraiment ! C’est le summum. Et donc, comme j’ai vécu ça et qu’aujourd’hui je suis entraîneur, l’équipe de France est bien ancrée dans ma tête. » Le rêve devient désormais réalité. Comme toujours avec Zidane. Place à un nouveau chapitre. Et si le plus beau restait à venir ?
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Style, idées : dans la tête de « Zizou » coach
28 Jul 2026
Le Figaro
Depuis deux saisons, Luis Enrique est érigé en légende du Paris SG. Au point d’avoir quasiment sa statue aux abords du Parc des Princes. Pourquoi ? Parce qu’il a décroché deux Ligues des champions consécutives face à l’inter Milan et à Arsenal. Toute l’europe loue son travail, la force collective de son groupe et son empreinte indéniable. La performance est remarquable. Admirable. Et historique. De quoi rêve le coach espagnol du club parisien désormais? En remporter une troisième et égaler un certain… Zinédine Zidane. Dans une compétition impitoyable, où les faibles n’existent pas, le nouveau sélectionneur de l’équipe de France a réussi cet exploit magistral en 2016, 2017 et 2018. Un fait de gloire, en plus d’un CV, d’une image et d’une carrière légendaires, qui l’envoie et le place désormais en successeur très attendu de Didier Deschamps. Être une légende du jeu n’a jamais assuré une quelconque réussite lors de la bascule dans la peau d’entraîneur. Il suffit de voir les destinées de Michel Platini, piètre sélectionneur chez les Bleus, ou encore de Diego Maradona, incapable de redresser l’argentine. Et pourtant ces deux hommes resteront à jamais dans le coeur de leur pays. Chacun son métier. Retraité des terrains depuis le funeste 9 juillet 2006 et le coup de boule asséné à Marco Materazzi en finale de Coupe du monde, Zinédine Zidane a donc mis vingt ans à accéder à un poste qui le fait rêver depuis qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Entre 2006 et 2026, Raymond Domenech, Laurent Blanc et Didier Deschamps l’ont devancé du côté de Clairefontaine. « Il faut souligner son humilité, plante au Figaro Guy Lacombe, qui l’a formé à L’AS Cannes au début des années 1990 et fut son tuteur en 2013-2014. Il a pris les choses par le bon bout et il a passé tous ses diplômes. Toute légende qu’il est, il est reparti au plus bas de la base. Après, il a fait quelque chose que trop peu font, à mon avis, actuellement, et qu’ils devraient faire : il a pris la réserve de la Castilla (2014-2016). Et là, il a goûté à tout. C’est le même métier que pour une équipe première, mais vous n’avez pas les médias, la pression, ni rien. Vous avez toutes les contraintes quotidiennes, les problèmes et ainsi de suite. En fait, “Yazid” (son surnom) a mis les mains dans le cambouis.» Après s’être inscrit à la formation de manager général du Centre de droit et d’économie du sport, à Limoges, en 2011, pour décrocher le diplôme en 2014, Zinédine Zidane a gravi tous les échelons. Tel un élève désireux d’apprendre. Quand d’autres, plus impatients, se sont lancés, et souvent fracassés, dans le grand bain. Après des postes de conseiller et de directeur sportif du Real, ou d’ambassadeur du Qatar pour le Mondial 2022, il a aussi été adjoint de Carlo Ancelotti (2013-2014) à la Maison blanche. «C’est un passage déterminant de son parcours, avoue Luis Fernandez, qui l’a eu sous ses ordres à L’AS Cannes. Auprès d’un coach comme Carlo, il n’a cessé de progresser, d’apprendre, d’observer, sur le plan tactique, mais aussi dans le management, la gestion des ego, d’un vestiaire, comment faire face à telle problématique. Avec ces expériences, vous ne pouvez qu’être meilleur et mieux comprendre le football.»
Légendaire
En janvier 2016, il est nommé au pied levé pour prendre la suite de Rafa Benitez, débarqué. Six mois plus tard, accompagné de son adjoint David Bettoni, qui sera avec lui chez les Bleus, il décroche sa première C1. Contre l’atlético de Madrid. Idem la saison suivante contre la Juventus, avec un titre de champion de Liga en plus. Et pareil en 2018 contre Liverpool, devenant le seul coach à réaliser cet exploit trois fois de suite. Grandiose. Légendaire. Cinq jours après, il démissionne après neuf titres en trois ans au côté des Ronaldo, Benzema, Bale, Ramos ou encore Casemiro et Varane, dans un 4-3-3 efficace, solide mais pas toujours flamboyant. Personne n’est parfait. Mais la gagne est là. Et l’accompagne. Après neuf mois de repos, il reprendra du service au sein du plus grand club du monde (2019-2021), en décrochant un titre national, sans réussir la même performance en Europe. Depuis, il a repoussé toutes les offres et ne pense qu’aux Bleus. Mais une question demeure : quel est le style Zinédine Zidane ? « Je peux vous garantir qu’il a toutes les ficelles et la problématique du jeu, décrypte Lacombe. Il a un plus sur le plan du management, où, vraiment, il excelle quand vous voyez les joueurs qu’il a eus au Real et qu’il a su mobiliser pour gagner. Gérer les ego, il sait faire, et il aura affaire à ça en équipe de France avec les Mbappé, Olise, Dembélé ainsi que tous les autres. » Et son ancien formateur de dévoiler une anecdote : « J’ai assisté à des dialogues entre lui et Cristiano Ronaldo. Et il avait énormément de respect pour son coach. “Yazid” ne se proclame pas, il ne se met pas au-dessus. Il parle d’égal à égal. Et c’est là où il touche les joueurs d’une façon remarquable. Oui, il y a le management, mais aussi le coaching. Je me souviens d’un Clasico mal embarqué, son Real est perdu, il remet de l’ordre, s’impose et décroche le titre. Il a également une science du jeu.» Biberonné par tous les coachs qu’il a rencontrés durant sa carrière, notamment Marcello Lippi à la Juventus, Vicente del Bosque à Madrid, ou encore Aimé Jacquet chez les Bleus, mais aussi observateur des méthodes de Pep Guardiola, Carlo Ancelotti et Marcelo Bielsa, Zinédine Zidane n’est jamais resté sur une doctrine figée, il est plutôt enclin à l’adaptation, s’appuyant sur le jeu, le travail et les forces du moment. Un manager de haut niveau plus qu’un obsessionnel du schéma, même s’il apprécie les contours du 4-3-3. Sa gestion du vestiaire, des personnalités, sous pression permanente sont des atouts qui lui serviront en équipe de France. Lui ne se décrit pas comme un grand théoricien tactique et ne prétend pas « avoir inventé le football ». « Zizou, c’est un garçon qui sait ce qu’il veut, mais avec humilité et sobriété, c’est la classe incarnée », témoigne Luis Fernandez. « Gagner la Champions, ce n’est jamais de la chance, c’est du boulot, surtout trois fois de suite, assurait Zizou dans L’équipe en 2022. J’ai bossé comme un malade. On a beaucoup travaillé. Mes joueurs croyaient en moi ; je croyais en eux. On a monté ça. C’est énormément de travail avec mon staff. » Depuis des mois, il observe les matchs de l’équipe de France, se projette, regarde aussi les rencontres des internationaux le week-end. Ses premiers choix seront scrutés. Quelle place pour Mbappé? Dembélé? Quelle animation offensive ? Quel milieu ? Quelle nouveauté? L’attente est grande pour entrevoir les premières options du nouveau patron. « C’est un mordu de foot, il ne vit que pour ça, ne pensez pas qu’il est déconnecté parce qu’il n’a plus coaché depuis 2021, il a une faim de lion », plante une source proche. «Quand je fais quelque chose, c’est pour gagner, expliquait Zidane il y a quatre ans. Je suis un gagneur, sans prétention. Je vis pour gagner. Sinon, je ne fais pas. On ne gagne pas toujours, mais je fais tout pour. Quand je gagne, ça ne m’étonne pas, car j’ai tout donné. J’ai bossé. Et, quand tu bosses, tu es en droit d’être récompensé.» L’équipe de France ne demande pas mieux. ■ B. D.
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Dan Franck : « La star absolue »
28 Jul 2026 - Le Figaro
Propos recueillis par Martin Couturié
Le temps a passé. Vingtsept ans que le livre Zidane. Le roman d’une victoire est paru (coédition Robert Laffontplon). Et Dan Franck, l’écrivain scénariste, n’a rien oublié de cette rencontre avec Zinédine Zidane, lui qui ne connaissait rien au football. Il plonge dans ses souvenirs pour Le Figaro.
LE FIGARO. - Zinédine Zidane, sélectionneur des Bleus, cela vous inspire quoi ?
DAN FRANCK. - Ça me rappelle une discussion que j’ai eue avec lui un jour à Turin pour écrire le livre. Il ne faisait pas très beau et il était triste. Il m’a dit qu’il avait l’impression que sa vie n’allait pas. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a dit : « Maintenant, ma vie est finie parce que j’ai fait ça (champion du monde avec les Bleus, NDLR). Après ma carrière, je serai absolument incapable de faire de la pub pour des produits. Et puis je ne saurais pas entraîner une équipe. Donc je ne sais pas ce que je vais faire.» Quand je le vois aujourd’hui, je pense à cette discussion et je me dis qu’il s’était trompé sur la vision de son avenir.
Que retenez-vous de vos rencontres ?
Je l’ai vu quand même une vingtaine d’heures, il faut au moins ça pour faire un livre. J’ai trouvé le mec génial. C’est un homme extrêmement humain, très intelligent. Une intelligence stratégique hors pair, à la fois dans le jeu, mais aussi dans la gestion de sa vie et des choses. On ne s’est pas revus, mais je garde un souvenir ému de cette rencontre.
Qu’est-ce qui vous avait le plus marqué chez lui ?
C’est la simplicité du mec. Je me souviens d’un jour où je l’avais rejoint en Bretagne. Il était chez son kiné, qui était celui de l’équipe de France, j’imagine. Et, dans ce cabinet, il était là tout au fond, tout champion du monde qu’il était, et il se faisait masser comme n’importe qui, à côté des personnes âgées.
Que représente-t-il, à votre avis, dans la société française ?
J’ai le sentiment qu’il a fait beaucoup pour la population immigrée et pour l’intégration. Et je crois que ça reste une icône. Très humaine. Il n’a aucun des artifices de la starification. Il ne joue pas là-dedans. On pourrait presque se dire : «Il est comme nous.» C’est cette humilité qui m’avait tant frappé quand je l’ai vu et, peut-être, c’est ça qui a plu, et qui plaît encore. Puis, il est apaisant, c’est un homme de paix, même s’il a des violences.
Vous trouvez qu’il représente bien la société française ?
Oui, parce que, pour moi, la société française est tellement multiple, diverse, bariolée, si j’ose dire. Elle est faite de rencontres, de croisements, de civilisations, de cultures, etc. Et lui est vraiment au carrefour de plusieurs cultures et il représente notre histoire aussi.
C’est un personnage qui vous fascine ?
Oui, mais ce n’est pas le mot que j’emploierais. Je dirais plutôt que c’est un homme merveilleux. Avec sa dimension humaine. Quelqu’un qui fascine, c’est quelqu’un qui est éloigné. Et lui ne l’est pas. Donc il n’est pas fascinant. Il est formidable. J’ai une autre anecdote, on était au restaurant, en province. Je ne savais pas ce que c’était le petit pont et il s’est levé devant tout le monde et il m’a montré ce qu’était un petit pont. Pour le coup, les gens étaient fascinés.
Et finalement, vous en avez tiré quoi, comme plaisir, de ce livre ?
Quand on m’a proposé de faire le livre, cela m’a intéressé, je ne connaissais rien au foot, c’était une star absolue et un mec très secret. Et, à ma grande surprise, il m’a dit : « Mais il ne s’agit pas de ça. Il s’agit de signer un livre avec moi. » Donc, j’étais coauteur, quelque part. Ça ne m’était jamais arrivé de signer des livres que j’ai écrits pour d’autres. Du coup, j’ai trouvé une espèce de style qui m’intéressait comme écrivain, où je me promenais comme une sorte de caméra suggestive. Où je le racontais, lui, mais comme quelqu’un l’observant beaucoup de l’intérieur. C’était une expérience d’écriture très intéressante. D’ailleurs, j’ai toujours refusé de dédicacer ce livre, parce que je considérais que c’était le sien et pas le mien, ou un petit peu le nôtre.
Vous avez découvert le monde du foot…
C’était étrange quand même. J’ai découvert un milieu de fous. Il y avait autour de lui une telle cour, des gens de tous les bords qui cherchaient à le voir, qui voulaient en profiter. Il y avait tout un zoo autour de lui. C’était effrayant. Et lui était là, là-dedans, avec une honnêteté tout à fait fondamentale.
Est-ce qu’on peut le résumer en disant que c’est un homme de passion ?
Oui, bien sûr. Il mène sa vie d’une façon absolument remarquable, contrairement à ce qu’il m’avait raconté à Turin. Je pense qu’il réfléchit à tout. Sa vie de famille, sa vie personnelle, sa vie professionnelle. Il n’est pas le seul, mais, des gens que j’ai rencontrés, notamment pour écrire des livres, c’est probablement un des rares qui n’a jamais eu la grosse tête.
Les journalistes ont pu lui reprocher, lorsqu’il était joueur, de ne jamais vouloir s’engager sur des sujets de société, au contraire de ce que peut faire Kylian Mbappé…
C’est vrai. Moi-même, j’ai essayé, il ne voulait pas. Ça fait partie de son côté stratège. Il ne veut pas fâcher, blesser, fracturer. Les journalistes m’ont beaucoup reproché d’avoir fait un portrait pro domo, très positif de lui, à quoi j’ai toujours répondu que quand je travaille avec quelqu’un, comme justement je ne suis pas journaliste, je ne cherche pas l’objectivité. Moi, dans ce livre, j’ai cherché à montrer son humanité. C’est vrai que ses failles ne m’intéressaient pas. Je n’étais pas là pour ça. D’ailleurs, je ne le suis toujours pas.
On fête justement les 20 ans de son fameux coup de boule. Est-ce une tache indélébile ? Une simple erreur passagère ?
Je pense que c’est quelqu’un qui peut être violent. Il a une violence contenue et, parfois, il se lâche. Je l’ai vu avoir des réactions froides, glacées, mais violentes.
Vous avez un exemple ?
Oui, concernant son livre. Lorsqu’un joueur de foot que je ne connaissais pas m’a demandé si ça m’intéressait d’écrire un livre avec Zidane, j’ai dit oui. Et il m’a présenté son agent. Sauf que ce type était un truand. Il avait les droits, pour autant que je me souvienne, sur les briquets, les tee-shirts et il avait fabriqué un faux en faisant croire aux éditeurs qu’il était mandaté pour discuter des livres, des films, de tout. Quand ensuite j’ai rencontré Zidane à Clairefontaine pour la première fois, et que je lui ai raconté qui était ce type-là, il était blanc de rage. Calme mais blanc de rage. Et il m’a dit : « On va s’occuper de ça. » Je pense que le type aurait été là, ça ne se serait pas bien passé…
Sinon Zizou joueur, c’est très esthétique…
Oui, tout à fait. Mais je me souviens très bien qu’il m’a dit qu’il n’aimait pas jouer dans les Coupes du monde et tout ça. « Moi, je ne peux pas jouer dans ces cas-là. D’abord parce que j’aime bien le football de rue, comme j’ai joué à Marseille. Et là, tout le monde est sur moi et tout le monde m’empêche de jouer. » Quand je vois un match avec Mbappé, je me dis toujours : « Est-ce que c’est pareil pour lui ? »
Est-ce que vous pensez que Zinédine Zidane va réussir au poste de sélectionneur ?
Évidemment qu’il va réussir. Je ne vous dirai pas le contraire, mais je n’en sais rien, en vrai. Je ne connais pas assez le foot. Je pense qu’il est très fraternel et qu’il a la générosité pour gérer un groupe. Sur le plan humain, c’est un mec très généreux avec autrui, puis fidèle.
Il va savoir gérer l’ego de Mbappé ?
Ah oui, c’est vrai qu’il y a Mbappé, ça va être rigolo, ça. Ça vaut un livre, la rencontre des deux… ■

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