PACHO La force tranquille
Déterminant en demi-finales retour de Ligue des champions face au Bayern Munich, l’Équatorien s’est imposé au sommet sans jamais changer sa manière de défendre. Par son calme, sa lecture du jeu et sa constance, le défenseur du PSG est devenu incontournable.
“Sans cette équipe, je ne serais pas un grand défenseur
- WILLIAN PACHO, DÉFENSEUR DU PARIS-SG
27 May 2026 - L'Équipe
EMERY TAISNE
Willian Pacho n’a presque rien changé à son football. Pourtant, depuis la soirée du 6 mai à Munich, le regard posé sur lui n’est plus tout à fait le même. Face au Bayern en demi-finales retour de la Ligue des champions (1-1 ; aller : 5-4), le défenseur du PSG a livré l’un des matches les plus marquants de sa jeune carrière européenne (33 apparitions en Ligue des champions).
Sept duels gagnés sur huit, une impression de contrôle permanent. Et au bout de cette soirée, le trophée d’homme du match qui lui a été décerné. « Il a mis Harry Kane dans sa poche » , glisse un membre du club parisien. Une réponse presque brutale à son match aller, plus compliqué, dans une rencontre devenue ingérable pour les défenseurs.
À Paris, personne n’a attendu cette soirée bavaroise pour mesurer sa valeur. En interne, Pacho est considéré depuis des mois comme l’un des défenseurs centraux les plus fiables et les plus complets, « peut-être le meilleur du monde à son poste » . Mais à l’extérieur, la reconnaissance a mis plus de temps à arriver. Malgré le sacre européen du PSG l’an dernier, son nom n’était pas apparu parmi les 30 nommés au Ballon d’Or. «Quand on l’a recruté à Francfort ( en 2024), beaucoup de gens se demandaient qui c’était, rappelle-t-on au club. Lors du vote, les gens ont dû se dire : “Qui est ce mec?” (Rires.) Mais il ne l’a pas mal pris. Pacho est intelligent. Il sait que c’est à lui de prendre l’espace.»
C’est peut-être là que réside le paradoxe Pacho. Rarement un défenseur aussi dominant aura dégagé une impression aussi discrète. L’Équatorien de 24 ans ne surjoue rien. Il ne célèbre pas ses interventions, parle peu sur le terrain et laisse finalement assez peu d’images fortes derrière lui. Son football repose ailleurs : dans l’anticipation, la lecture des trajectoires, le placement et la capacité à éteindre les situations avant même qu’elles ne deviennent dangereuses.
« Avec moi déjà c’était presque un problème, sourit Renato Paiva, son ancien entraîneur à Independiente del Valle (D1 équatorienne). Il li sait tellement bien le jeu qu’il n’avait pas besoin d’aller au duel ou d’utiliser son corps. Avec le ballon, il était déjà fantastique, très rapide, très propre techniquement.»
Une qualité qui peut parfois devenir un frein en matière de perception. « Les grands défenseurs marquent aussi les esprits par l’impact, poursuit Paiva. Une grosse intervention, une faute, quelque chose qui montre leur présence. Willian, lui, défend avec beaucoup de calme.»
Au PSG aussi tous décrivent un joueur « très intelligent » , « extrêmement calme » et déjà parfaitement intégré au vestiaire. Son leadership, lui, ne passe pas par la voix. Il s’impose autrement, par la régularité de ses performances et la sérénité qu’il dégage. Sa seule véritable sortie de route à Paris est intervenue lors de la Coupe du monde des clubs, encore face au Bayern (2-0, en quarts de finale).
Pacho avait été expulsé après une intervention en retard sur Leon Goretzka. « C’est probablement la seule fois où je l’ai vu hors timing, souffle un proche du groupe. Mais il y avait aussi énormément de fatigue après une saison très longue. Mentalement, il reste très fort.»
Avant Paris, le Royal Antwerp (janvier 2022-2023) avait déjà servi de révélateur. Ancien directeur du recrutement du club belge, Joachim Vercaigne estime d’ailleurs que la soirée de Munich n’a surpris que ceux qui ne regardaient pas encore vraiment Pacho: «Pour les gens du football, c’est surtout une confirmation de son importance au PSG depuis déjà deux saisons. Mais ce match a s ans doute ser vi de preuve supplémentaire pour ceux qui le sous-estimaient encore.» À Paris, certains imaginent déjà la suite. « Si tout se passe bien à Budapest (contre Arsenal en finale de Ligue des champions, samedi), ce sera la consécration.»
L’intéressé, lui, refuse toujours d’entrer dans cette logique individuelle. Lorsque certains l’ont présenté récemment comme «le meilleur défenseur du monde» , sa réponse a résumé le personnage. «Sans cette équipe, je ne serais pas un grand défenseur, a-t-il expliqué. Jouer avec Marquinhos, Nuno (Mendes)… Toute l’aide qu’on m’a donnée ici… » Comme souvent avec Pacho, tout est dit sans hausser la voix.
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