LE LIEUTENANT EST PRÊT
Sans rival dans la somptueuse montée finale vers le plateau de Solaison,
Isaac del Toro a remporté une deuxième étape de montagne,
après celle de samedi au Grand Colombier.
Vainqueur au plateau de Solaison, a remporté le Tour Auvergne - Rhône-Alpes, qui a distillé quelques enseignements pour le Tour de France, dont le fait que le Mexicain sera très fort au côté de Tadej Pogacar.
«Une victoire comme celleci met ton esprit en paix»
- ISAAC DEL TORO
15 Jun 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
PLATEAU DE SOLAISON (HAUTE-SAVOIE) – Un peu de soleil a enfin illuminé le visage d’Isaac del Toro, hier après midi, au moment de franchir la ligne d’arrivée, celui qui irradiait le plateau de Solaison, celui qui brûlait en lui alors qu’il venait de sceller sa victoire finale dans le Tour Auvergne - Rhône-Alpes. Dans la semaine, le Mexicain s’était souvent montré renfermé, mutique, le regard sombre, les sourcils froncés qui laissaient apparaître en leur centre un sillon déjà bien creusé, à 22 ans.
C’est son mode opératoire, il affichait déjà la même humeur sur Tirreno-Adriatico en mars alors qu’il dominait la course et, cette fois, il ne voulait pas trop en dire, car lui-même était à la recherche de réponses, d’indices sur son état de forme alors qu’il reprenait la compétition après le Tour du Pays basque, début avril, quitté avec une déchirure à un quadriceps.
Alors hier, il y avait un peu plus de décontraction, de sourires. Plus tôt, del Toro avait découpé la concurrence dans la montée finale, où il avait décollé à neuf kilomètres du sommet, après un relais monstrueux de Pablo Torres qui avait commencé à faire vaciller Luke Tuckwell, en train de perdre son maillot jaune mais qui est parvenu à rester sur le podium final (2e), une performance bluffante pour l’Australien de 21 ans.
« Une victoire comme celle-ci met ton esprit en paix quand tu sais que tu vas dans la bonne direction, parce que, moi, je ne veux pas me mettre trop de pression dans la tête, je veux juste avoir à suivre le flot et là, c’est bien », savourait del Toro, content de remporter un premier maillot jaune dans sa carrière, quoique c’est d’un autre qu’il rêve pour plus tard, pendant que des supporters mexicains hurlaient Méjico dans la zone d’arrivée.
Il a bien sûr échangé quelques messages pendant l’épreuve avec son leader Tadej Pogačar, satisfait de constater que son lieutenant serait prêt pour le Tour de France. Le quadruple vainqueur de la Grande Boucle va parfaire sa préparation au Tour de Suisse à partir de mercredi. Del Toro, lui, espère encore améliorer sa condition lors d’un stage en altitude à Isola, d’où il descendra à la dernière minute pour se rendre au Grand Départ de Barcelone. Les UAE ont donc encore marqué des points dans la perspective de juillet, même si nombre de leurs adversaires ont également paru dans les clous dans les Alpes pour être au mieux dans trois semaines.
La frustration de la semaine se cristallise autour de la chute de Paul Seixas, qui a brouillé la grille de lecture et nous a privés du duel esquissé vendredi dans la montée vers Crest-Voland. L’abandon du Français hier est assurément un accroc, le premier de sa jeune carrière, qu’il devra digérer dans les prochains jours en même temps qu’il soignera ses blessures, mais aussi un bon apprentissage, qui devrait lui dicter pour la suite de maîtriser sa fougue à certains moments, notamment dans les descentes.
Ce revers nous a empêchés de voir où le niveau du Lyonnais se situait au sortir de sa préparation en altitude, même si on l’a deviné élevé puisque, vendredi, il lui a suffi d’accélérer au train, sur une pente gentillette, pour faire exploser tout le monde à l’exception de del Toro. Le reste du plateau semblait à sa main. Juan Ayuso, 2e de l’étape hier et 3e du classement général, a reconnu évoluer un étage en dessous de del Toro, mais l’Espagnol se satisfaisait de cette condition, lui qui annonçait au départ ne pas être au top de sa forme, après les chutes et maladies du début de saison. Il a en revanche dû apprécier la cohabitation avec Mattias Skjelmose (6e) qui s’est déroulée sans étincelles.
Matteo Jorgenson a un peu plié les ailes vers le plateau de Solaison (10 à 1’43’’ de Del Toro), mais l ui aussi di sai t au cours de l’épreuve qu’il était loin de son niveau d’avril. L’Américain espère gagner les derniers pourcents lors du stage à Tignes avec les Visma-Lease a bike, où il retrouvera son leader de juillet, Jonas Vingegaard.
La semaine noire des Netcompany Ineos
Le Danois, à l’herbage depuis sa victoire dans le Giro, a dû apprécier le niveau de jeu de son principal sherpa, bien qu’il n’évolue pas dans la même dimension que celui de son rival slovène, ainsi que de celui de ses équipiers Ben Tulett et Bruno Armirail. Il doit être en revanche davantage inquiet de l’état de Wout Van Aert, qui a gagné jeudi mais a ensuite quitté la course, affaibli par une infection après sa récente chute à l’entraînement. Dans cette chasse aux indices pour le Tour de France, les Netcompany Ineos ont vécu une semaine noire et leur formation est en kit avant le Tour de France. Joshua Tarling, rouage essentiel pour le chrono par équipes, est tombé et a été opéré d’une fracture d’une clavicule. Oscar Onley, une des deux cartes pour le général, a connu une gamelle effrayante, dans un ravin, avec une luxation d’une épaule et un choc à un genou qui devraient l’écarter du rendez-vous.
Et leur deuxième atout, Kévin Vauquelin, a évolué bien loin de ses standards de l’été 2025, 15e du général à près de treize minutes de del Toro. Le Français va monter quelques jours avec sa formation à l’Alpe d’Huez, pour un dernier rappel en altitude comme toutes les équipes, les derniers efforts, les dernières bouffées d’oxygène avant de plonger dans la folie de juillet.
***
Seixas, le jour d’après
Au lendemain de sa chute et d’une poursuite héroïque, Paul Seixas a abandonné hier après le premier col, souffrant et surtout prudent en pensant au Tour de France, pour lequel son entourage ne s’inquiète pas.
«On a préféré lui dire de s’arrêter.
Mais le sourire était là,
il a fait le reste de l’étape dans la voiture,
pas de problème particulier»
- JULIEN JURDIE, LE DIRECTEUR
SPORTIF DE DECATHLON-CMA CGM
«Ce ne sont vraiment que des plaies et des courbatures,
donc avec tous les soins de l’équipe, ça va aller»
- AURÉLIEN PARET-PEINTRE,
COÉQUIPIER DE PAUL SEIXAS
15 Jun 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
PLATEAU DE SOLAISON – Il lui faudra attendre le 19 juillet pour savourer le panorama sur les aiguilles blanches au bout d’une bataille dans les épingles ombragées du plateau de Solaison, arrivée inédite du prochain Tour de France. Cette journée-là comptera mille fois plus que celle d’hier dans la carrière de Paul Seixas, attendu par un destin sur la Grande Boucle et déjà top 10 du Tour Auvergne-Rhône-Alpes l’an dernier, alors « il ne servait à rien d’insister et de transpirer sur les plaies » , a résumé son chaperon Aurélien Paret-Peintre. « Paul va bien, pas d’inquiétude sur son intégrité physique » , a rassuré le directeur sportif Julien Jurdie.
Samedi, au crépuscule d’une journée de chasse ensanglantée, le leader de 19 ans « était très motivé » (Paret-Peintre) et a étonnamment « bien dormi » selon ses mots, se réveillant hier matin avec l’envie de repartir au combat. « Ce matin (hier), tous les feux étaient au vert, donc on a décidé en concertation avec le pôle médical, Paul, Luke (Rowe) et moi de repartir, a détaillé Jurdie. On avait mis un plan en place en espérant être acteur. » Momifié, les deux avant-bras et le genou gauche recouverts de bandages, Seixas savait néanmoins qu’il serait « dur de tenir le vélo » , les mains écorchées et un hématome au coude dont il avait ressenti la douleur la veille en descente et encore le matin en se testant.
Ovationnés à leur descente du car au départ à Beaufort, les Decathlon-CMA CGM, réduits à quatre unités (3 abandons), ont tout de même décidé d’envoyer Léo Bi si aux en éclaireur dans l’échappée. « Il avait de bonnes jambes » , explique Nicolas Prodhomme, resté en garde du corps auprès de Seixas avec Paret-Peintre, « car s’il se sentait bien, il y avait encore de très bonnes choses à faire ». « Mais rapidement dans le col du Pré, on a senti dans la communication que le feeling était beaucoup moins bon en action qu’au repos » , retrace Jurdie. Déjà distancé peu après le premier sommet au bout de 10 km, Paul Seixas a demandé à sa voiture ce qu’il devait faire. « On a préféré lui dire de s’arrêter, relate son directeur sportif. Mais le sourire était là, il a fait le reste de l’étape dans la voiture, pas de problème particulier. » À la radio, le jeune Français a eu un dernier mot pour ses équipiers, « il a remercié le taf qu’on a fait toute cette semaine, pas qu’hier (samedi) , rapporte Prodhomme.
« C’est déjà un bon leader même s’il est très jeune, poursuit l’équipier grimpeur. Il n’y a pas le feu au lac, c’était une semaine de préparation, rendez-vous en juillet. »
Déposé au pied de son car, Seixas a sollicité le soutien d’un assistant pour gravir les trois marches, mais le grimpeur n’aurait rien de cassé, juste le contrecoup du choc et des efforts de la veille, l’adrénaline en moins. La prudence était de mise, « les objectifs sont dans trois semaines, donc il ne faut pas qu’il prenne de risques mais qu’il se repose et que les plaies se referment », insiste Paret-Peintre.
Dans la suite de sa préparation pour le Tour, le Français devait initialement profiter de trois jours de récupération avant de reprendre jeudi par un rappel en altitude collectif, aux Arcs 1950, jusqu’au 23 juin, puis enchaîner sur quatre journées de reconnaissance d’étapes, une semaine avant le Grand Départ à Barcelone. « Maintenant, c’est le staff médical qui a la clé, délègue Jurdie. Il va surtout se reposer, je pense qu’il a en besoin. Et petit à petit, on verra le plan pour le futur. » Comme le reste de l’équipe, Paret-Peintre se veut rassurant:
« Ce ne sont vraiment que des plaies et des courbatures,
donc avec tous les soins de l’équipe, ça va aller. »
Dans un communiqué publié dans la soirée par Decathlon-CMA CGM, le directeur médical de l’équipe, Jacky Maillot, précise qu’une « chute comme celle subie samedi, autour de 70 km/h, est très coûteuse en énergie et il va lui falloir quelques jours de repos avant de reprendre sa préparation pour le Tour de France » . Venu pour gagner, Seixas repart sans terminer et avec des plaies. « Pour moi, il n’y a que du positif dans ce qui s’est passé cette semaine, retient Paret-Peintre.
C’est toujours mieux que ça nous arrive ici que dans trois semaines, que ce soit le chrono par équipes un peu en dessous de nos espérances (mardi), l’échappée de 60 coureurs (vendredi) ou hier (samedi). » Et Jurdie de conclure : « Parfois, on apprend plus vite dans la douleur. »

Commenti
Posta un commento