«Ce n’est pas la fin du monde»
Paul Seixas et Decathlon CMA CGM sont
arrivés sixièmes du contre-la-montre par équipes hier.
Paul Seixas a perdu du temps sur la plupart de ses rivaux lors du chrono par équipes, hier. Une surprise qui n’altère pas sa confiance pour le reste de la semaine et la 1re étape du Tour de France.
«Il y aura de belles étapes pour faire la différence
et ce n’est pas une minute qui va changer quelque chose.
L’ambition est d’être prêt au Tour»
- PAUL SEIXAS, LEADER DE DECATHLON CMA CGM
10 Jun 2026 L'Équipe
LUC HERINCX
PERREUX (LOIRE) – Dans l’attente des résultats finaux, Paul Seixas et Léo Bisiaux ont débriefé avec une exaltation juvénile leur première expérience commune en contrela-montre par équipes, « la grenade » mise dans les virages par le leader de 19 ans et sa « montée d’assassin » dans la rampe finale vers le sommet de Perreux. Il était question de sensations, un peu de calculs de projection, mais la morsure des rivaux qui commençait à se dessiner n’abîmait pas le partage d’expérience.
Relégué à 48 secondes de Kévin Vauquelin et Oscar Onley (Netcompany-Ineos), 45 de Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike) et 13 de Juan Ayuso (Lidl-Trek) à l’issue de cette 3e étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, une contre-performance au vu du travail effectué dans l’exercice en Sierra Nevada, Seixas n’a pas frémi. « Il a eu un super discours dans le bus avec l’ensemble du groupe, il a loué la solidarité, il était satisfait du combat qu’on avait livré, et il n’y avait pas du tout de déception » , a relaté son directeur sportif, Julien Jurdie. Après avoir rasséréné sa troupe, Seixas s’est assis dans une chaise de campeur devant les journalistes au pied de son car, pour résumer avec son flegme habituel que ce n’était « pas la fin du monde » .
Une « journée sans » pour Bissegger
Seulement perturbé par les klaxons blagueurs de Daan Hoole, qui traduisaient aussi la bonne humeur du groupe malgré le tir encaissé, le Français a pointé les failles du jour, pris du recul sur leurs conséquences et maintenu sa confiance pour la suite de la semaine: « Il y a forcément un peu de déception, on est en dessous de nos attentes, mais il faut voir les circonstances: on a perdu Stefan (
segger) assez vite et malheureusement, ça fait mal à l’équipe. »
En plus de l’abandon de Matthew Riccitello (malade sur la 1re étape), la fusée Decathlon-CMA CGM a rapidement été réduite à cinq étages car le rouleur suisse, « qui était notre élément moteur pour le final » selon Jurdie, a craqué dans la montée avant le premier intermédiaire à Coutouvre (km 8 sur 28), victime d’une « journée sans, comme il en arrive dans la vie de tous les coureurs » . Visma-Lease a Bike pourrait en dire autant, mais la méforme de Wout Van Aert et la crevaison de Ben Tulett n’ont pas empêché Jorgenson de signer le meilleur temps.
Toujours est-il que la défaillance de Bissegger a bouleversé le plan, « certains devaient se sacrifier à un moment donné et on a dû leur dire de continuer le plus loin possible » , explique Jurdie, qui avait prévenu au briefing que seul Seixas serait attendu en cas d’incident. « Le groupe a répondu présent, retient le directeur sportif. À faire les trois quarts du circuit à cinq coureurs, les relais reviennent très vite. C’est clair qu’on espérait mieux, c’est en dessous de nos attentes, mais je retiens l’esprit collectif, l’envie de tout donner pour Paul. » « On a tous fait plus que ce qu’on devait faire », a expliqué Seixas, qui a noté en points positifs, comme le reste de son équipe, les relais monstrueux de Hoole et la résistance de Bisiaux.
En binôme au pied du talus final, Seixas et son lieutenant ont abordé le virage avec chacun l’idée d’être devant, « une petite incompréhension pas grave » selon le leader qui a failli partir à la faute, se rattrapant in extremis après avoir chassé de la roue arrière. Le Lyonnais, qui s’est « senti très fort » dans la montée, a fini en solitaire à balle mais le débours final est conséquent, en plus des douze secondes grappillées le premier jour par Vauquelin et Onley. « Ce n’est pas grave, on va s’en remettre, on n’a pas perdu trois minutes non plus, a relativisé Seixas. Il faut savoir faire avec des journées comme ça, se relever, garder la tête haute et repartir vers les prochains jours avec de la confiance. »
Discret sur les deux premières étapes, le 12e du général veut continuer de courir à l’économie avec un « plan qui est bien défini ». L’arrivée de la 4e étape à Montrond-les-Bains (Loire), aujourd’hui, semble promise à un sprinteur et « on ne va pas faire n’importe quoi non plus, prévient Seixas. Il y aura de belles étapes pour faire la différence (ce week-end) et ce n’est pas une minute qui va changer quelque chose. L’ambition est d’être prêt au Tour ». Proche de son équipe type pour la Grande Boucle, Decathlon-CMA CGM a pris au moins un avantage sur Isaac Del Toro, mais la formation UAE Emirates-XRG pourra espérer bien mieux sur le chrono collectif à Barcelone (1re étape du Tour) avec Tadej Pogačar, comme les « Frelons » en présence de Jonas Vingegaard ou Netcompany Ineos avec Thymen Arensman. « C’est très compliqué de comparer puisqu’on sera huit à Barcelone », tempère Seixas, sachant que le parcours sera moins exigeant dans sa première partie, favorable à Bissegger.
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Grâce à la deuxième place de sa formation hier sur le chrono,
Kévin Vauquelin a grimpé à la deuxième place du classement général.
Vauquelin déçu mais dans le match
Derrière la victoire de Matteo Jorgenson et des Visma-Lease a bike, la stratégie d’équipe des Netcompany Ineos lors de la troisième étape a privé le Français du maillot jaune, mais avec Oscar Onley, ils sont désormais très bien placés au général.
10 Jun 2026 L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
PERREUX – Le nouveau format du contre-la-montre par équipes, un effort collectif mais des temps individualisés, n’a peut-être pas encore totalement trouvé son public, mais celui d’hier sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes a au moins eu le mérite de chambouler la hiérarchie parmi les favoris et de ménager le suspense avant l’explication en montagne ce weekend, avec à peine plus d’une minute entre Kévin Vauquelin (2e) et Isaac Del Toro (16e) et un Paul Seixas (12e) en position de chasseur.
Baudin poursuit en jaune
En attendant l’explication entre les cadors, Alex Baudin est parvenu à conserver son maillot jaune pour douze secondes. Vainqueur de l’étape d’ouverture dimanche à Saint-Ismier (Isère), le Savoyard et son équipe ont pris la troisième place de l’étape hier, à vingt-neuf secondes des Visma-Lease a Bike, et ce ne fut qu’une demi-surprise, car les Américains d’EF Education-Easy Post n’ont peut-être pas les meilleurs rouleurs sur le papier, mais ils ont la culture de l’exercice et une belle osmose entre les coureurs.
« On s’attendait à faire une bonne performance avec un très bon groupe, confirmait Baudin. La stratégie était de me conserver jusqu’à la dernière ascension pour que je sois le plus frais possible jusqu’à l’arrivée. » Le maillot jaune a fini le boulot en solo et il se verrait bien désormais conserver le paletot aujourd’hui et demain sur des profils à la difficulté modérée. « Jusqu’à Crest-Voland (Savoie, vendredi), c’est possible et ensuite je pourrai peut-être jouer le général si j’arrive à bien récupérer et garder de bonnes jambes », annonce le leader de la course.
Jorgenson et Visma en imposent
Tout avait pourtant commencé par des accrocs, Wout Van Aert qui met la flèche au bout de seulement neuf minutes, hors de forme après sa récente chute à l’entraînement, puis Ben Tulett largué après une crevaison, mais les Visma-Lease a Bike ont ensuite redressé le navire, avec leur directeur de la performance Mathieu Heijboer, qui, depuis la voiture, a remouliné quelques chiffres pour tracer une nouvelle stratégie, comme l’a expliqué Matteo Jorgenson à l’arrivée. Propulsé par Bruno Armirail, Edoardo Affini et Per Strand Hagenes, et guidé par Jorgen Nordhagen dans les bosses, l’Américain a avalé seul la dernière bosse pour enlever l’étape pour les frelons.
Au-delà de sa satisfaction personnelle de gagner après sa chute et une clavicule brisée dans l’Amstel Gold Race, Jorgenson a souligné le bon signal envoyé avant le chrono par équipes du Tour de France. « On n’était pas à Barcelone et le parcours sera différent, mais ce sera clairement très similaire, analysait-il, la même discipline, le même matériel. C’était vraiment un très bon round de préparation, on a appris beaucoup de nos entraînements en Sierra Nevada, on va encore pratiquer en altitude après cette course avec l’équipe au complet. » Ajoutez Jonas Vingegaard, Victor Campenaerts et un Van Aert en meilleure condition et les Visma peuvent effectivement faire mal en juillet.
Les Ineos à deux têtes
Les Britanniques ont eux aussi connu leur lot de pépins, avec surtout le saut de chaîne d’Oscar Onley à moins de 10 km de l’arrivée, qui amena les directeurs sportifs à prendre la décision d’attendre l’Écossais. Un arbitrage qui a sans doute coûté la victoire d’étape aux Britanniques, finalement battus de neuf secondes par les Visma, et le maillot jaune à Kévin Vauquelin, même si le Français a pu joindre ses efforts avec son équipier dans la dernière côte de Perreux pour finir ensemble sur la ligne.
Le Normand avait en tout cas le visage fermé au moment de regagner son car. « Il y a un peu de déception, avait-il soufflé peu avant. C’était une situation délicate parce que si on va à 80 km/h, qu’on descend à 55 pour repasser à 80 pour attendre quelqu’un, soi-disant fort ou non, on perd énormément de temps. Ça n’aurait pas été ma stratégie, après on va débriefer avec l’équipe. »
Geraint Thomas assumait ce choix. « Le résultat est décevant, reconnaissait le directeur course de Netcompany Ineos, mais il y a toujours des hauts et des bas, les gars doivent aller contre vents et marées ensemble et tout ça les rapproche, parce que c’est un nouveau groupe dont le but à terme est d’essayer de gagner le Tour de France, donc c’est bien que ces choses-là arrivent maintenant, pour qu’on réagisse ensemble, qu’on ait une confiance, une honnêteté les uns envers les autres. » Le Gallois retenait également du positif. « Si tu regardes le tableau général, on est toujours 2e et 3e au général », se réjouissait-il. Juste devant Jorgenson et avec un petit pécule sur Juan Ayuso, Paul Seixas ou Isaac del Toro. En parfaite position avant la bataille en montagne.
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