Cyclisme : Paul Seixas abandonne le Tour Auvergne-Rhône-Alpes


15 Jun 2026 - Libération
(avec AFP)

Paul Seixas a abandonné dimanche lors de la huitième et dernière étape du 78e Tour Auvergne-Rhône-Alpes dont il avait pris le départ malgré sa lourde chute de la veille. Le Français de 19 ans a mis pied à terre au début de la montée hors catégorie de Bisanne, la deuxième des quatre difficultés de la journée. Le leader de l’équipe Decathlon, qui occupait la sixième place du général à 1’54” de l’Australien Luke Tuckwell, avait fait appel un peu plus tôt à la voiture médicale avant de se résoudre donc à quitter les routes de l’ex-Critérium du Dauphiné, répétition générale avant le Tour de France, qui se déroulera du 4 au 26 juillet.

«Ça repart. On n’abandonne pas», avait lancé le Lyonnais au départ dimanche matin à Beaufort, expliquant qu’il avait dans l’idée de faire au moins «de bonnes intensités» lors de cette étape. «Ça fait un peu mal mais c’est le dernier jour, on va tout donner. Je n’ai rien de cassé, avait-il développé. La victoire finale va être compliquée mais rien n’est impossible. Tout le staff médical a fait du bon boulot, j’arrive à bien tenir le guidon. Après, j’ai un peu mal au bras, c’est compliqué pour les descentes.»

Le prodige français avait chuté samedi après 32 kilomètres de course à une vitesse qu’il a estimée luimême à 70km/h. Après avoir glissé sur 20 à 30 mètres dans les graviers, il s’est relevé avec de multiples dermabrasions. Malgré cette chute, Seixas avait réussi à limiter les écarts sur Isaac Del Toro. Le Mexicain de 22 ans a remporté la course, dimanche, sur le plateau de Solaison.

***

Seixas, le jour d’après

Au lendemain de sa chute et d’une poursuite héroïque, Paul Seixas a abandonné hier après le premier col, souffrant et surtout prudent en pensant au Tour de France, pour lequel son entourage ne s’inquiète pas.

«On a préféré lui dire de s’arrêter. 
Mais le sourire était là, 
il a fait le reste de l’étape dans la voiture, 
pas de problème particulier»
   - JULIEN JURDIE, LE DIRECTEUR 
     SPORTIF DE DECATHLON-CMA CGM

«Ce ne sont vraiment que des plaies et des courbatures, 
donc avec tous les soins de l’équipe, ça va aller»
   - AURÉLIEN PARET-PEINTRE, 
     COÉQUIPIER DE PAUL SEIXAS

15 Jun 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

PLATEAU DE SOLAISON – Il lui faudra attendre le 19 juillet pour savourer le panorama sur les aiguilles blanches au bout d’une bataille dans les épingles ombragées du plateau de Solaison, arrivée inédite du prochain Tour de France. Cette journée-là comptera mille fois plus que celle d’hier dans la carrière de Paul Seixas, attendu par un destin sur la Grande Boucle et déjà top 10 du Tour Auvergne-Rhône-Alpes l’an dernier, alors « il ne servait à rien d’insister et de transpirer sur les plaies » , a résumé son chaperon Aurélien Paret-Peintre. « Paul va bien, pas d’inquiétude sur son intégrité physique » , a rassuré le directeur sportif Julien Jurdie.

Samedi, au crépuscule d’une journée de chasse ensanglantée, le leader de 19 ans « était très motivé » (Paret-Peintre) et a étonnamment « bien dormi » selon ses mots, se réveillant hier matin avec l’envie de repartir au combat. « Ce matin (hier), tous les feux étaient au vert, donc on a décidé en concertation avec le pôle médical, Paul, Luke (Rowe) et moi de repartir, a détaillé Jurdie. On avait mis un plan en place en espérant être acteur. » Momifié, les deux avant-bras et le genou gauche recouverts de bandages, Seixas savait néanmoins qu’il serait « dur de tenir le vélo » , les mains écorchées et un hématome au coude dont il avait ressenti la douleur la veille en descente et encore le matin en se testant.

Ovationnés à leur descente du car au départ à Beaufort, les Decathlon-CMA CGM, réduits à quatre unités (3 abandons), ont tout de même décidé d’envoyer Léo Bi si aux en éclaireur dans l’échappée. « Il avait de bonnes jambes » , explique Nicolas Prodhomme, resté en garde du corps auprès de Seixas avec Paret-Peintre, « car s’il se sentait bien, il y avait encore de très bonnes choses à faire ». « Mais rapidement dans le col du Pré, on a senti dans la communication que le feeling était beaucoup moins bon en action qu’au repos » , retrace Jurdie. Déjà distancé peu après le premier sommet au bout de 10 km, Paul Seixas a demandé à sa voiture ce qu’il devait faire. « On a préféré lui dire de s’arrêter, relate son directeur sportif. Mais le sourire était là, il a fait le reste de l’étape dans la voiture, pas de problème particulier. » À la radio, le jeune Français a eu un dernier mot pour ses équipiers, « il a remercié le taf qu’on a fait toute cette semaine, pas qu’hier (samedi) , rapporte Prodhomme.

« C’est déjà un bon leader même s’il est très jeune, poursuit l’équipier grimpeur. Il n’y a pas le feu au lac, c’était une semaine de préparation, rendez-vous en juillet. »

Déposé au pied de son car, Seixas a sollicité le soutien d’un assistant pour gravir les trois marches, mais le grimpeur n’aurait rien de cassé, juste le contrecoup du choc et des efforts de la veille, l’adrénaline en moins. La prudence était de mise, « les objectifs sont dans trois semaines, donc il ne faut pas qu’il prenne de risques mais qu’il se repose et que les plaies se referment », insiste Paret-Peintre.

Dans la suite de sa préparation pour le Tour, le Français devait initialement profiter de trois jours de récupération avant de reprendre jeudi par un rappel en altitude collectif, aux Arcs 1950, jusqu’au 23 juin, puis enchaîner sur quatre journées de reconnaissance d’étapes, une semaine avant le Grand Départ à Barcelone. « Maintenant, c’est le staff médical qui a la clé, délègue Jurdie. Il va surtout se reposer, je pense qu’il a en besoin. Et petit à petit, on verra le plan pour le futur. » Comme le reste de l’équipe, Paret-Peintre se veut rassurant:

« Ce ne sont vraiment que des plaies et des courbatures, 
donc avec tous les soins de l’équipe, ça va aller. »

Dans un communiqué publié dans la soirée par Decathlon-CMA CGM, le directeur médical de l’équipe, Jacky Maillot, précise qu’une « chute comme celle subie samedi, autour de 70 km/h, est très coûteuse en énergie et il va lui falloir quelques jours de repos avant de reprendre sa préparation pour le Tour de France » . Venu pour gagner, Seixas repart sans terminer et avec des plaies. « Pour moi, il n’y a que du positif dans ce qui s’est passé cette semaine, retient Paret-Peintre.

C’est toujours mieux que ça nous arrive ici que dans trois semaines, que ce soit le chrono par équipes un peu en dessous de nos espérances (mardi), l’échappée de 60 coureurs (vendredi) ou hier (samedi). » Et Jurdie de conclure : « Parfois, on apprend plus vite dans la douleur. »

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