BOUADDI Le trésor perdu
Ayyoub Bouaddi avec le Maroc face au
Brésil de Bruno Guimaraes (1-1), le 14 juin.
Les Bleus, la vie en rose
Impressionnant avec le Maroc face au Brésil en ouverture de la Coupe du monde, le Lillois affrontera jeudi son pays de naissance, la France. Où son choix fait naître de profonds regrets.
7 Jul 2026 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE
BOSTON (USA) – Ils étaient 99, nés en France, présents en Amérique du Nord pour participer à la Coupe du monde cet été. Parmi eux, vingt-trois (sur vingt-six) portent le maillot bleu, six celui du Maroc, le futur adversaire des Français en quarts de finale (jeudi, 22 heures). Parmi ces six, il y en a un que la FFF pourrait regretter longtemps. Le milieu de Lille, Ayyoub Bouaddi, a choisi le pays de ses racines et son entrée en matière, face au Brésil (1-1, le 14 juin), a laissé insensible peu de monde. Dans un récent entretien au site américain The Athletic, Hubert Fournier, le directeur technique national français, déclarait ainsi: « C’est une perte importante pour la FFF. » La plus importante de l’histoire?
Bouaddi n’a que 18 ans et il est trop tôt pour répondre à cette question avec des certitudes. Mais ce qu’il montre en sélection marocaine depuis près d’un mois, dans la foulée de ses deux premières saisons en pro avec le LOSC, son club formateur, témoigne d’un potentiel formidable au très haut niveau. « Ayyoub est un talent qu’on suit depuis plusieurs années, poursuit Fournier dans la même interview. Et on sait que dans cette génération ( 2007), il n’y a pas d’autre Bouaddi. C’est une perte importante pour notre Fédération, oui, mais c’est son choix. » Un choix qu’il a cependant différé avant de l’acter. Jusqu’au printemps, le milieu lillois balançait toujours entre la France et le Maroc, en dépit du travail de séduction incessant de son pays d’origine.
Zidane lui a téléphoné, sans le rassurer
Entre juillet et décembre 2025, Walid Regragui, alors sélectionneur marocain, était déjà venu à Lille à trois reprises pour le convaincre de participer à la Coupe d’Afrique des nations, l’hiver dernier. Lors de son ultime visite, Regragui a compris qu’il serait contre-productif d’insister. Bouaddi lui a répondu qu’il accordait sa priorité du moment à son club, en lice dans plusieurs compétitions, et qu’il ne concevait pas, à son âge, de manquer huit matches. Entre la France et le Maroc, le môme penchait donc pour le LOSC où, au quotidien, il ne s’épanchait pas trop sur ses intentions.
Le staff le sondait, parfois. Lui répondait qu’il ne savait pas. Avec Olivier Létang, le président, il était plus disert. Les deux hommes ont noué une relation de confiance, au point de passer de longs moments à discuter de tout. Avant la CAN, Létang, qui situe son joueur dans le cercle des Kylian Mbappé, Victor Wembanyama, Paul Seixas –« c’ est de la même veine », confiait-il dans ces colonnes, le 19 juin –, lui a conseillé de patienter encore quelques mois avant de se prononcer.
De son côté, le dirigeant lillois a prévenu la FFF à plusieurs reprises du danger qui la guettait. Il a même appelé directement le président Philippe Diallo, qui lui a répondu que ce n’était pas un dossier de son ressort. Bouaddi n’avait jamais reçu de pré-convocation et s’interrogeait de plus en plus. En mars, au moment de l’annonce de la liste pour la tournée aux États-Unis, Didier Deschamps laissait peu de place au doute.
« Il a cette liberté de choisir, je ne suis pas là pour la lui enlever, affirmait le sélectionneur des Bleus. Je n’ai pas échangé avec lui, ce n’est pas ma manière de fonctionner. Quand j’appelle un joueur, c’est parce que je pense que c’est le moment ou que je considère qu’il peut être utile à l’équipe de France A. Évidemment qu’on suit ses performances. Mais évidemment qu’il y a une concurrence très forte. Ce sera son choix. Après, il faudra demander à quelqu’un d’autre parce que ce ne sera pas moi (le sélectionneur). »
Zinédine Zidane pourrait être ce « quelqu’un d’autre » . En tout cas, l’ex-entraîneur du Real Madrid a bien eu Bouaddi au téléphone. Et ce qu’il lui a dit n’a pas été de nature à le rassurer davantage. En substance : « Je t’aime bien, mais je ne peux rien te promettre. » Dans le même temps, la Fédération marocaine ne lâchait pas l’affaire, loin de là. Regragui n’était plus en fonction mais son successeur, Mohamed Ouahbi, se déplaçait à son tour dans le Nord, tout comme le président de la Fédération, Fouzi Lekjaa. Bouaddi s’est posé avec Létang et les deux hommes ont tout mis à plat.
D’un côté, tout un pays le désirait, un pays de football, qui allait non seulement participer à la Coupe du monde 2026 mais aussi organiser la suivante, avec l’Espagne et le Portugal. De l’autre, celui dont il avait pourtant été le capitaine des Espoirs, après avoir été de toutes les sélections de jeunes, ne lui adressait aucun signal fort à ses yeux. « Dans ce secteur, on est fournis et Didier ne veut bloquer personne, rappelait Guy Stéphan, l’adjoint de Deschamps, ce lundi en conférence de presse. Tchouaméni, Rabiot, Kanté, Zaïre-Emery, Koné… Si je vous demande lequel il faut enlever, pas sûr d’avoir la même réponse dans la salle. »
Bouaddi a réfléchi. Une fois sa décision prise, seul, sans autres interactions, début mai, il l’a annoncée à ses parents, leur expliquant qu’il rêvait de participer à une Coupe du monde dans sa vie. Il n’avait que 18 ans, l’avenir sans doute devant lui, mais justement, il ne savait pas de quoi demain serait fait. En gros, il n’était plus question de lâcher la proie pour l’ombre, quand bien même la France restait un pays qui occupait une place très importante dans son coeur. En France, justement, les milieux de son niveau et de son âge ne sont pas légion et, si les regrets ne sont pas pour aujourd’hui, ils seront peut-être pour demain. Ils seront peut-être compensés par Michael Olise.
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Ayyoub Bouaddi sous le maillot de l’équipe de France
Espoirs contre l’Islande (2-1), le 30 mars à Auxerre.
Le dossier impossible
Le choix d’Ayyoub Bouaddi de jouer pour le Maroc, dès ses 18 ans, illustre la difficulté pour la France de se protéger de la fuite à venir de ses grands talents, après que l’affaire des quotas, en 2011, a enterré tout débat possible.
7 Jul 2026 - L'Équipe
VINCENT DULUC
La présence d’Ayyoub Bouaddi contre la France, jeudi, en quarts de finale de la Coupe du monde, trois mois et demi après que le Lillois a été le capitaine de l’équipe de France Espoirs (5-1 au Luxembourg en qualifications à l’Euro 2027), vient relancer le débat sur l’avenir en bleu des meilleurs espoirs binationaux. Né en France, « produit de la formation française » , comme le soulignait Guy Stéphan, hier, passé par toutes les sélections de jeunes, il semble être le premier binational que l’équipe de France pourrait vraiment regretter. Mais pas le dernier, peut-être. Avant, pour résumer, la France ne perdait que les joueurs qui n’avaient pas le niveau pour être titulaires en bleu sur la durée, et les regrettait rarement. Avec la fuite du talent Bouaddi, dès l’âge de 18 ans, juste avant que sa progression ne l’amène naturellement en équipe de France, et juste avant la Coupe du monde, aussi, viennent s’ouvrir une nouvelle ère et un danger, peut-être, pour le football français de sélection. Mais c’est aussi le revers ponctuel et limité, à ce jour, de tout ce que le football français doit au métissage et à l’immigration.
Dans l’immédiat, Bouaddi pouvait difficilement prétendre à une place dans les 26 Bleus, alors que le trio Aurélien Tchouaméni-Adrien Rabiot-Manu Koné est en pleine maturité et que N’Golo Kanté et Warren Zaïre-Emery, qui lui sont sans doute encore supérieurs, n’ont pas joué une minute dans cette Coupe du monde. Dans cette course aux grands talents formés en France, le Maroc a pour lui la sensibilité des nouvelles générations à leurs racines familiales, une politique de séduction qui ne repose pas seulement sur les sentiments, et la possibilité d’évoluer tout de suite au très haut niveau international. Longtemps, les binationaux ont choisi la France parce qu’elle leur donnait une chance de devenir champion du monde, mais l’émergence du football africain et sa meilleure représentativité en Coupe du monde font évoluer ces perspectives.
Une politique agressive perdrait de sa force en devenant systématique
La difficulté, pour la FFF, est de poser ce débat sur la table, depuis qu’un enregistrement de dessous la table avait capté une discussion de la DTN, en 2011, s’interrogeant à haute voix sur l’éventualité d’un quota de 30 % de binationaux dans les centres de formation et de pré-formation. L’instrumentalisation politique de cette affaire avait rendu impossible une question simple : comment la France pourrait-elle éviter la possibilité théorique d’être championne olympique de football avec dix-huit joueurs qui choisiraient dès le lendemain une autre nationalité sportive ? Depuis, ce débat-là est enfoui sous le tapis, tabou, dans un pays dont l’atmosphère a changé, où l’illusion de la France black-blanc-beur, symbole de la Coupe du monde 1998, a été balayée par les incidents de France-Algérie en octobre 2001, et où la problématique des binationaux apparaît sous d’autres jours dans les débats politiques.
En dehors d’une politique de sensibilisation ou d’un contre-lobby, exercé dans des cas incertains comme celui de Nabil Fekir, la seule solution reste une politique agressive de sélection pour répondre à l’agressivité des sélections étrangères : intégrer des jeunes et les bloquer. Mais il existe peu d’exemples modernes de sélection sans lendemain d’un binational en match officiel avec les Bleus, et cette arme perdrait de sa force en devenant systématique et lisible. La meilleure politique, sans doute, consiste simplement à continuer à faire rêver.
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Tchouaméni a repris la course, mais…
« Il poursuit son protocole. Il va reprendre en individuel aujourd’hui et demain. »
7 Jul 2026 - L'Équipe
H. De., D. D.
Guy Stéphan, en conférence de presse hier, ne laissait que peu d’espoir sur la présence d’Aurélien Tchouaméni face au Maroc, jeudi, en quarts de finale. Victime d’une lésion aux adducteurs la veille du huitième de finale face au Paraguay (1-0, samedi), le Madrilène a repris la course hier soir. À allure modérée. Son forfait se dessine un peu plus. Touché à un mollet et absent lors des deux premiers tours à élimination directe, Marcus Thuram a, comme prévu, réintégré la séance normalement. Pour le reste, dans la raîcheur de l’université de Bentley (Massachusetts), les Bleus ont effectué une séance légère avec, au programme, une séance de tennis-ballon. Avec des décisions arbitrales contestées et cette fois de la mauvaise foi autorisée.
« Mais coach, elle est à côté » , hurlait, dans un rire, Désiré Doué. « Mais arrête de leur donner un point » , regrettait Marcus Thuram de l’autre côté. Vingt-deux joueurs sont apparus sur la pelouse. Au-delà de Tchouaméni, William Saliba, Adrien Rabiot et Dayot Upamecano étaient préservés. Au lendemain d’une soirée libre, des familles, dont celles de Rabiot ou de Warren Zaïre-Emery, ont été autorisées à assister à l’entraînement.
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DES 26 BLEUS
3 gardiens
16. Mike MAIGNAN (AC Milan, ITA, 31 ans/ 45 sélections/ 34 buts encaissés)
23. Robin RISSER (Lens, 21/0/0)
1. Brice SAMBA (Rennes, 32/4/5)
9 défenseurs
3. Lucas DIGNE (Aston Villa, ANG, 32 ans/ 61 sélections/0 but)
2. Malo GUSTO (Chelsea, ANG, 23/14/0)
21. Lucas HERNANDEZ (Paris-SG, 30/42/0)
19. Theo HERNANDEZ (Al-Hilal, ARS, 28/47/2)
15. Ibrahima KONATÉ (Real Madrid, ESP, 27/29/0)
5. Jules KOUNDÉ (FC Barcelone, ESP, 27/53/0)
26. Maxence LACROIX (Crystal Palace, ANG, 26/5/0)
17. William SALIBA (Arsenal, ANG, 25/36/0)
4. Dayot UPAMECANO (Bayern Munich, ALL, 27/43/2)
5 milieux
13. N’Golo KANTÉ (Fenerbahçe, TUR, 35/69/2)
6. Manu KONÉ (AS Rome, ITA, 25/17/0)
14. Adrien RABIOT (AC Milan, ITA, 31/63/7)
8. Aurélien TCHOUAMÉNI (Real Madrid, ESP, 26/49/3)
18. Warren ZAÏRE-EMERY (Paris-SG, 20/11/1)
9 attaquants
25. Maghnes AKLIOUCHE (Monaco, 24/10/1)
12. Bradley BARCOLA (Paris-SG, 23/25/5)
24. Rayan CHERKI (Manchester City, ANG, 22/12/2)
7. Ousmane DEMBÉLÉ (Paris-SG, 29/64/11)
20. Désiré DOUÉ (Paris-SG, 21/12/3)
22. Jean-Philippe MATETA (Crystal Palace, ANG, 29/6/2)
10. Kylian MBAPPÉ (Real Madrid, ESP, 27/103/63)
11. Michael OLISE (Bayern Munich, ALL, 24/22/7)
9. Marcus THURAM (Inter Milan, ITA, 28/35/3)
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