C’était King Kev
Kevin Keegan en 1973, célébrant le titre de Liverpool en Coupe de
l’UEFA aux dépens du Borussia Mönchengladbach (3-2 en cumulé).
KEEGAN, BALLOND’OR DUPEUPLE
Mort d’un cancer hier à l’âge de 75 ans, Kevin Keegan aura remporté deux fois le Ballon d’Or, en 1978 et en 1979, avant de devenir entraîneur de Newcastle et de l’Angleterre, notamment.
"Ce n’est pas un job pour moi,
je n’ai pas le niveau"
- KEVIN KEEGAN, APRÈS SA DÉMISSION DU
POSTE DE SÉLECTIONNEUR DE L’ANGLETERRE
21 Jul 2026 - L'Équipe
VINCENT DULUC
À cause de lui, les enfants s’appelaient Kevin, et c’était bien avant les Feux de l’amour. Il était Kevin Keegan, un attaquant magnétique, né à la gloire avec Liverpool, et décédé d’un cancer à l’âge de 75 ans avec l’escorte de l’affection d’un pays et de quelques villes. Au mois de mai, il n’avait pas caché que la fin était proche, dans une dernière apparition publique à Newcastle, la ville qui en avait fait un héros selon son coeur, révélant, entre deux anciennes histoires, qu’il souffrait d’un cancer très avancé, et l’Angleterre avait pu se préparer au deuil de l’une de ses figures les plus magnifiques et les plus populaires.
Avec sa disparition remontent à la surface les images qui racontent plusieurs décennies du football anglais, depuis l’apparition sur la scène d’Anfield d’un gamin de Doncaster, qui n’avait pas eu l’électricité avant l’âge de 10 ans, avait été mis au football sur l’insistance d’une soeur supérieure et s’était révélé avec Scunthorpe. Bill Shankly dirait que cet attaquant incapable de respecter sa position de départ avait déclenché le Liverpool moderne, ainsi que les moqueries du vestiaire la première fois où il était revenu de son coiffeur avec sa permanente et ses cheveux frisés, sa signature pourtant.
Gueule d’ange et drôle de diable
Avec sa belle gueule et son jeu brillant et intense, il était devenu un favori d’Anfield, remportant trois titres de champion et la C1 en 1977, après avoir inscrit son fameux but depuis le poteau de corner en quarts de finale retour contre Saint-Étienne (3-1), dans la nuit que Liverpool persiste à raconter près de cinquante ans plus tard. Grâce à la marque Patrick, qui commercialisait des chaussures à son nom, chez nous, les adolescents français ramenaient des magasins de sport un poster de Kevin Keegan qu’ils accrochaient dans leur chambre. Et comme les Beatles en 1960, il avait décidé de quitter Liverpool pour partir à Hambourg et conquérir le monde, devenant « Mighty Mouse » en Allemagne, décrochant deux Ballons d’Or en 1978 et en 1979, en passant assez près du triplé parce qu’il avait obtenu beaucoup plus de premières places qu’Alan Simonsen, en 1977.
Il n’était pas complètement un ailier, ni vraiment un avant-centre, et ne voulait pas passer pour un magicien: « Je ne volais pas comme Cruyff, je n’ai jamais eu la grâce de Pelé ou les gestes de Maradona, et George Best avait raison, j’étais juste bon à faire ses lacets. Même quand j’étais à Scunthorpe, j’aurais aimé avoir les qualités techniques de mes coéquipiers. Mais peut-être qu’ils n’ont jamais eu mon courage, mon intelligence de jeu et mon envie de progresser. »
De manière assez drôle, il racontait en janvier dernier qu’il ne savait pas qui lui avait remis son premier Ballon d’Or et qu’il ne se souvenait même plus de comment il l’avait appris: « Le gars m’a serré la main, j’ai mis le Ballon d’Or dans mon sac et je l’ai ramené à la maison avec le reste de mes affaires. »
Cette gueule d’ange pouvait être un drôle de diable, se battre avec Billy Bremner contre Leeds, étendre d’une droite un Erhard Preuss, défenseur de Lübeck, qui lui parlait mal, après six mois d’adaptation difficile à Hambourg, et menacer du doigt Alex Ferguson, en 1996, alors qu’il était à la lutte pour le titre avec Newcastle face à Manchester United, en lançant qu’il adorerait le battre, et le « I’d love it ! » , le doigt tendu, est resté l’un des moments les plus célèbres de la télé anglaise, les mots par lesquels les fans le saluaient encore dans la rue.
Avant d’étirer gentiment sa carrière de joueur à Southampton et Newcastle et de se retirer à 33 ans, il avait inscrit 21 buts en 63 sélections avec l’Angleterre, mais sans une trace à sa mesure, quittant les Trois Lions après vingt-six minutes à la Coupe du monde 1982 et une immense occasion ratée contre l’Espagne. Il raconterait cette apostrophe de Johnny Rep, un soir de victoire des Pays-Bas (2-0) à Wembley en 1977 : « Kev, je ne voudrais pas dire, mais c’est la plus mauvaise équipe d’Angleterre que j’aie jamais vue… »
Sa vie d’entraîneur avait commencé à Newcastle, dans la ville qui lui ressemblait le mieux, peut-être, un Liverpool sans la mer, qu’il avait failli mener au titre en 1996, donc, après l’avoir sauvé de la relégation en League One (D3) un peu plus tôt. Il prendrait l’habitude de faire monter ses équipes, comme Fulham et Manchester City, plus tard, et puisqu’il était anglais, puisqu’il était Kevin Keegan et que la sélection cherchait sans arrêt un homme providentiel qu’elle avait dévoré comme les autres, il avait accepté de devenir sélectionneur, après Glenn Hoddle, avant l’Euro 2000, pour vingt mois, 18 matches, 7 victoires, le plus mauvais bilan d’un sélectionneur anglais. Malgré David Beckham et Tony Adams, qui le priaient de ne pas le faire, il avait présenté sa démission au président de la Fédération dans les toilettes de Wembley, dans les minutes qui avaient suivi une défaite contre l’Allemagne, avec une explication assez simple : « Ce n’est pas un job pour moi, je n’ai pas le niveau. »
Après un dernier bal sur le banc de Newcastle en 2008, un échec de huit mois déserté par l’ancienne magie, trois ans après l’annonce qu’il quittait le football, il s’était replié sur une vie de spectateur, et d’icône de St James’ Park, entretenant un lien qui correspondait aux racines de son père, Joe. Cette saison encore, St James’ Park avait déployé une immense bannière souhaitant « longue vie à King Kev, le messie » . Le Times a écrit, un jour : « On ne sait pas ce que c’est que le véritable amour avant de voir Kevin Keegan monter sur une scène à Newcastle. »
À son biographe, Daniel Taylor, il justifiera ainsi les heures interminables avec les supporters du nord de l’Angleterre, alors qu’il lui arrivait de prendre leur téléphone pour appeler un fils, une grandmère, et annoncer « Bonjour, je suis Kevin Keegan » : « Si vous donnez aux gens dix secondes de votre temps, tout ce qu’ils auront de vous, c’est un autographe sur un bout de papier. Si vous leur parlez gentiment et que vous discutez un moment, ils auront un souvenir pour la vie. Je veux que ce soit comme ça. » De Kevin Keegan, l’Angleterre, Liverpool et Newcastle ont des souvenirs pour la vie.
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Sur les traces des Beatles à Hambourg
Pendant trois saisons, Kevin Keegan a évolué à Hambourg où, comme les Fab Four avant lui, il a connu une acclimatation difficile avant d’être finalement vénéré par le public.
"Il était mon héros.
Il était mon entraîneur à Newcastle et avec l’Angleterre.
Il était mon ami.
Un homme que tout le monde aimait.
Pour sa passion.
Je suis honoré de l’avoir connu"
- ALAN SHEARER, LÉGENDE DE
NEWCASTLE ET DE L’ANGLETERRE
21 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO
En août 1960, les Beatles, un groupe émergent de Liverpool, ralliaient en minivan Hambourg, avec l’espoir d’y gagner de l’argent en enchaînant des concerts dans des night-clubs. Dix ans plus tard, une autre référence liverpuldienne, Kevin Keegan, mort hier à l’âge de 75 ans des suites d’un cancer, réalise un trajet similaire, dans des circonstances évidemment différentes, mais avec le même objectif que celui poursuivi auparavant par les Fab Four : mieux gagner sa vie.Touche-à-tout, Kevin Keegan a croisé aussi bien la route de Jean-Michel Larqué (à gauche) lors d’un fameux Liverpool - Saint-Étienne (3-1 en quarts retour de C1 1977), que d’Elton John en 1978 (à droite). L’Anglais a évolué trois saisons (1977-1980) sous le maillot de Hambourg (à gauche) et sur le banc de l’Angleterre comme sélectionneur en 2000.
Barrière de la langue,
travail de souris et ballade sirupeuse
Âgé de 26 ans, l’attaquant international anglais, alors considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde (il termine 2e du Ballon d’Or 1977), rejoint en effet le HSV (Hambourg SV) essentiellement pour des raisons financières, comme il l’explique à cette époque dans une interview à ITV, dans laquelle il révèle qu’il gagnera 122 000 livres (188 000 € actuels) par an en Allemagne, soit plus du quintuple de ce qu’il touchait aux Reds. Par ailleurs, Liverpool reçoit 500 000livres, une somme record à l’époque, pour compenser le départ de Keegan. À son arrivée dans la cité hanséatique, ce dernier peine à prendre ses marques, comme les Beatles avant lui, et pour des raisons relativement similaires : la barrière de la langue, une apparence mal comprise par les Hambourgeois (manteaux en cuir noir pour les musiciens, coiffure en permanente pour le footballeur) et un hôtel qui ne leur convient pas (même si celui occupé par l’ancien Red est moins sordide que le débarras d’une salle de cinéma où dormaient Paul McCartney et ses compagnons).
De plus, durant plusieurs mois, Keegan reçoit peu de passes de ses nouveaux coéquipiers, qui lui reprochent d’avoir déstabilisé par son arrivée une équipe vainqueure de la Coupe des Coupes la saison précédente. Mais, comme ses glorieux devanciers, à force de travail au quotidien, et en faisant l’effort d’apprendre les rudiments de la langue de Goethe, l’attaquant séduit progressivement le public local, qui le surnomme bientôt « Mighty Mouse » (la Super Souris), du nom d’un dessin animé américain populaire dans les années 1950, en raison de sa petite taille et de son activité infernale.
Au final, malgré ses débuts manqués, Keegan est parvenu en seulement trois saisons à s’affirmer comme une légende du HSV, en raison notamment de sa contribution décisive (17 buts) lors de la saison de Bundesliga 1979 couronnée par le premier titre de champion de l’histoire du club (depuis la professionnalisation du Championnat en 1963), et parce qu’il a guidé l’année suivante ses coéquipiers jusqu’en finale de la C1, où les Rothosen s’inclinent face à Nottingham Forest (0-1).
À cette époque, au sein d’un effectif pourtant riche en joueurs de renom (Felix Magath, Horst Hrubesch, Manfred Kaltz…), Mighty Mouse se révèle à ce point dominant qu’il va être récompensé de deux Ballons d’Or d’affilée, en 1978 et 1979. Mais bientôt, le mal du pays rattrape Keegan qui, à la surprise générale, annonce son départ à venir pour Southampton dès février 1980. Non sans avoir enregistré, quelques mois plus tôt, une ballade sirupeuse, « Head Over Heels in Love », qui se classe au 10e rang des charts allemands. Une performance qui témoigne de la popularité dont il bénéficiait alors outre-Rhin, et achève de rapprocher son séjour hambourgeois de celui des Beatles.
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Kevin Keegan nel 1973, mentre festeggia la Coppa UEFA del
Liverpool contro il Borussia Mönchengladbach (3-2 complessivo).
KEEGAN, PALLONE D’ORO DEL POPOLO
Scomparso ieri all’età di 75 anni a causa di un tumore, Kevin Keegan ha vinto due volte il Pallone d’oro, nel 1978 e nel 1979, prima di diventare allenatore, tra le altre, del Newcastle e poi della Nazionale inglese.
«Non è un lavoro per me,
non sono all’altezza»
- KEVIN KEEGAN, DOPO LE DIMISSIONI
DA CT DELL’INGHILTERRA
21 luglio 2026 - L’Équipe
VINCENT DULUC
Grazie a lui, i bambini si chiamavano Kevin, e questo ben prima di *The Young and the Restless*. Era Kevin Keegan, un attaccante carismatico, nato per la gloria con il Liverpool e scomparso a causa di un tumore all’età di 75 anni, accompagnato dall’affetto di un intero Paese e di alcune città. A maggio non aveva nascosto che la fine fosse vicina, in un’ultima apparizione pubblica a Newcastle, la città che lo aveva reso un idolo e nel suo cuore, rivelando, tra un aneddoto e l’altro, di soffrire di un cancro in stadio molto avanzato, e l’Inghilterra aveva potuto prepararsi al lutto per una delle sue figure più magnifiche e popolari.
Con la sua scomparsa riaffiorano alla memoria le immagini che raccontano diversi decenni di calcio inglese, a partire dall’apparizione, sulla scena di Anfield, di un ragazzino di Doncaster, che in casa non aveva avuto l’elettricità fino all’età di 10 anni, che era stato avvicinato al calcio su insistenza di una suora e si era rivelato con lo Scunthorpe. Bill Shankly diceva che quell’attaccante incapace di rispettare la propria posizione di partenza aveva dato il via al Liverpool moderno, così come alle prese in giro nello spogliatoio la prima volta che era tornato dal parrucchiere con la permanente, quei capelli ricci poi diventati però il suo marchio di fabbrica.
Faccia d’angelo e diavoletto
Con il suo bel viso e il suo gioco brillante e intenso, era diventato uno dei beniamini di Anfield, vincendo tre campionati e nel 1977 la Coppa dei Campioni, con il suo famoso gol sul secondo palo da sinistra da azione di calcio d'angolo nella partita di ritorno dei quarti di finale contro il Saint-Étienne (3-1), in quella notte che il Liverpool continua a raccontare a distanza di quasi cinquant’anni. Grazie al marchio Patrick, che commercializzava scarpe a suo nome, da noi gli adolescenti francesi portavano a casa dai negozi di articoli sportivi un poster di Kevin Keegan che appendevano nelle loro camerette. E proprio come i Beatles nel 1960, aveva deciso di lasciare Liverpool per trasferirsi ad Amburgo e conquistare il mondo, diventando “Mighty Mouse” in Germania, aggiudicandosi due Palloni d’oro nel 1978 e nel 1979, sfiorando la tripletta perché nel 1977 aveva ottenuto molti più titoli rispetto ad Alan Simonsen.
Non era né un'ala a tutti gli effetti, né un vero e proprio centravanti, e non voleva passare per un mago: «Non volavo come Cruyff, non ho mai avuto la grazia di Pelé né i gesti di Maradona, e George Best aveva ragione, ero bravo solo ad allacciargli le scarpe. Anche quando ero allo Scunthorpe, avrei voluto avere le qualità tecniche dei miei compagni di squadra. Ma forse loro non hanno mai avuto il mio coraggio, la mia intelligenza di gioco e la mia voglia di migliorare».
In modo piuttosto strano, lo scorso gennaio raccontava di non sapere chi gli avesse consegnato il suo primo Pallone d’Oro e di non ricordarsi nemmeno più come l’avesse saputo: «Quel tizio mi ha stretto la mano, ho messo il Pallone d’Oro nella borsa e l’ho portato a casa con il resto delle mie cose. »
Quel viso d’angelo sapeva trasformarsi in un autentico diavoletto: litigare con Billy Bremner contro il Leeds (espulsi da Bob Matthewson al 60' per la famigerata scazzottata nel Charity Shield del 1974, ndr), stendere con un destro Erhard Preuss, difensore del Lubecca, che lo aveva apostrofato per i sei mesi di difficile adattamento ad Amburgo, e puntare il dito contro Alex Ferguson, nel 1996, mentre era in lotta per il titolo con il Newcastle contro il Manchester United, affermando che gli sarebbe piaciuto batterlo, e quel «I’d love it!», con il dito (indice sinistro; e in realtà disse "I will love it", ndr) teso, è rimasto uno dei più famosi momenti della televisione inglese, le parole con cui i tifosi ancora lo salutavano per strada.
Prima di concludere con calma la sua carriera da calciatore al Southampton e al Newcastle e ritirarsi a 33 anni, aveva segnato 21 gol in 63 presenze con l’Inghilterra, ma senza lasciare un segno all’altezza del suo talento, lasciando i Tre Leoni dopo ventisei minuti ai Mondiali del 1982 e un’enorme occasione sprecata contro la Spagna. Raccontava di quella battuta di Johnny Rep, la sera della vittoria dell’Olanda (2-0) a Wembley nel 1977 (doppietta di Jan Peters; la partita di Johan Cruijff da 10 in pagella; ndr): «Kev, non vorrei dirlo, ma questa è la peggiore squadra inglese che abbia mai visto… »
La sua carriera da allenatore era iniziata a Newcastle, nella città che forse più gli assomigliava, una sorta di Liverpool ma con il mare, che aveva quasi portato quasi al titolo nel 1996 (secondo a quota 78 punti contro gli 82 del Manchester United, ndr), dopo averla salvata dalla retrocessione in League One (terza divisione). Avrebbe preso l’abitudine di far salire di categoria le sue squadre, come il Fulham e il Manchester City, in seguito, e poiché era inglese, poiché era Kevin Keegan e poiché la Nazionale era alla continua ricerca di un uomo della provvidenza da divorare come gli altri, aveva accettato di diventarne commissario tecnico, dopo Glenn Hoddle, prima di Euro 2000, per venti mesi, 18 partite, 7 vittorie, il bilancio peggiore di un selezionatore inglese. Nonostante David Beckham e Tony Adams, che lo supplicavano di non farlo, aveva presentato le dimissioni al presidente federale nei bagni di Wembley, nei minuti successivi la sconfitta contro la Germania, con una spiegazione piuttosto semplice: «Non è un lavoro per me, non sono all’altezza».
Dopo un ultimo passaggio sulla panchina del Newcastle nel 2008, un fallimento di otto mesi in cui la magia di un tempo era ormai svanita, tre anni dopo l’annuncio del suo addio al calcio, si era ritirato a una vita da spettatore e da icona del St James’ Park, mantenendo un legame che rispecchiava le radici di suo padre, Joe. Anche in questa stagione, allo St James’ Park era stato esposto un enorme striscione con la scritta «Lunga vita a King Kev, il messia». Il Times scrisse un giorno: «Non si sa cosa sia il vero amore finché non si vede Kevin Keegan salire su un palco a Newcastle».
Al suo biografo, Daniel Taylor, spiegò così il motivo di quelle interminabili ore trascorse con i tifosi del nord dell’Inghilterra, durante le quali a volte prendeva il loro telefono per chiamarne un figlio o una nonna e annunciare loro: «Buongiorno, sono Kevin Keegan»: «Se dedichi alle persone dieci secondi del tuo tempo, tutto ciò che otterranno da te sarà un autografo su un pezzo di carta. Se invece parli loro con gentilezza e scambi qualche parola, avranno un ricordo che durerà per tutta la vita. È così che voglio che sia». Di Kevin Keegan, l’Inghilterra, Liverpool e Newcastle conservano ricordi che dureranno per tutta la vita.
***
Sulle tracce dei Beatles ad Amburgo
Per tre stagioni, Kevin Keegan ha giocato ad Amburgo dove, come i Fab Four prima di lui, ha vissuto un periodo di adattamento difficile prima di essere infine venerato dal pubblico.
«Era il mio idolo.
È stato il mio allenatore al Newcastle e con l’Inghilterra.
Era mio amico.
Un uomo che tutti amavano.
Per la sua passione.
Sono onorato di averlo conosciuto»
- ALAN SHEARER, LEGGENDA DEL
NEWCASTLE E DELL’INGHILTERRA
21 luglio 2026 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO
Nell’agosto del 1960, i Beatles, un gruppo emergente di Liverpool, si recarono in minivan ad Amburgo, con la speranza di guadagnare qualche soldo esibendosi in una serie di concerti nei night-club. Dieci anni dopo, un altro personaggio di spicco di Liverpool, Kevin Keegan, scomparso ieri all’età di 75 anni a causa di un tumore, intraprese un percorso simile, in circostanze ovviamente diverse, ma con lo stesso obiettivo perseguito in precedenza dai Fab Four: guadagnarsi da vivere meglio. Versatile, Kevin Keegan ha incrociato sia Jean-Michel Larqué (a sinistra) durante un famoso Liverpool - Saint-Étienne (3-1 nella partita di ritorno dei quarti di finale della Coppa dei Campioni del 1977), sia Elton John nel 1978 (a destra). L’inglese ha giocato per tre stagioni (1977-1980) con la maglia dell’Amburgo (a sinistra) e ha guidato la nazionale inglese come commissario tecnico nel 2000.
Barriera linguistica,
lavoro di precisione e ballata melensa
All’età di 26 anni, l’attaccante della nazionale inglese, allora considerato uno dei migliori giocatori al mondo (si classificò secondo al Pallone d’oro del 1977), passò infatti all’HSV (Amburgo SV) essenzialmente per motivi finanziari, come spiegò all’epoca in un’intervista a ITV, nella quale rivela che in Germania guadagnerà 122.000 sterline (188.000 € attuali) l’anno, ovvero più del quintuplo di quanto percepiva con i Reds. Inoltre, il Liverpool riceve 500.000 sterline, una somma-record per l’epoca, a compensazione della partenza di Keegan. Al suo arrivo nella città anseatica, fatica ad ambientarsi, proprio come i Beatles prima di lui, e per ragioni relativamente simili: la barriera linguistica, un aspetto fisico frainteso dagli amburghesi (cappotti di pelle nera per i musicisti, capelli con la permanente per il calciatore) e un hotel che non fa per loro (anche se quello in cui alloggia l’ex Red è meno squallido del ripostiglio di un cinema dove dormivano Paul McCartney e compagni).
Inoltre, per diversi mesi, Keegan riceve pochi passaggi dai suoi nuovi compagni di squadra, che gli rimproverano di aver destabilizzato, con il suo arrivo, la squadra vincitrice della Coppa delle Coppe nella stagione precedente (1976-77, ndr). Ma, come i suoi gloriosi predecessori, grazie al duro lavoro quotidiano e allo sforzo di imparare almeno le basi della lingua di Goethe, l’attaccante conquista gradualmente il pubblico locale, che ben presto lo soprannomina «Mighty Mouse » (Topolino), dal nome del personaggio a fumetti americano popolare negli anni ’50, per via della sua bassa statura e della suo modo frenetico di giocare.
Alla fine, nonostante un esordio non proprio brillante, Keegan è riuscito in sole tre stagioni ad affermarsi come una leggenda dell’HSV, soprattutto grazie al suo contributo decisivo (17 gol) nella Bundesliga del 1979, coronata dal primo titolo di campione di Germania nella storia del club (dalla professionalizzazione del campionato nel 1963), e perché l’anno successivo guidò i suoi compagni fino alla finale di Coppa dei Campioni, che i Rothosen ("Calzoncini rossi", ndr) persero (0-1) contro il Nottingham Forest.
All’epoca, in una rosa pur ricca di giocatori di fama (Felix Magath, Horst Hrubesch, Manfred Kaltz…), Mighty Mouse si rivelò talmente dominante da essere premiato con due Palloni d’oro consecutivi, nel 1978 e nel 1979. Ma ben presto la nostalgia di casa ebbe la meglio su Keegan, il quale, con grande sorpresa di tutti, annunciò il suo imminente trasferimento al Southampton a partire dal febbraio 1980. Non senza aver inciso, alcuni mesi prima, una ballata sdolcinata, «Head Over Heels in Love», che si classificò al 10° posto nelle classifiche tedesche. Un risultato che testimonia la popolarità di cui godeva allora oltre il Reno e che finisce per avvicinare ancora di più il suo soggiorno ad Amburgo a quello dei Beatles.

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