Miroir du cyclisme, saison 2
Un nouveau numéro de la publication sort en kiosques ce jeudi 11 juin, à quelques semaines des Tours de France masculin et féminin. En une, le prodige français qaul Seixas, qui bouscule la planète vélo.
JEAN-EMMANUEL DUCOIN Rédacteur en chef de Miroir du Cyclisme
10 Jun 2026 - L'Humanité
Il y a tout juste un an, nous relancions l’aventure, non sans risque, mais avec au coeur et à l’esprit la conviction du « bon moment ». Lorsque Miroir du cyclisme a reparu après trente années de mise en sommeil, l’exercice n’avait rien de nostalgique. On ne ressuscite pas un monument pour le contempler sous une cloche de verre. On le réveille pour qu’il continue de vivre. Le numéro 475 n’était pas une nouvelle formule de plus, mais bel et bien la reprise d’un récit interrompu. Comme si le fil n’avait jamais été coupé. Car le monde du vélo a changé. Les watts ont remplacé certaines intuitions, les algorithmes accompagnent désormais les champions, les équipes communiquent comme des multinationales et les réseaux sociaux fabriquent parfois des héros avant même leurs premiers exploits. Pourtant, sous les couches de modernité, demeure l’essentiel: un homme ou une femme au coeur d’un collectif, face à l’effort, à la souffrance, au doute et au désir de dépassement. C’est là que Miroir continue de trouver sa matière.
UN DÉSIR D’AUDACE ET DE PANACHE
Voilà pourquoi, en ce mois de juin 2026, à quelques semaines des Tours de France masculin et féminin, l’apparition de Paul Seixas résonne si profondément dans les pages de notre publication, jusqu’à sa une. Parce qu’il rappelle soudain ce que le cyclisme possède de plus rare : sa capacité à faire surgir l’inattendu. Non pas un produit de laboratoire ou une promesse prématurément emballée, mais une apparition. Un de ces coureurs qui semblent entrer dans l’histoire avant même d’y avoir pleinement pris place. Depuis des années, le cyclisme français vivait dans l’attente de son propre récit et se cherchait un dauphin à Bernard Hinault. Les héritiers se succédaient, les comparaisons s’accumulaient, les espoirs étaient pesés avant même d’avoir grandi. Avec Seixas, quelque chose d’autre surgit. Une émotion ancienne. Une ferveur que l’on croyait dispersée dans les souvenirs de Bobet, d’anquetil, de Poulidor, de Thévenet, de Hinault ou de Fignon. Comme si une génération retrouvait soudain le droit de croire.
Mais précisément parce qu’il est fidèle à lui-même, Miroir du cyclisme refuse la facilité des emballements. Il regarde Seixas avec enthousiasme, mais aussi avec prudence. Avec admiration, mais sans renoncer à l’analyse. Protéger un champion aussi précoce, aussi talentueux, signifie dans un même mouvement le soustraire à la démesure des attentes. Le comprendre plutôt que de le consommer. Cette attitude résume à elle seule l’esprit de notre rédaction. La ferveur sans naïveté. L’espérance sans aveuglement. La passion sans abandon de la pensée critique. À l’heure où tout s’accélère, où l’émotion devient souvent un produit et l’information un flux continu, Miroir du cyclisme revendique autre chose : le temps long. Le goût des histoires. Les rencontres. La profondeur des portraits. La mémoire des luttes. L’attention portée aux femmes et aux hommes qui composent cette immense légende populaire. Car les champions racontent toujours davantage qu’eux-mêmes. Ils nous parlent de pays proches et lointains, de territoires, de classes sociales, d’imaginaires collectifs, de façons de traverser leur époque. Seixas raconte déjà quelque chose de la France d’aujourd’hui : son besoin de retrouver confiance dans ses propres forces, son désir de renouer avec une certaine idée de l’audace et du panache.
À seulement 19 ans, le jeune Lyonnais s’apprête à découvrir son premier Tour de France, alors qu’il se jauge toute cette semaine sur le Tour Auvergne-rhône-alpes (exdauphiné). Son baptême du feu sur la Grande Boucle pourrait bien marquer le début d’une immense histoire. Certains y voient déjà le futur visage du cyclisme français. D’autres se demandent jusqu’où il pourra aller face à l’ogre Tadej Pogacar, sans parler des Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel et consorts. Ainsi, Miroir du cyclisme consacre à Paul Seixas un long dossier dans lequel des contributeurs prestigieux prennent la parole : Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France ; Emmanuel Seixas, son père ; Marc Pacheco, son premier entraîneur ; Vincent Lavenu, son ancien manager ; Julien Thollet, son sélectionneur en équipe de France junior ; Jeannie Longo, ancienne vainqueure du Tour de France ; Cyrille Guimard, ancien coureur et directeur sportif ; et même Didier Wampas, chanteur et fan de vélo.
« LE VÉLO EST-IL UN SPORT DE BLANCS ? »
Évidemment, ce nouveau numéro de Miroir (le n° 476) ne s’arrête pas là et quelques sujets majeurs signent notre marque de fabrique, notre philosophie. Par exemple : « Le vélo est-il un sport de Blancs ? » Ou encore : « Dopage, enquête sur un tabou » ; « 24 heures avec Marion Rousse » ; « La vélorution dans une grande ville » ; « Barcelone, reportage dans la ville-départ du Tour masculin » ; « L’histoire sociale de Manufrance » ; « Qui devait reprendre le Tour de France en 1946 ? » De nouveaux chroniqueurs ont prêté leur plume : Guillaume Martin-guyonnet, Marion Clignet, Daniel Mangeas. Sans parler de textes d’écrivains : Nadir Dendoune, Philippe Bordas, Paul Fournel, Erik Orsenna, etc. Et un cadeau exclusif : un poster du peintre Ernest Pignon-ernest.
Cette année, notons deux grandes évolutions réjouissantes dans notre galaxie. Primo : en mars dernier, nous avons créé l’association des Ami·es de Miroir du cyclisme, auquel vous pouvez adhérer, avec pour but la défense des valeurs sportives de nos fondateurs. L’écrivain et académicien Erik Orsenna en est le président d’honneur, et nous comptons d’ores et déjà un comité de parrainage prestigieux (Jeannie Longo, Jean-rené Bernaudeau, Alain Bondue, Éric Boyer, Valérie Fignon, Cyrille Guimard, Vincent Barteau, Bernard Chambaz, Gérard Mordillat, Paul Fournel, etc.). Secundo : nous sommes heureux de vous annoncer que Miroir du cyclisme sera en vente cet été dans les caravanes des deux Tours de France, masculin et féminin. De quoi (re)découvrir le sens de notre publication et son originalité, comme une petite victoire culturelle dans un temps qui confond trop souvent vitesse et pensée, contenu et regard, émotion et marchandise. Rappelons-le: Miroir est revenu en 2025, au moment précis où nous avions recommencé à avoir besoin de lui. Pour un cyclisme «à visage humain», une manière d’habiter le monde et le sport. Tout ce que nous souhaitons à Paul Seixas !
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