Tour de France : l’équipe Decathlon CMA CGM se donne « 50 % de chances de garder Paul Seixas »
Mathieu Charpentier, le directeur délégué de l’équipe française, évoque les convoitises folles que suscite le prodige de 19 ans.
« À partir du moment où Paul gagne avec nous,
on a rempli notre part du marché. Paul,
ce qu’il veut, c’est réussir.
À nous de créer les conditions de cette performance
au plus haut niveau mondial »
- Mathieu Charpentier directeur délégué
de l’équipe Decathlon CMA CGM
21 Jul 2026 - Le Figaro
Propos recueillis par Jean-Julien Ezvan et Gilles Festor
Lundi, le Tour de la canicule et des vitesses records a apprécié sa deuxième journée de repos en Haute-savoie. La multitude de temps forts plantés tout au long de la troisième semaine (contre-la-montre entre Évian et Thonon-les-bains mardi, arrivée à Orcières-merlette jeudi, avant deux jours plantés au sommet de l’alpe d’huez vendredi et samedi) promet un épilogue intense. Des défis en espaliers pour le néophyte Paul Seixas. Le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM, épatant depuis le départ de Barcelone, pointe, après 15 étapes, à la 4e place du classement général à 6’23 du Slovène Tadej Pogacar (et à 1’23 de la 2e place occupée par le Belge Remco Evenepoel). Le Lyonnais s’incruste dans toutes les discussions sur la Grande Boucle. Sous contrat jusqu’en 2027, le prodige français attise la convoitise de toutes les meilleures équipes du peloton. Il figure surtout au coeur de tous les projets de l’équipe française, comme le rappelle Mathieu Charpentier, son directeur délégué, passé par la Ligue nationale de volley, le Montpellier Hérault Rugby, la Fédération française du sport automobile et le ministère des Sports (directeur adjoint de cabinet), avant de rejoindre l’équipe cycliste en mai 2024.« La récupération, c’est le maître mot. Donc on limite volontairement l’exposition de Paul », précise Mathieu Charpentier à propos de Paul Seixas, ici, dans la descente du Tourmalet, le 9 juillet.
LE FIGARO. - Diriez-vous que le Tour de l’équipe Decathlon CMA CGM est déjà réussi ?
MATHIEU CHARPENTIER. - Non, pas du tout. On est sur le plan de marche. Les objectifs, c’était au moins une victoire d’étape et le meilleur classement général possible. Donc le plan de marche est respecté. On a effectivement cette victoire d’étape (le sprinter néerlandais Olav Kooij s’est imposé à Pau, lors de la 5e étape). On aimerait en avoir une deuxième. On est un peu frustrés de ses deuxièmes places (à Nevers, 11e étape, et à Chalon-sur-saône, 12e étape), parce qu’on sait que dans les jambes, il a cette seconde victoire. Il reste encore peut-être une ou deux opportunités en troisième semaine. Donc, on espère cette deuxième victoire. Et pour Paul (Seixas), le plan de marche est respecté, le meilleur classement général possible. On sait que le Tour est encore long. On va attaquer des grosses séances et on verra où cela nous mène.
Jusqu’où Paul Seixas peut-il aller sans se brûler les ailes ?
La récupération, c’est le maître mot. On gère de manière très scrupuleuse ses temps de sollicitations marketing ou médiatiques. On limite volontairement son exposition, non pas pour le surprotéger ou pour ne pas parler aux médias, mais on sait que chaque minute compte. Et donc on maximise dans tous les domaines pour qu’il ait la meilleure récupération possible. À 19 ans, honnêtement, c’est l’élément clé.
Dominique Serieys (directeur général de l’équipe) a annoncé, il y a quelques mois, que l’objectif était de gagner le Tour en 2030, les bons résultats de Paul vous poussent-ils à accélérer ce calendrier ?
Dans le plan stratégique de l’équipe, c’était légèrement avant. Après, on s’adapte. L’éclosion de Paul, ce n’est pas une surprise. On connaît le potentiel et le talent de Paul. Honnêtement, on avait déjà anticipé des performances très importantes sur 2026, avec notamment la création d’une cellule dédiée autour de lui, que ce soit sur la partie nutrition et sur la partie gestion des médias, « avec un community manager ». On l’avait anticipé en septembre 2025. Après, encore une fois, il y a plusieurs coureurs de classe mondiale qui ambitionnent de gagner le Tour. Il faut rester humble, calme et on verra quand on pourra effectivement viser la victoire. Restera-t-on sur 2030? Je pense que non. On a tous de l’ambition et Paul a cette ambition en lui. C’est un champion, il a cette ambition de gagner dès qu’il participe à une course. Donc, en fonction de son programme l’année prochaine, effectivement, il aura l’ambition sûrement de faire mieux que cette année.
Les rumeurs les plus folles, on parle de 13 millions d’euros de salaire annuel, circulent autour d’un éventuel transfert de Paul Seixas actuellement. Confirmez-vous l’intérêt croissant autour de lui ?
Si j’écoute les médias, Paul va courir dans toutes les équipes du World Tour à partir de 2028, dont la nôtre. Donc, il faut qu’on appelle L’UCI pour faire changer le règlement (Rires). C’est normal qu’un talent exceptionnel comme Paul soit sollicité. Cela fait partie de notre secteur - et j’allais même dire du business du sport professionnel et ce dans tous les sports. Je lisais une interview sur Max Verstappen, pour savoir s’il allait rester chez Red Bull ou allait signer dans une autre écurie. Donc, cela fait partie du sport professionnel. Il n’y a rien d’anormal à ça. C’est normal que l’agent de Paul fasse son travail et sollicite d’autres équipes, juste pour connaître la valeur du marché. La valeur de Paul aujourd’hui, ça sera la valeur du marché.
Après, on peut trouver cela trop important ou pas assez. La seule réalité, c’est la valeur du marché. Donc, on verra bien le moment venu où on en est.
Ce chiffre-là de 13 millions, vous l’avez lu ?
Oui, on l’a lu. Je ne pense pas qu’il soit réaliste à l’heure actuelle.
Que comptez-vous faire pour retenir Paul Seixas ? Quel est le plan dans les semaines, les mois et les années à venir pour le séduire, le convaincre de s’attacher au projet ?
On n’a qu’une seule chose à faire, une seule. C’est qu’il performe avec nous. On s’attache à cet objectif principal et prioritaire depuis plusieurs mois. Encore une fois, je me répète, mais le seul argument pour nous, c’est qu’à partir du moment où Paul gagne avec nous, on a rempli notre part du marché. Paul, ce qu’il veut, c’est réussir. À nous de créer les conditions de cette performance au plus haut niveau mondial, que ce soit en termes d’accompagnement sur tous les aspects d’un coureur professionnel, avec le renforcement de l’équipe autour de lui pour qu’il puisse être dans les meilleures conditions. Tout ce qu’on fait, c’est dans ce but-là. Quand on crée cette cellule dédiée autour de lui à Nice pour qu’il soit bien, pour qu’il puisse s’entraîner correctement dans les meilleures conditions, quand on a un plan de nutrition individualisé pour lui, et ainsi de suite, quand on lui recrute une attachée de presse qui ne s’occupe que de lui, c’est vraiment, encore une fois, pour qu’il soit dans les meilleures conditions. Et je pense qu’à date, là aussi, on respecte notre plan de marche.
Et au niveau du salaire ?
L’aspect financier, je ne pense pas qu’il soit prioritaire dans l’esprit de Paul. Et quoi qu’il arrive, on a l’assurance que Decathlon, avec notamment son propriétaire, la famille Mulliez, et Rodolphe Saadé avec CMA CGM, répondront présents pour faire en sorte que Paul puisse rester dans l’équipe.
Quel pourcentage de chance vous donnez de le conserver ? 100 % ?
Je ne vais pas répondre à ça. Cela va être trop repris. Une fourchette ? C’est oui ou c’est non. C’est 50 %. C’est la vie. La vie fait qu’aujourd’hui, Paul a son libre arbitre et il est libre de signer à la fin de son contrat dans une autre équipe. C’est normal, encore une fois, comme tous les coureurs du peloton. Aujourd’hui, c’est oui ou c’est non, donc c’est 50 % de chances de garder Paul Seixas. Je ne vais pas vous donner un pourcentage qui serait très subjectif, parce qu’il relèverait juste de moi, de mon opinion, sans prendre forcément en compte la vision que Paul peut en avoir, ou son entourage - ou d’ailleurs la volonté des autres équipes.
Puisque certains imaginent associer Paul Seixas à Tadej Pogacar, rêvez-vous d’unir les deux coureurs sous le même maillot ?
Je ne pense pas que ça arrivera.
Quel est aujourd’hui le budget de votre équipe ? Et jusqu’où peut-il aller ?
Aujourd’hui, le budget de l’équipe est de 47 millions. Il est passé de 23 à 47 millions et on ambitionne les 65,7 millions dès l’année prochaine.
Quel est le salaire de Paul Seixas ?
Il est confidentiel.
Le chiffre d’un peu moins de 1 million d’euros par an circule…
Cela dépend de quoi on parle. Est-ce qu’on parle du salaire brut? Sans les primes, avec les primes, avec les contrats d’image, sans les contrats d’image? Il y a tellement de données que les médias n’ont pas et, fort heureusement, ça reste confidentiel. Donc, non, le salaire de Paul n’est pas connu aujourd’hui et c’est normal.
Sur ce Tour, Paul Seixas se livre peu dans les médias, n’avez-vous pas peur de l’éloigner du public du Tour qui aime finalement le contact assez charnel ?
Tous les jours, il signe des autographes. Il prend ce temps, en priorité pour les enfants, d’ailleurs. Tous les matins, tous les soirs, il le fait avec un grand plaisir. Donc, je ne suis pas sûr qu’il soit éloigné du public. En revanche, il est un peu éloigné des médias, mais comme les médias ont le même objectif que nous, à savoir que Paul performe, tout le monde le comprend parfaitement.
Sentez-vous petit à petit monter une « seixasmania » ?
Ça vient petit à petit, mais sur le bord des routes, on sent cette effervescence. On le voit au pied du podium tous les jours. Les cris, les applaudissements les plus nourris sont pour Paul, et c’est tout à fait normal. Je pense que ça basculera quand il y aura sûrement une performance majuscule, on l’espère le plus vite possible.
C’est un Tour record, avec des vitesses jamais vues en dépit de la chaleur. Le cyclisme doit toujours cohabiter avec la suspicion, pensez-vous que le cyclisme et le Tour résisteraient à un nouveau scandale ?
Je pense que Paul doit rassurer le public sur cet aspect-là, parce qu’on connaît Paul, on connaît les conditions de sa performance. Et, honnêtement, aujourd’hui, il vient crédibiliser les performances des plus grands du peloton actuel. On connaît les conditions d’entraînement de Paul. Il n’a quasiment pas passé une journée sans nous depuis le début de l’année et on sait qu’il y a une part un peu injuste, il a ça en lui. Et, vous savez, il y a le témoignage de son entraîneur qui dit que Paul l’a lâché à la moitié d’une côte alors qu’il n’avait que 9 ans. Ça prouve que c’est un talent inné. Il y a beaucoup de travail derrière, beaucoup de professionnalisme, mais il y a quand même un talent inné.
L’ultra-domination de l’équipe UAE Team Emirates vous effraie-t-elle ou vous fait-elle rêver ?
Il faut considérer l’équipe comme une locomotive. Il ne faut pas pénaliser les équipes qui sont fortes, il ne faut pas leur en vouloir. Honnêtement, UAE Team Emirates a un très gros collectif, un très grand coureur également (Tadej Pogacar). Et je pense que Paul est aussi dans cet esprit-là. Il aime le panache de « Pogi », il aime que celui-ci considère ça encore comme un jeu. Paul considère aussi ça comme un jeu. Il prend énormément de plaisir sur le vélo et c’est à nous de travailler encore plus et mieux.
Romain Bardet (2e du Tour 2016, 3e en 2017) intégrera l’organigramme de l’équipe en janvier, que peut-il apporter à Paul et à au groupe ?
C’est une pièce qui manquait dans l’organisation de l’équipe. Ce rôle de manager sportif sur un très grand coureur français va venir compléter parfaitement la structure et les talents qui la composent par son expérience, son intelligence et son expertise. On est pressés qu’il nous rejoigne en janvier 2027.
Avez-vous l’ambition de composer une équipe française en recrutant français ?
Non, on est une équipe française avec des ambitions internationales. Les deux « co-namers » ont ces mêmes valeurs. Ces deux groupes français, leaders mondiaux dans leur domaine, travaillent dans le monde entier et on représente Decathlon et CMA CGM aussi de cette manière. Aujourd’hui, on a un leader français avec Paul Seixas, on a des jeunes coureurs très prometteurs comme Aubin Sparfel, Léo Bisiaux, qui sont français, mais on a aussi Seff Van Kerckhove (un Belge), né en 2008, qui est leader de sa génération, et Olav Kooij qui, comme on l’a vu, est un leader mondial du sprint et qui est néerlandais. Cela fait partie aujourd’hui du sport professionnel. On restera une équipe française, on continuera d’avoir notre centre de performance à Chambéry, à courir sous une bannière française, sous le drapeau français, mais, bien entendu, on aura des coureurs internationaux. Le principal critère, il est sportif avant tout…
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