Pogacar n’arrondit pas Les Angles
STEPHANIE LECOCQ/REUTERS
L’ogre slovène triompha tout en explosivité, sans aucune contestation.
Dans la 3e étape, entre Granollers en Espagne et Les Angles (195,9 km), victoire du Slovène, qui reprend le jaune à Vingegaard, classé dans la même seconde…
7 Jul 2026 - L'Humanité
Les Angles (Pyrénées-orientales), envoyé spécial. JEAN-EMMANUEL DUCOIN
ACTE I, SCÈNE 1.
Pour l’entrée en France, mélange de tristesse et de compréhension. Le Tour, en son sanctuaire, sait parfois s’adapter aux circonstances exceptionnelles. Comme cela fut annoncé la veille au soir assez tardivement, les terrifiants incendies en cours dans les Pyrénéesorientales impactèrent sévèrement cette 3e étape, entre Granollers (Espagne) et Les Angles. La préfecture avait ainsi annoncé que la course se déroulerait « sans public » côté français. Réelle désolation de parcourir la route du Tour depuis la frontière, après la traversée de Puigcerda. Aucune foule, peu de camping-cars, beaucoup de silence autre que la vie locale rythmée par la saison estivale débutante. Le sanctuaire portait bien son nom. « Avec le Tour, j’ai la Fête qui tourne », écrivait jadis Blondin. Aucune fête, pas de cris de gamins, juste le passage des véhicules officiels. Triste à pleurer. « Sur le territoire français, la caravane publicitaire ne circulera pas », expliqua le préfet, ajoutant : « Une étape du Tour de France sans public. » Ces restrictions rarissimes concernaient les 44 derniers kilomètres, aucun spectateur ne pouvant se présenter dans les deux dernières difficultés répertoriées, le col du Calvaire (11,4 km à 4,1 %) puis à l’arrivée aux Angles (1,7 km à 6,5 %). Ces décisions entendaient limiter la mobilisation des moyens publics afin de permettre leur engagement prioritaire sur les opérations de secours et de lutte contre l’incendie.
ACTE I, SCÈNE 2.
Les exaltés se retrouvèrent en mode mineur, comme le mouvement cursif de nos stylos. À l’image du profil proposé. Première incursion modeste chez la déesse Pyrène, et pour toute apostille nous espérions que l’espèce de « cyclisme total » entrevu la veille à Barcelone jouerait les prolongations. Rarement un classement général concentrait autant de favoris dans les 20 premiers, au troisième jour: Vingegaard, Pogacar, Evenepoel, Del Toro, Ayuso, Seixas, Lipowitz, Martinez, Pidcock, Carapaz, etc. Déjà, une course à deux vitesses. Moyenne montagne, donc. Avec néanmoins de belles altitudes, le col de Toses et ses 1 778 mètres (9,3 km à 6,5 %, 1re cat.), et les grimpettes finales jusqu’à 1 794 mètres. Madérisés sous leurs casques, certains ne laissèrent pas leur part du coeur, ouvragés dans cette mythologie permanente, car s’enragea façon coup de pistolet une bataille absolument épique pour « prendre » l’échappée. Le nombre de tentatives impressionna jusqu’aux observateurs. Spectacle rare. Enfin, après 70 bornes (!) de baston, souvent à l’initiative d’un Egan Bernal malchanceux (crevaison) et contraint de rentrer dans le rang, 18 courageux parvinrent à s’extraire du peloton (parmi lesquels Baudin, Bennett, Plapp, Vercher, Prodhomme, Pedersen, Nielsen, etc.). Un soupçon d’ensauvagement débuta. ACTE II, SCÈNE 1. Dans le col de Toses, interminable procession régulière, le peloton repointa le bout de ses roues et l’écart fondit sur l’asphalte surchauffé, moins de deux minutes. Rien de notable à signaler, sinon un premier écrémage par l’arrière, dû autant aux températures élevées qu’au rythme soutenu. Nous nous sentions absorbés par une sorte de tautologie panoptique des valeurs du sol, il ne restait plus que 40 coureurs dans le peloton… Plusieurs groupes naviguaient à l’arrière, largués, vaincus, à la dérive, presque. À l’avant, les fuyards n’étaient plus que six: Baudin, Bennett, Garcia Pierna, Prodhomme, Vercher et Van Mechelen.
ACTE II, SCÈNE 2.
Une heure plus tard, la montée terminale au-dessus des Angles (1,7 km à 6,5 %) ne se racontait pas seulement par le prisme des pistes de ski (datant de 1964) ou de son panorama. Le soleil brûlait de ses feux le lac de Matemale, en contrebas, et illuminait tout là-haut les sommets du Carlit. Ce fut là, juste devant la salle de presse placée à 3 bornes du but, que les UAE activèrent encore plus le laminoir entamé depuis la vallée. Rescapés de l’échappée, Prodhomme d’abord, puis Baudin avaient été avalés depuis un petit moment. Limpide : Tadej Pogacar entendait réactiver son hégémonie. Rien d’autre à comprendre. Le style sous l’égide de la domination, activée par une équipe de montres. Démonstration cruelle dans les 300 derniers mètres : après avoir offert la victoire à Del Toro la veille, l’ogre slovène triompha tout en explosivité, sans aucune contestation, hérita au passage du paletot jaune (dans la même seconde que Vingegaard). Notre P’tit Paul Seixas, toujours en apprentissage intensif, échoua au quatrième rang. Jolie assurance du gamin.
ÉPILOGUE.
Le chronicoeur reprit son souffle, sur cette haute terre du Capcir, ce « petit pays » des Pyrénées catalanes. Accroché à plus de 1 600 mètres d’altitude, le village des Angles s’est construit pierre après pierre autour de son église, de ses maisons aux toits d’ardoise et de son château médiéval, aux vestiges marqués par les soubresauts de l’histoire, avec les influences successives des royaumes catalans, de la couronne d’aragon puis du royaume de France. Le traité des Pyrénées de 1659 redessina les frontières, sans jamais atténuer l’identité catalane de ces montagnes. Du temps long, hélas mal récompensé par le passage du Tour. Désolation d’un village d’altitude déserté par la foule, malgré nos héros de Juillet, sachant que les socioprofessionnels, singulièrement les restaurateurs, venaient de subir un manque à gagner considérable alors qu’ils avaient anticipé des achats en grandes quantités… Las, il nous faudra attendre ce jeudi, pour le vrai retour dans les Pyrénées, par le Tourmalet, Aspin et la montée vers Gavarnie-gèdre. Premier juge de paix. Avec sa Fête.
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