EN BULLDOZER
Le jaune est mis
Au lendemain de son offrande à Isaac Del Toro, Tadej Pogacar avait cette fois décidé de ne rien laisser, ni aux échappés, qu’il a privés de victoire, ni à Jonas Vingegaard, à qui il a repris le maillot jaune.
7 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
LES ANGLES (PYRÉNÉES-ORIENTALES) – Asphyxiés dimanche dans la tenaille Pogačar-del Toro, démoralisés au deuxième soir du Tour de France, ils étaient nombreux à penser que les grosses écuries laisseraient filer la journée de lundi, que les UAE, notamment, la snoberaient pour redonner un peu d’air à tout le monde. Mais il est dur d’échapper à la suffocation ces jours-ci, de la chaleur ou du contexte triste et pesant des incendies, qui ont atténué la joie de l’entrée en France du Tour, bien entendu relégué dans l’ordre des priorités, et vidé le bord des routes de ce côté de la frontière, même s’il y avait du monde à Font-Romeu, qu’on n’allait pas évacuer non plus, et quelques grappes de supporters au sommet du col du Calvaire, deux kilomètres plus haut. La Grande Boucle est une bulle dans toutes ses particularités, un vase clos dans lequel flotte une atmosphère parallèle de rêveries et de folie, mais facile à percer, tant son équilibre est précaire, tant il est sensible aux vibrations du monde et de la nature car il évolue en son coeur, au plus près de ses palpitations, ce qui a toujours fondé sa beauté et sa fragilité. L’étape a donc pu se dérouler sans modifications et sans dégrader une situation déjà dramatique dans les Pyrénées-Orientales, mais il n’y a guère eu moyen pour le peloton de se défaire de l’étreinte de fer de la formation du Slovène.
Tout était pourtant parti sur de bons rails pour les baroudeurs, plus de 60 kilomètres de bagarre pour qu’un premier quatuor – Magnus Cort, Mattéo Vercher, Nelson Oliveira, Louis Vervaeke – parvienne à conserver une petite avance. Il fut rapidement rejoint par un paquet de quinze autres coureurs, où il y avait des cuissots et du caractère pour aller loin, Alex Baudin, Raul Garcia Pierna, Nicolas Prodhomme, Egan Bernal, finalement éliminé sur une crevaison, ou Mads Pedersen, qui lançait là son opération maillot vert dans ce Tour. L’ écart grossi ssait un peu, les Vis maLease a bike du Maillot Jaune Jonas Vingegaard maintinrent le suspense et l’écart autour de deux minutes un temps, avant de lâcher la bride.
Et c’est à ce moment-là que les UAE entrèrent en scène et prirent le relais des Frelons, Florian Vermeersch en particulier. Le Belge rabota l’écart de plus d’une minute en à peine une dizaine de kilomètres et l’espoir des fuyards s’évanouit dans le même laps de temps. Baudin en profita pour pousser jusqu’à 11 kilomètres de l’arrivée et récolter le maillot à pois, un lot de consolation alors qu’il avait, un temps, le jaune en vue.
On oublie vite que le Tour n’en est qu’à ses balbutiements
Une fois tout le monde repris, Tadej Pogačar n’allait pas se priver d’aller chercher l’étape, sa 22e sur le Tour, bien propulsé dans le dernier kilomètre par Isaac Del Toro, revenu à ses servitudes après sa victoire à Barcelone dimanche, et taper un peu plus sur la tête de ses rivaux, Jonas Vingegaard d’abord, qui s’est immédiatement résigné quand le champion du monde a démarré à 200 mètres de la ligne, ou Paul Seixas, 4e et qui a fini avec le Danois et Richard Carapaz, deux secondes devant ses adversaires à lui pour le général, Remco Evenepoel, Florian Lipowitz ou Juan Ayuso.
Malgré les premières péripéties, le Français a vraiment les cannes en ce début de Tour, les inquiétudes à propos des séquelles de sa chute au Tour Auvergne - Rhône-Alpes se dissipent peu à peu et il est totalement centré sur sa bataille avec les favoris, mais il est dommage que sa formation continue de donner l’impression d’une dispersion.
Pourquoi envoyer Prodhomme dans l’échappée et le laisser s’user à l’avant pour un hypothétique point d’appui ou une victoire d’étape, si tôt dans le Tour, alors qu’il aura beaucoup de boulot pour accompagner son leader en montagne dans les trois semaines à venir ? D’autant que, pour l’instant, Matthew Riccitello est fantomatique et que les Decathlon-CMA CGM sont déjà éparpillés entre les ambitions de Seixas au général et celles d’Olav Kooij dans les sprints.
Devant ce nouveau succès facile et sans partage de Pogacar, une pointe de lassitude et d’agacement se fit sentir, compréhensible, mais on oublie vite que le Tour n’en est qu’à ses balbutiements, à son troisième jour, et qu’il est rare que les échappés aient des libertés si tôt dans la course, car elle est encore verrouillée.
Comme si après la démonstration de force de dimanche, tout le monde avait déjà entériné que le Slovène filait vers son cinquième sacre dans le Tour et anticipé que ce serait une longue et barbante promenade jusqu’à Paris, alors qu’il n’avait ni levé les bras ni porté le maillot jaune. Pogacar a un peu levé le voile sur son niveau et son état de forme à Montjuïc, mais il n’a pas encore scellé sa victoire dans cette édition et il est quand même là pour cela.
Ce lundi, il ne cherchait pas forcément l’étape, mais il n’est pas trop du genre partageur, les cadeaux pour ses copains mais pas pour les autres, et ce nouveau bouquet ne lui a coûté que 200 mètres d’accélération. Il n’avait pas non plus en tête de prendre le maillot jaune, d’en priver absolument Vingegaard, car sinon il aurait démarré plus tôt pour creuser un écart plus franc et ne pas dépendre de l’addition des places pour revêtir la tunique.
Mais ce n’était pas pour autant un caprice, une lubie ou un élan tyrannique. Il a posé les premières briques de son grand plan dans ce Tour, à savoir poncer tout le monde le plus tôt dans l’épreuve, installer la fatigue de bonne heure, mettre tout le monde en alerte surtout sur un parcours à la difficulté plus douce dans sa première partie et construire son avantage sans attendre les Alpes, ce qui est également une manière de prendre un peu de marge en cas d’aléas. Se donner de l’air en en privant les autres.
Et puis un champion de son calibre ne se met jamais dans une position d’attente, il veut avoir le manche et dicter le tempo en toutes circonstances, animé par ce désir irrépressible d’écraser tout le monde, avec le sourire, certes. Dans cette perspective, on peut s’attendre à ce qu’il cherche à détruire ses rivaux dès jeudi et le Tourmalet, dans la première étape de haute montagne de cette édi t i on, av ant de poursuivre la guérilla en Corrèze dimanche puis mardi prochain vers le Lioran, où il pourra creuser le trou aussi. Pogačar a pris le maillot jaune au soir de la troisième étape et il n’est pas dit qu’il le relâche jusqu’aux Champs-Élysées.
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22 - Tadej Pogacar a remporté hier sa 22e victoire d’étape sur le Tour de France. Il rejoint André Darrigade à la 5e place des coureurs les plus victorieux sur la Grande Boucle.
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Paul Seixas dans le sillage de Tadej Pogacar et
Isaac del Toro hier lors de la 3e étape du Tour de France.
Seixas tient son rang
Le jeune Français a terminé 4e à la pédale dans une arrivée pour puncheurs. Tout se passe très bien pour lui jusque-là.
«J’étais là avec Paul pour le retenir un peu jusqu’à ce que l’action se lance vraiment»
- TIESJ BENOOT, COÉQUIPIER DE PAUL SEIXAS
7 Jul 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
LES ANGLES (PYRÉNÉES-ORIENTALES) – Ah bon, The Kids Aren’t Alright ? Pardon, mais les enfants vont très bien, et particulièrement Paul Seixas. Le gamin de 19 ans a fait mentir la célèbre chanson du groupe The Offspring, dont le chanteur, Dexter Holland, était lundi matin en visite au car de Decathlon CMA CGM, à Granollers. Après avoir fait quelques photos avec l’Américain, Seixas a quitté l’Espagne et retrouvé les routes françaises. Et au sommet du mur bien punchy des Angles, il a une nouvelle fois prouvé qu’il tenait son rang.
Il est encore juste en dessous de Tadej Pogacar ou de Jonas Vingegaard, logique, mais il n’a pas besoin d’un escabeau de trois mètres pour les apercevoir. « Dans la montée, j’étais plutôt bien et il m’en a manqué un tout petit peu pour accrocher les meilleurs » , se satisfait le Français, tout proche d’accrocher son premier podium sur une étape du Tour après seulement trois étapes… « Quatrième, c’est déjà bien. Je suis content de cette journée, c’est un bel effort pour commencer le Tour, je me sens bien » , avoue celui qui est sûr d’être dans le bon tempo et dont les jambes répondent parfaitement. Il a terminé dans la même seconde que Vingegaard et Richard Carapaz, mais il en a grignoté deux à la pédale à Florian Lipowitz, Remco Evenepoel, Isaac del Toro ou Juan Ayuso.
« Il fait une super montée finale sur un effort très puncheur, je pense qu’il avait de très bonnes sensations, souffle son coéquipier Aurélien Paret-Peintre. C’était une étape importante. Il est bien, ça se sent. Dimanche, ce n’était pas très représentatif, je pense qu’il aurait pu faire mieux. » « C’était mieux qu’hier ( dimanche), je n’ai pas eu de problème aujourd’hui (lundi) », reconnaît l’intéressé. Quatrième à la flamme rouge, derrière del Toro, Pogačar et Vingegaard, Seixas n’a pas fait d’erreur dans la rampe finale. Il a serré les dents à 500 mètres, encore plus à 200, avant de se dresser sur les pédales durant une cinquantaine de mètres. « J’étais là avec Paul pour le retenir un peu jusqu’à ce que l’action se lance vraiment, observe un autre de ses coéquipiers Tiesj Benoot.
Nous sommes restés calmes dans le final. C’est une bonne chose qu’il garde la tête froide, il a 19 ans, alors finir 4e, c’est super. Nous sommes contents de lui. »
Seixas aussi est content de lui. Il sait qu’il est entré dans son Tour de France presque à la perfection, malgré quelques petits faits de course. Jeudi, vers Gavarnie, il pourrait passer à la vitesse supérieure.

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